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Critique du film Le Peuple Loup : Une nouvelle pierre à l’édifice qualitatif de Moore et Stewart

Critique du film Le Peuple Loup : Une nouvelle pierre à l’édifice qualitatif de Moore et Stewart

Note :3,5/5

Dans la continuité de ses précédentes créations, Tomm Moore (accompagné cette fois-ci de Ross Stewart) offre une nouvelle histoire sur le folklore irlandais dans lequel la magie de la nature cherche à communiquer avec l’Homme sous un angle enfantin. La narration souffre de quelques lacunes dans sa construction et son émotion, mais elle reste la plus maîtrisée de la filmographie de l’auteur. L’animation est plus terre à terre et moins lyrique que dans ses précédents travaux, mais les idées et effets visuels qu’elle propose restent très intéressants.

Après Brendan et le secret de Kells en 2009 et Le Chant de la mer en 2014, le nouveau film de Tomm Moore vient de sortir au cinéma. Il est accompagné pour la première fois de Ross Stewart pour la mise en scène, ayant déjà travaillé sur les deux productions citées comme directeur artistique ou artiste concepteur. Le duo a précédemment œuvré ensemble sur un segment du film d’animation Le Prophète en 2014. 

Les films de Tomm Moore présentent des histoires en rapport avec les origines de son pays natal, l’Irlande, en piochant quelquefois dans le folklore anglais et écossais. Dans son premier film, il présentait un jeune moine de 11 ans dans une abbaye du IXème siècle. L’enfant espère devenir enlumineur, malheureusement son oncle aimerait surtout qu’il oublie sa sensibilité artistique pour des affaires plus concrètes comme la prochaine attaque du village par des Vikings. Dans son deuxième film, il mettait en avant l’univers maritime à partir d’une famille composée de Selkies et d’humains vivant dans un phare durant les années 1980. Lorsque sa petite sœur est kidnappée, Ben doit alors découvrir plus précisément ses origines familiales afin de la sauver. Toujours depuis le point de vue d’un enfant, Moore présente à chaque fois un univers historique et fantastique, proche des créations du studio Ghibli. Même si l’approche féérique prend le pas facilement sur la logique narrative à de trop nombreuses reprises, ce point de vue permet à l’auteur de nous immerger dans un monde visuellement absorbant. 

Pour cela, Tomm Moore met en scène ses histoires avec une animation originale, généralement en 2D avec des personnages aux traits simples. Toutefois, le décor des univers est bien plus précis et nuancé avec une utilisation de couleurs harmonieuses. Mettons également en avant l’utilisation de formes géométriques appuyées et un jeu de perspective. Tout cela offre alors des univers visuels uniques et extrêmement intéressants, sublimés par la mythologie qui se cache derrière eux. 

Avec Le Peuple Loup, Moore propose (avec Stewart) une œuvre dans la continuité des deux précédentes : point de vue enfantin, monde merveilleux rempli d’animaux sauvages, nature inquiétante, groupe puissant ancien et mythes irlandais. Une nomination à l’Oscar du meilleur film d’animation 2021, comme Brendan et le secret de Kells ou Le chant de la mer lors de leur sortie, démontre une fois de plus cette continuité qualitative. Observons-nous alors une redite ou une nouvelle incursion unique dans l’histoire de la culture celtique ?   

Les 2 filles nature Peuple loup

Continuité scénaristique

Le Peuple Loup se déroule au XVIIème siècle en Irlande (comme d’habitude chez Moore). Les Anglais cherchent à transformer la forêt en une nouvelle civilisation. Au cœur de ce changement, nous suivons une famille dissoute (comme d’habitude chez Moore) avec un adulte et un enfant, personnage central de l’intrigue (comme d’habitude chez Moore), face à une force d’opposition sous la forme d’un groupe dirigeant (comme d’habitude chez Moore). Mais l’enfant que nous allons suivre est une jeune fille (bouleversement chez Moore !). Si l’histoire est similaire aux autres œuvres de l’auteur, ce changement est notable, il met en scène un protagoniste féminin qui va se confronter à des oppositions masculines (son père, le chef du village, les gardes,…). Robyn (version féminine d’un certain mythe de la nature pas très célèbre…) va rencontrer Mebh dans la forêt. Ensemble, elles vont devenir de grandes amies, malgré tous les dangers qui les menacent : le fait que la nouvelle amie de Robyn se transforme une louve la nuit, la destruction de la forêt, la disparition de la mère de Mebh. Une situation qui va s’envenimer lorsque notre jeune héroïne se fait mordre par un loup, ce qui a pour effet de la transformer à son tour la nuit venue.

