Mois : août 2021

Baby Boss 2 : Une suite décomplexée à en oublier son concept

Baby Boss 2 : Une suite décomplexée à en oublier son concept

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Cette suite du film Baby Boss de 2017 a de nombreux défauts : une animation moins innovante que le premier opus, un ton général coincé entre l’intimiste et le spectaculaire, un antagoniste flou qui met en scène des enjeux incertains dans un scénario simpliste qui atténue le concept d’origine de la franchise plutôt que de le faire évoluer. Toutefois, ce nouveau volet offre un divertissement plus qu’honorable pour l’été avec sa multitude de gags dans un rythme effréné jamais désagréable.

527 965 936 dollars. C’est la somme qu’a rapporté le film Baby Boss dans le monde en 2017, soit 175 003 033 dollars aux Etats-Unis et 352 962 903 à l’international. En France, le film a totalisé le très beau score de 3 956 359 entrées. Avec un budget de production de 125 millions de dollars, le film est commercialement une réussite. Mais comment le long-métrage a-t-il réussi à obtenir un tel succès ?


Tout d’abord, avec un réalisateur confirmé, Tom McGrath, qui a fait ses preuves chez DreamWorks avec le film Megamind (2010) mais surtout avec la franchise ultra-lucrative Madagascar (2005, 2008, 2012). Ancien animateur, McGrath met en scène un humour absurde doublé d’un rythme très bien pensé. Son animation demeure toujours parfaitement fluide dans ses productions, malgré la prolifération de mouvements rapides des personnages. Le réalisateur à succès a beaucoup influencé ensuite les autres productions du studio créé par Steven Spielberg, Jeffrey Katzenberg et David Geffen en 1994.


Niveau scénario, Baby Boss narrait l’histoire de Ted Templeton, un bébé patron (pour le dire en français) en mission pour sauver l’amour familial sur Terre. Pour son aventure, il était secondé par son grand frère de 7 ans, Tim, ayant encore du mal à accepter la venue du nouvel enfant dans la famille. Si l’écriture n’offrait pas une grande originalité, elle était surtout sauvée par l’absurdité d’un bébé se comportant en directeur d’entreprise extrêmement méprisant.
Pour cela, le personnage était magnifiquement doublé par Alec Baldwin en VO, qui est habitué à ce type de rôle depuis quelques années : patron de la CIA dans la franchise Mission : Impossible depuis le 5ème volet, patron d’une unité spéciale dans Les Infiltrés de Scorsese, patron de la chaîne NBC dans la série 30 Rock pendant 7 ans…
Avec un concept simple (une mission, un bébé agent secret, un patron arrogant), pouvant donner lieu à de nombreuses intrigues, DreamWorks a vite exploité le filon, notamment avec une série d’animation pour Netflix, Baby Boss : les affaires reprennent. Avec déjà 4 saisons soit 49 épisodes au compteur, la série est surtout là pour prolonger l’univers du long-métrage, sans pour autant lui offrir une véritable nouvelle dimension. De plus, elle ne bénéficie pas des mêmes moyens que la production pour le grand écran (absence du réalisateur et des comédiens, animation moins travaillée,…), devenant alors un ersatz de l’œuvre de McGrath.


Quatre ans après le premier opus, Baby Boss 2 : une affaire de famille est enfin visible en salles avec la même équipe (cast, réal, prod). Une sortie qui se réalise après quelques déboires à cause de la pandémie de Covid-19 comme de nombreuses autres grosses productions en 2020-2021 (trois dates annoncées et une sortie mixée avec une diffusion sur plateforme). Dans la même idée que la série, ce nouvel opus suit l’intrigue posée par le film à succès de 2017.
Avec Baby Boss 2 – une affaire de famille, Tom McGrath cherche-t-il à faire innover sa franchise en place depuis 4 ans ou simplement la faire perdurer un peu plus ?

Baby Boss 2 : une affaire de famille
Copyright 2020 DreamWorks Animation LLC. All Rights Reserved.Film Baby Boss 2 : une affaire de famille

Baby Boss : Back to Business the Future 

La franchise se base sur un concept simple (le concept c’est le titre tout simplement). Un concept qui s’adapte plus à une suite de gags qu’à une narration complexe. Une constatation prise en compte par le premier opus en se focalisant plus sur les traits d’humour du bébé Ted ainsi que son acolyte et grand frère, que sur son histoire dans l’ensemble oubliable. Cependant, en mettant en place un deuxième volet, il est nécessaire de faire évoluer les personnages et l’univers, avec de nouveaux concepts, au risque de faire passer cette suite pour un objet artificiel présent plus pour l’argent que pour l’art. Malheureusement, Baby Boss 2 : une affaire de famille ne fait pas évoluer la famille Templeton. Toutefois, malgré ce lourd handicap, le film parvient à être plus divertissant que superficiel.


Ce nouvel opus nous fait croire à une véritable évolution dans ses premières minutes. Ted et Tim ont plus de 30 ans maintenant. Baby Boss est devenu un boss tout court et son frère est un père au foyer comblé. Sa fille Tina est maintenant la personne qui porte le costume. Le devoir appelle à nouveau BabyCorp. Un mystérieux individu, Dr. Erwin Armstrong, semble mettre en place un plan pour supprimer les parents. L’agence doit alors envoyer sur le terrain ses deux agents exceptionnels : les frères Templeton. Mais pour infiltrer une école, lieu maléfique du savant, il est préférable de retourner en enfance. Les deux adultes doivent boire un lait rajeunissant afin de redevenir un enfant de 7 ans et un bébé pour partir à l’aventure. Tout le problème du film est visible dans ce pitch. Loin d’être inintéressant, il rétropédale sur son semblant d’évolution perceptible en introduction pour resservir la même recette à succès du premier opus.

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L’animation du long-métrage est à l’image de ce problème. Pas désagréable à l’œil comme la série pour Netflix (avec son absence de détails, ses personnages limités dans les mouvements, ses formes peu travaillées,…), elle est identique à celle de 2017. L’idée n’est absolument pas d’offrir de la nouveauté avec les dernières possibilités numériques mais de refaire le visuel satisfaisant du premier volet. Même si le travail est très propre, nous nous attendions à quelques pistes en 4 ans d’intervalle (même si ce nombre d’années n’est pas non plus très important). Dans le premier volet, l’imagination du grand frère offrait des concepts animés innovants avec un mélange entre une 3D très travaillée et une 2D plus archaïque, des jeux de perspective et des assemblages de formes. Dans sa suite, quelques idées intéressantes du même genre sont présentes dès l’introduction du long-métrage. Des visuels qui bénéficient d’un nouveau point de vue maintenant que Tim est parent. Mais dès que l’aventure commence et que Tim redevient un enfant de 7 ans, cet aspect est vite oublié au profit d’une animation plus classique et sans prise de risque, comme la narration du long-métrage.


Plusieurs explications peuvent justifier cette animation. Pour commencer, avec la série, la franchise a une image très identifiable maintenant difficile à transformer. Ensuite, la série est supervisée également par DreamWorks (filiale télévision par contre). Depuis le film et la série, le studio a vraisemblablement un processus de fabrication très structuré et désormais difficile à bouleverser. Pour finir, le budget du premier volet était de 125 millions de dollars. Celui de sa suite est de 82, soit 43 millions de moins. Un tel écart ne démontre pas une volonté de donner les moyens à la franchise d’évoluer (les innovations demandant souvent un budget plus conséquent) mais plutôt de exploiter à moindre coût une licence bien en place. Nous l’avons observé avec le budget de la série Baby Boss : les affaires reprennent, amoindri à cause de sa cible plus restreinte, et son incidence significative sur la qualité visuelle de l’œuvre. Malgré un manque d’innovation dans l’animation, que nous avons le droit d’attendre avec une franchise bien installée maintenant, le film demeure très agréable à voir, surtout avec un budget bien moins conséquent. Une animation qui reste intéressante grâce aux nombreux gags dans l’histoire de la nouvelle création de Tom McGrath.