Une fois de plus, le véritable sujet du film de Moore (et Stewart) est l’opposition à une force brutale (la ville) par la sensibilité au sein du folklore irlandais (la nature). Une sensibilité incarnée par une jeune personne qui se découvre un lien unique avec l’environnement sylvestre. L’exploration de l’aspect mystérieux et sauvage de la forêt est l’élément fondamental de l’œuvre. Elle se fait par le biais du personnage de Robyn après avoir été mordue. Il est évident que Moore et Stewart sont avant tout captivés par cette atmosphère, à l’image de la séquence où les deux jeunes filles s’apprivoisent en s’amusant au sein de la verdure. Le cœur émotionnel du film se trouve dans cette amitié, magnifiquement retransmise à l’écran avec sobriété. 

Les deux réalisateurs présentent une histoire beaucoup moins lyrique et beaucoup plus terre à terre que les deux précédentes productions de Moore. Si un lâcher-prise total avec grandiloquence (une habitude chez Moore), ne figure pas à l’écran, c’est surtout dans le but de proposer une certaine poésie plus nuancée au sein du long-métrage. Avec cette retenue, Le Peuple Loup s’avère plus abouti que les précédentes réalisations de Moore, notamment dans son refus de cacher les facilités et incohérences scénaristiques derrière des envolées lyriques. Toutefois, malgré cette nouvelle direction, le film s’offre quelques grandes libertés, comme son spectaculaire final opposant deux forces destructrices. 

Continuité visuelle

Tout d’abord, si la narration s’inclue dans la continuité des créations de Moore, c’est plus encore le cas pour l’animation. Nous retrouvons la patte des deux auteurs à l’univers visuel si singulier dans le paysage de l’animation 2D. Pour commencer, les personnages sont représentés assez simplement. Ce qui permet de souligner la beauté du décor dans lequel ils évoluent, car celui-ci est extrêmement détaillé, rappelant qu’il reste le sujet central de l’œuvre. Comme à l’accoutumée, nous assistons à un jeu de perspective avec les formes,  notamment de nombreux split-screens qui offrent toujours plus de visuels à une même action (plutôt que de montrer plusieurs actions simultanément, comme c’est généralement le cas au cinéma). Pour finir sur les effets singuliers de Moore et Stewart, Le Peuple Loup propose une multitude de formes géométriques dissimulées au sein du long-métrage, offrant un décalage avec le reste du décor détaillé. Un effet déjà visible dans Le Chant de la mer, après des débuts laborieux dans Brendan et le secret de Kells. 

Au-delà d’offrir les codes habituels des deux artistes, Moore et Stewart innovent sur de nombreux aspects. Pour commencer, la nature visible dans le long-métrage est très archaïque avec des effets au crayon de papier (croquis visibles sous la couche au propre, courbes rajoutées sous la forme de traces, saccades dans l’action avec moins d’images par seconde visible). Tout ceci permet de souligner la singularité et l’aspect sauvage de la forêt face à une civilisation bien plus propre et soignée (un effet déjà utilisé cette année avec réussite dans Les Mitchells contre les Machines). Une dissonance entre la civilisation et la vie sauvage encore plus visible lorsque Robyn va se rapprocher de sa nouvelle amie et commencer à être affublée des mêmes effets visuels impropres. Toujours à la recherche d’innovation, plusieurs effets dans la même continuité sont présents durant le long-métrage afin d’appuyer cette différence entre les deux mondes,  comme le feu illustré par des gribouillis au stylo rouge, témoignant de la réflexion des deux artistes visant à offrir un visuel toujours plus enivrant aux spectateurs. Cet effet illustre l’impossibilité d’arracher à la nature son aspect simple mais pourtant surprenant même lorsque celle-ci meurt. 