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Une suite DreamWorks Animation en 2021

Face à cette petite déception concernant le pitch et l’animation, cette suite se rattrape sur d’autres aspects. Tout d’abord, elle est généreuse envers son spectateur. Le film saute d’une idée à une autre sans s’arrêter. Que ce soit une blague, une réflexion ou une action, l’œuvre déborde d’envies. Une accumulation jamais écœurante, grâce à son réalisateur Tom McGrath, qui montre que même après 5 films pour le studio, son talent pour le débordement maîtrisé est toujours présent. Un débordement amplifié par le travail sonore de Steve Mazzaro et Hans Zimmer quasi-constant dans la production. À l’instar de la scène de course-poursuite pour arriver à l’école à temps (bien qu’un peu gratuite narrativement et trop en avant par rapport à la structure du film), la nouvelle aventure de Baby Boss profite de la moindre occasion pour divertir son spectateur grâce à une accumulation bien dosée d’idées visuelles et narratives. En outre, le film est dans l’ensemble drôle, par ses dialogues ou ses actions, visant un public enfantin par moments comme plus adulte par d’autres. De ce point de vue, le film fait le choix de la quantité plutôt que de la qualité, une piste pertinente par rapport à sa structure scénaristique fragile. Une solution identique au même problème que la création de 2017. 

Même si l’idée de départ pour le scénario n’est pas très originale, le metteur en scène réussit à la tenir jusqu’au bout et à surprendre de temps en temps son public comme avec l’école pour surdoués ou les nouveaux membres de la famille Templeton (la femme et les enfants de Tim, les grands-parents). De plus, l’histoire n’oublie pas les pistes ou personnalités déjà en avant dans le premier opus, en insérant quelques pastilles humoristiques dessus (que ce soit l’héritage sous la forme d’une statue de Ted chez BabyCorp ou la version adulte des enfants du film original). Toutefois, ce trop plein a également une grosse lacune : son incapacité à faire un choix entre les différentes pistes possibles. Une difficulté qui était déjà visible dans la suite de la franchise sur la famille pré-historique, Les Croods 2 : une nouvelle ère de Joel Crawford, un autre film DreamWorks sorti il y a quelques semaines au cinéma. Baby Boss 2 – une affaire de famille souhaite traiter trop de pistes en même temps. Voici les thématiques abordées dans cette suite (en vrac comme le long-métrage le fait) : la créativité face à la productibilité, la compétition dans le milieu scolaire, le manque de communication au sein d’une famille, le fait d’être accro aux nouvelles technologies, l’oubli de l’enfance dans le temps, la dureté du monde des adultes, la lutte des sexes au sein du milieu professionnel …

Le dosage entre ces propos reste dans l’ensemble correct, mais certaines idées intéressantes parasitent la cohérence globale du long-métrage. Prenons l’exemple d’une piste narrative importante dans la production : l’opportunité pour Ted, une fois redevenu enfant, de pouvoir aider sa fille à être plus créative, en se faisant passer pour un nouveau camarade de classe. La notion est aussi charmante et poétique que drôle, tout en rappelant le concept du premier volet de la trilogie culte de Zemeckis. Toutefois, la piste n’a pas vraiment sa place au sein de l’aventure des deux enfants contre le Dr. Erwin Armstrong (lui aussi présent pour mettre en place des idées plutôt qu’une personnalité cohérente). En essayant d’introduire une touche plus intimiste dans cette mission spectaculaire, le film n’obtient qu’un mélange laborieux entre des tons trop opposés. Conscient de cette réalité, la piste avec Tabitha Templeton est assez vite expédiée par le réalisateur et garde au final un aspect superficiel, en plus de son insertion bourrine dans le récit. Un regret car elle aurait pu mettre en avant plus d’émotion au sein de la production.

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Jeter le bébé avec l’eau du bain

Un dernier aspect problématique avec cette suite est son oubli concernant le concept à l’origine de la franchise. Baby Boss 2 – une affaire de famille ne met plus vraiment en scène un bébé patron. Même si le film nous rappelle l’idée par deux ou trois punchlines, toujours brillamment énoncées par Alec Baldwin, il met surtout en scène deux agents secrets au sein d’un nouveau milieu et face à un nouveau méchant. Encore une fois conscient de son concept assez faible, Tom McGrath semble l’effacer petit à petit. Même si le résultat est loin d’être inintéressant, cette suite devient alors assez anecdotique en supprimant son sujet original, qui a pourtant réussi à se démarquer en 2017 en explosant le box-office mondial. 