la mére louve, sa fille et les loup

Continuité problématique

Face à ces nouveautés narratives et visuelles, Le Peuple Loup souffre toutefois des mêmes problèmes que Le chant de la mer ou Brendan et le secret de Kells. Pour commencer, l’œuvre pâtit de sa structure : une très longue introduction, un développement qui n’arrive pas à faire avancer l’intrigue et un dénouement trop précipité. Néanmoins, Moore et Stewart réussissent à corriger certaines difficultés liées à cette forme. Le film bâcle moins son final que les précédentes œuvres. Le fait d’avoir un film de 1h43 plutôt que 1h15 ou 1h33 aide grandement à prendre le temps qu’il faut pour conclure l’intrigue. De plus, le final avec les animaux de la forêt menacés d’extinction propose bien mieux ses enjeux d’une manière claire et prenante. Tout ceci en offrant un visuel très impressionnant, ce qui permet de terminer à son avantage la dernière partie du long-métrage, plutôt que le transformer en une anecdote comme les œuvres de 2009 et 2014. Le Peuple Loup illustre un véritablement dénouement émotionnel, rappelant que la nature sentimentale de l’Homme reste centrale pour l’histoire.

Malgré un final prenant, le reste de l’histoire est assez prévisible dans son déroulé, une histoire qui aurait pu donner encore plus d’ampleur à sa fin si elle emportait le spectateur dès le début de son intrigue. L’œuvre peine à décoller pour trois raisons : 

Premièrement, Le Peuple Loup propose un ensemble de personnages assez peu profonds dont le seul but reste fonctionnel au sein d’une intrigue. Le père de l’héroïne, figure masculine et castratrice, n’est qu’un exemple de cet aspect problématique, tantôt mou tantôt opposant et retournant précipitamment sa veste durant l’intrigue pour la faire évoluer. 

Deuxièmement, les deux réalisateurs se doivent de raconter une histoire, au-delà de leur volonté de mettre en scène une jeune fille découvrant la liberté sous le prisme de la faune et la flore. Déjà problématique dans les deux précédentes créations de Moore, la narration ne met en scène qu’une accumulation de mystères assez simplistes et peu profonds dans le seul but de faire avancer son histoire, afin de mettre surtout en scène de nouveaux décors animés. 

Troisièmement, l’histoire reprend la sempiternelle intrigue de deux univers opposés et voués à se disputer un pouvoir, observée sous le prisme d’un personnage qui est amené à comprendre le camp adverse, décidant alors de dissoudre la lutte fatale. Un schéma novateur visuellement mais pas scénaristiquement. 

Face aux dernières catastrophes naturelles que nous subissons (inondations, feux de forêts, pandémie mondiale) remettant petit à petit en question nos certitudes et choix de vie, Moore et Stewart nous rappellent avec sensibilité que la nature reste infiniment puissante sur Terre.  Malheureusement, en s’opposant toujours plus à elle, le résultat ne sera sans doute pas aussi beau que le film. 

fille qui et loup
Critique de la saison 1 de la série Monstres et Cie : Au travail

Critique de la saison 1 de la série Monstres et Cie : Au travail

Du chef d’œuvre cinématographique au contenu pour plateforme

Note : 2/5 ★★☆☆☆

Si l’idée d’offrir une suite au classique de 2001, sous la vision d’un nouveau employé bouleversé par les événements du long-métrage, était intéressante, le résultat attriste. Entre un scénario peu travaillé et une animation qui l’est encore moins, la première saison de Monstres et Cie : Au travail ne cache pas sa volonté d’exploiter la marque pour faire la promotion de Disney+, sans jamais développer réellement l’univers de la franchise. 