Baby Boss 2 : une affaire de famille
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Une déception car, tout en restant sur son concept à succès, le film propose des idées intéressantes comme le personnage de Baby Boss version féminine : Tina Timpleton. Mise en avant dans la promo du long-métrage comme équivalente au patron présent pour le premier volet, elle est finalement très secondaire par rapport aux deux héros. C’est un petit échec car l’œuvre pouvait aborder, via le personnage, la place de la femme dans un lieu professionnel dans un contexte post me too.

C’aurait été une approche actuelle et possible à mettre en scène pour un jeune public, l’œuvre de 2017 ayant déjà souligné les rapports de pouvoir absurdes dans le milieu de l’emploi. De plus, avec un saut de 30 ans, le nouvel opus avait un boulevard devant lui pour présenter une réflexion profonde chez ses protagonistes principaux, par rapport aux événements du premier volet. Par exemple, une mission similaire à la première œuvre mais exclusivement féminine cette fois-ci, avec le duo Tina/ Tabitha en espionnes et le duo Tim/Ted en faire-valoir expérimentés. Une idée permettant de mettre en avant une nouvelle réflexion sur le monde du travail avec cette touche féminine, des nouveaux personnages réellement mis en avant et un nouveau regard sur la franchise. Un mimétisme voulu par le réalisateur quand nous observons les deux âges des sœurs, identiques à ceux des frères dans le premier film. Cette piste est d’ailleurs esquissée dans la conclusion du long-métrage, mais encore une fois elle manque de temps elle aussi. Peut-être pour un troisième volet ?  

Assez décomplexé et loin d’être une suite insipide et honteuse pilotée par des financiers en costume cherchant avant tout de la rentabilité, à l’image de la caricature que représente le personnage du bébé patron, Baby Boss 2 : une affaire de famille est un bon divertissement pour l’été.

Critique du film Vivo – Un film récréatif à la structure trop classique

Critique du film Vivo – Un film récréatif à la structure trop classique

Vivo amuse avec ses personnages, son intrigue et son animation. Néanmoins, le long-métrage est enfermé dans sa structure classique aux péripéties calibrées. De plus, avec ses propos graves et sérieux, le film n’est jamais aussi léger et divertissant qu’il souhaiterait l’être. Une petite déception quand on connait le travail des personnes derrière le projet, notamment Kirk DeMicco et Lin-Manuel Miranda.

Après avoir joué le jeu des chaises musicales concernant une date de sortie en salles (le 18 décembre 2020 puis le 6 novembre 2020 puis le 16 avril 2021 puis le 4 juin 2021), Vivo tente la sortie sur plateforme face à l’impossibilité de diffuser correctement le long-métrage sur grand écran avec la pandémie du Covid-19. Troisième grosse production de Sony Pictures Animation à aller cette année sur Netflix après Les Mitchell contre les Machines et Le Dragon-Génie, le film est disponible depuis le 6 août 2021.  

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Vivo est la nouvelle création de Kirk DeMicco, co-réalisateur du premier film de la franchise Les Croods et responsable du scénario pour le deuxième volet, laissant à Joel Crawford la mise en scène. Le long-métrage sur la famille historique était la deuxième production du réalisateur après avoir fait en solo  Les Chimpanzés de l’espace en 2008. Avec sa dernière œuvre, DeMicco continue de mettre en scène la figure du singe, après avoir découvert l’espace dans son premier film et être un animal de compagnie durant la préhistoire dans son second. Pour son troisième projet, Vivo n’est pas vraiment un singe mais plus spécifiquement un kinkajou, mélange du raton laveur et du panda roux. Cependant, la nature de l’animal est utilisée comme un ressort comique, pour finalement le caractériser comme un petit primate. La particularité de la petite bête est d’aimer la musique, permettant alors au long-métrage d’y insérer quelques mélodies. Avec ce sujet central, le film bénéficie alors de l’aide de Lin-Manuel Miranda à l’enregistrement sonore.

Lin-Manuel Miranda est, depuis 5 ans, une personnalité de plus en plus importante dans le milieu du divertissement américain. Révélé par ses deux comédies musicales pour Broadway, In the Heights et Hamilton, Miranda enchaîne depuis 2015 les projets hollywoodiens structurés autour de la musique, qu’il supervise en même temps : Vaiana – La légende du bout du monde en 2016 de Ron Clements et John Musker, Le Retour de Mary Poppins en 2018 de Rob Marshall et l’adaptation en film pour la Warner de sa comédie musicale In the Heights il y a quelques mois, réalisée par Jon M. Chu. Ce boulimique du travail n’est pas prêt de s’arrêter, il a d’ici fin 2022 trois autres projets importants : la responsabilité des chansons du prochain film d’animation Disney Encanto, la réalisation du film musical Tick, Tick… Boom! pour Netflix et la participation à la production du nouveau remake en prise de vues réelles de La Petite Sirène, toujours pour Disney. 

Vivo s’offre une distribution très prestigieuse entre Zoe Saldana (Nyota Uhura dans la franchise Star Trek, Neytiri dans Avatar, Gamora dans les deux opus Les Gardiens de la Galaxie), Brian Tyree Henry (Paper Boi dans la série FX Atlanta), Michael Rooker (Merle Dixon dans la série AMC The Walking Dead, Yondu également dans les deux Gardiens de la Galaxie) et bien sûr, pour doubler le petit singe, Lin-Manuel Miranda lui-même. 

Avec autant de personnalités talentueuses issues du cinéma et de la télévision, que vaut ce film d’animation centré sur la musique qui sort quelques mois seulement après la mise en ligne de Soul sur Disney+, traitant du même thème ? 

Un scénario qui accumule les problèmes

Avant d’aborder ses qualités, mettons en avant le grand problème du nouveau long métrage de Kirk DeMicco : son scénario. Vivo raconte l’histoire d’un kinkajou amateur de musique. L’animal vit à Cuba avec son maître Andrés. Bien que très heureux avec son petit singe, ce dernier vit avec le regret de ne jamais avoir avoué à son premier amour, Marta, ce qu’il avait sur le cœur, le jour où cette dernière est partie pour Miami afin de développer sa carrière. Un jour, Andrés reçoit une invitation de Martha pour son dernier concert avant de prendre sa retraite. Fou de joie, il y voit la possibilité de réparer son erreur de jeunesse. Malheureusement, le vieil homme décède la nuit précédant son départ. Vivo, encore très affecté par cette disparition, décide de transmettre à Martha la chanson d’amour écrite par son maître à la chanteuse. Le voyage ne sera pas de tout repos quand Gabi, petit nièce d’Andrés, va s’inviter au voyage. 

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Construit sur la structure du road-movie, tout en y insérant des passages musicaux, le scénario est amusant et émouvant. Malheureusement, trois éléments d’écriture rendent l’histoire très indigeste à suivre. 

Premièrement, les dialogues sont sur-explicatifs à un très haut niveau. Ne laissant jamais de zones d’ombre ou notions à découvrir petit à petit, nous observons une intrigue ne souhaitant absolument pas perdre le spectateur en cours de route. Tout public, l’histoire demeure facilement compréhensible, même pour les plus jeunes. Avoir une multitude de flash-back pour expliquer les enjeux d’une scène ou des personnages se parlant à eux-mêmes (tous sans exception) afin de toujours mettre en avant les émotions ressenties n’étaient vraiment pas nécessaires pour clarifier cette aventure au public. Tout cela alourdit énormément l’écriture, sans parler des numéros musicaux qui remettent une couche d’explications, au cas où le voyage du duo nous aurait perdu…  

Deuxièmement, chaque péripétie rencontrée par le petit singe et la jeune fille est superficielle. Devant cette structure de road-movie, il nous semblait prévisible de voir deux personnages faire la route ensemble entre Cuba et Miami, en apprenant à mieux se connaître et en rencontrant des difficultés dans leur quête. Cependant, l’œuvre ne fait pas ce choix. Vivo et Gabi se retrouvent à Miami en moins de 30 minutes du long-métrage sans aucune difficulté. Par conséquent, l’écriture n’a pas un autre choix qu’inventer des péripéties assez faibles, dans le but de retarder le dénouement final. Nous rencontrons alors un serpent amateur de silence, deux spatules (l’oiseau, pas l’ustensile de cuisine) ayant des difficultés à déclarer leur amour et trois scoutes souhaitant libérer et vacciner le singe. Tous ces rebondissements sont assez vains et faciles à résoudre, ce qui rend l’aventure beaucoup moins spectaculaire et inoubliable. 