En 2001, soit il y a 20 ans cette année, sortait au cinéma Monstres et Cie. Quatrième film d’animation de Pixar, le premier long-métrage de Pete Docter (sans oublier David Silverman et Lee Unkrich à la co-réalisation) narrait l’histoire de deux monstres, Bob et Sully, travaillant dans une usine de conditionnement de cris d’enfants afin de fournir de l’électricité à la ville de Monstropolis. Mais lorsque le duo se retrouve avec une fillette sur les bras, les deux collègues vont commencer à remettre en question le bien-fondé du fonctionnement de l’usine. Œuvre brillantissime par son écriture maline, son jeu de tons entre le comique et le tragique, ses personnages attachants et surtout son univers présenté et exploité avec pertinence et intelligence, Monstres et Cie reste encore aujourd’hui une des meilleures (et des plus appréciées) créations du studio. Grâce à son concept, le long-métrage a donné lieu à de nombreuses autres œuvres comme des attractions, des jeux-vidéos (4 au total), la préquelle de 2013 de Dan Scanlon Monstres Academy et une série sur Disney+ Monstres et Cie : Au travail, la production qui nous intéresse aujourd’hui. 

Présentée le 9 novembre 2017 par Robert Iger (alors président exécutif et président du conseil d’administration de la Walt Disney Company) dans un lot de plusieurs projets sur des franchises célèbres comme Star Wars (The Mandalorian), le MCU (WandaVision, Falcon et le Soldat de l’Hiver, Loki et actuellement What If…?) et High School Musical (High School Musical : La Comédie Musicale, la série), pour promouvoir la plateforme Disney+, Monstres et Cie : Au travail a beaucoup interrogé, quant à l’intérêt du programme, surtout après la préquelle de 2013. 

Depuis l’annonce du projet, nous avons appris le retour de John Goodman et Billy Crystal au doublage de Bob et Sully. Par la suite, après le report de diffusion de la série à cause du ralentissement de la production des épisodes dû à la pandémie, Roberts Gannaway, showrunner de la série, a révélé que le programme irait vers des pistes encore inconnues de l’univers Monstres et Cie. Le retour des voix originales vient alors se poser en contradiction avec cette volonté d’innovation. Par conséquent, nous pouvions légitiment craindre une série rapidement fignolée visuellement et aux enjeux artistiques discordants, avec pour but surtout d’exploiter une franchise qualitative.  

La diffusion de la première saison a commencé le 7 juillet pour s’achever le 1er septembre, après 10 épisodes sortis sur un rythme hebdomadaire. Vendue à son public en catimini a contrario des autres productions Disney+ comme les séries Marvel ou The Mandalorian, il est temps de revenir dessus. Les annonces contradictoires et les modalités de diffusion sont-elles prémonitoires du résultat final du show ? 

Tylor aux portes de la vie

Serie Monstres & Cie : Au travail – Saison 1

La série met en scène Taylor, une terreur qui sort tout juste de l’université que le spectateur découvrait lors du film de 2013. Très fier d’avoir été accepté dans la même usine que Bob et Sully, le monstre arrive, pour son premier jour de travail, quelques semaines après les événements de la quatrième production Pixar. Les terreurs récoltent maintenant du rire plutôt que de la peur pour produire de l’électricité. Très mauvais comique, Taylor se retrouve à travailler à la maintenance de l’usine, avec Fritz, Val, Cutter et Duncan comme collègues de travail. Loin d’être heureux dans ce nouvel environnement, l’ancien étudiant va devoir se former à nouveau, cette fois pour devenir humoriste. Pendant ce temps, Bob et Sully sont devenus les nouveaux directeurs du groupe. Ils doivent gérer les responsabilités liées à cette nouvelle fonction, en plus de s’occuper de la restructuration de l’usine. Le quotidien des deux célèbres monstres va alors souvent croiser celui de Tylor. 

Comme le nouvel opus des Indestructibles en 2018, la série suit directement l’œuvre originale. Avec un enjeu fort comme la réorganisation du célèbre lieu de Monstres et Cie, la série en profite pour faire de nombreux clins d’œil (sans oublier la préquelle d’il y a 8 ans). Toutefois, même avec une fidélité envers l’œuvre de 2001 et un nouvel angle d’approche, l’histoire de Taylor déçoit. 