Troisièmement, l’intrigue reste dans l’ensemble extrêmement calibrée par rapport aux codes du road-movie. En plus des enjeux sur-expliqués et des péripéties peu pertinentes, il est très difficile d’être surpris par les pistes du long-métrage et notamment du dernier acte assez convenu. Les rares pistes innovantes abordées dans le long-métrage, comme l’entente entre les deux personnages principaux par la musique, ne sont pas assez exploitées pour surprendre le spectateur.   

Quelques idées sonores et visuelles

Toutefois, Vivo est réussi sur d’autres points. L’animation, bien que très familière par rapport aux standards de gros studios américains, innove sur certains aspects. Pour commencer, elle offre des personnages moins réalistes qu’à l’accoutumé, en appuyant notamment grossièrement sur les formes, présentant alors les protagonistes comme imparfaits. Ensuite, un travail est fourni sur les décors du long-métrage, n’ayant jamais peur de faire apparaître une dissonance dans la cohésion de l’univers en place. La Havane se pare de tons très pastel, les Everglades restent dans des couleurs très sombres et Miami se présente avec des couleurs de néons très flashy. À l’image de la tenue du personnage féminin principal, le film ose l’harmonie dans l’excès. Lors de ses passages musicaux, Vivo passe quelquefois d’une animation 3D à une 2D, jouant alors sur la perspective en se permettant d’aller vers un aspect moins vraisemblable, offrant un bel aspect lyrique à chaque scène. Même si les scènes rappellent très fortement Soul de Pete Docter et Kemp Powers, en plus d’apparaître d’une manière très attendue dès que la chansonnette retentit, des prises de risque sont toujours bienvenues dans un film aussi codifié… En outre, la nouvelle création de DeMicco met en scène un panel de sons divers. Entre la traditionnelle simplicité de la musique de Vivo et la modernité des instruments électroniques de Gabi,  le film permet au moins de faire voyager son spectateur musicalement.  La meilleure séquence du long-métrage étant la présentation de la jeune fille avec sa musique terrifiante pour le petit singe. 

Le film impersonnel de DeMicco et Miranda

Cependant, malgré ces quelques innovations visuelles et sonores, Vivo reste assez semblable à de nombreux autres films d’animation déjà vus. Les éléments novateurs n’arrivent pas à effacer les problèmes d’écriture. Sans être à aucun moment détestable, le film manque cruellement d’originalité (voire d’âme), un constat perceptible tout d’abord par une absence d’émotion. Devant les nombreux thèmes tragiques mis en avant dans la production (Gabi et son problème de sociabilité, la mort d’Andrés pour Vivo, les regrets de jeunesse de Martha, les difficultés de la mère de Gabi à éduquer sa fille sans son mari,…), la mise en scène souhaite surtout les expédier rapidement. Comme si l’œuvre voulait avant tout n’être que divertissante et rassurante. Une envie compréhensible mais impossible avec les sujets abordés, cachés ou non. De plus, face à cette volonté de légèreté, Kirk DeMicco nous offre très peu d’éléments comiques dans sa création. Un aspect assez intriguant après deux réalisations portées essentiellement sur le rire (surtout Les Chimpanzés de l’espace). Pour finir, sans être dissonant, le travail musical de Lin-Manuel Miranda n’est en rien exceptionnel. Harmonieuses et rythmées, ses chansons ne permettent pas au spectateur de s’émouvoir facilement. Nous sommes très loin de son exécution parfaite pour Disney avec Vaiana. Un bilan surprenant quand nous observons dans Vivo certains thèmes importants pour le mélomane comme la culture de l’Amérique latine. Toutefois, un rendu sonore moins séduisant qu’attendu était déjà perceptible dans la précédente production cinématographique de Miranda, à savoir l’adaptation de sa comédie musicale à Broadway In The Heights.   

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La parenthèse enchantée du studio Sony Pictures Animation reste sympathique à l’œil et à l’oreille. Mais sa précédente création pour la plateforme Netflix sous la forme d’un road-movie, Les Mitchell contre les machines, était beaucoup plus aboutie avec son ton véritablement décontracté. Toutefois, bien que léger et peu pertinent, Vivo réussit à mettre la musique au cœur de son intrigue avec moins de difficultés que l’avant-dernière production de Pixar, Soul.  De quoi redonner la banane !