Pour commencer, la série déçoit par son personnage principal. La nouvelle terreur est trop peu développée pour succéder aux deux sympathiques monstres du premier film. Un manque d’épaisseur qui n’est pas résolu par ses nouveaux amis, aussi peu caractérisés que Taylor. Dénués de sens, tous ces nouveaux personnages ne sont que des figures déjà vues de nombreuses fois sans une once de nouveauté (le chef, le sous-chef sournois, la bonne copine, le collègue âgé détaché des événements). 

De plus, la série n’arrive pas à se détacher de son succès passé pour offrir de la nouveauté. Nous observons les mêmes lieux et mécanismes présents que dans le film de 2001. Le fait de créer de nouveaux personnages identiques aux originaux (un Bob bleu et une Gladys avec des couleurs différentes, ou l’art de créer à bas coûts ?) n’aide pas non plus. L’univers ne cherche pas à être plus développé. Un état qui est caractérisé par l’omniprésence du duo connu de Monstres et Cie. Si nous pouvons applaudir l’agréable mélange de la trame narrative de la nouvelle terreur et de celle de Bob et Sully, l’assiduité de ces deux derniers est problématique. Secondaires à l’intrigue, ils restent néanmoins très présents pour ne pas laisser l’entière responsabilité à Taylor de diriger la franchise, tout en étant morne (surtout Sully) voire détestable par moments (surtout Bob). Le résultat est donc une œuvre incapable de se décider entre sa volonté d’innover et sa volonté d’exploiter son héritage.  

En outre, la série met en scène à chaque épisode une nouvelle situation, offrant un semblant d’enjeu aux monstres de l’usine, plutôt qu’une aventure étirée sur toute la saison. Ce qui est dommage car, par sa durée plus importante, une série est souvent l’occasion d’offrir une narration plus profonde. Se basant sur un détail concernant le fonctionnement de l’univers connu (une porte endommagée, des coupures d’électricité, une journée portes ouvertes…) afin d’en découvrir une nouvelle partie, le développement du détail est toujours illustré par du déjà-vu, de l’absurdité et du non-sens, une absence d’approfondissement et de nombreuses facilités scénaristiques. Tout ceci rend alors le concept original de Monstres et Cie poliment ennuyeux.   

Une animation flanquée à la porte

La mise en scène de l’aventure de Taylor ne rattrape pas ses faiblesses narratives. L’animation de la série est très en dessous du niveau des productions Disney/Pixar, soulignant le désintérêt du studio pour la série. Gardant le visuel des deux films de la franchise, son application face à l’action est loin d’être identique. Les personnages de la série sont limités dans leurs mouvements et ont peu d’interactions entre eux. La présence des protagonistes dans un lieu est souvent peu soignée au niveau des surfaces, des ombres et du jeu possible avec les différents objets sur place. Un visuel qui, comme nous pouvions nous y attendre avec les annonces pré-sortie de la saison, semble avoir été travaillé rapidement et avec peu de concertations entre les différentes équipes. Ce résultat n’est pas aidé par la mise en scène, ayant pour unique tâche d’être démonstrative, plutôt que créative. De plus, les comédiens choisis au doublage sont très peu inspirés pour donner de la vie aux protagonistes qu’ils incarnent. 

Pour finir sur le visuel, un dernier élément mérite d’être également mis en avant. L’ensemble des couleurs du show est beaucoup plus lumineux que l’œuvre originale. Nous sommes loin du jeu de tons entre un univers inquiétant et un humour malicieux visible dans la première création de Pete Docter. Volonté de rendre le programme plus joyeux pour le jeune public ou de donner un minimum d’âme à une création qui en manque cruellement ? Dans tous les cas, ce dernier détail démontre encore une fois une volonté d’économie de temps et de moyens.

Disney laisse quelque chose à la porte

Le véritable problème de cette série est sa raison d’être. Offrir un programme sur une franchise forte pour mettre en avant la nouvelle plateforme de streaming du groupe Disney n’est pas un défaut en soi. Mais le fait de présenter une œuvre aussi peu développée (ses personnages, ses intrigues, ses enjeux) l’est. Un élément démontre cette absence d’investissement. En VO, le personnage de Bob Razowski se nomme Mike Wazowski. Un changement effectué au début des années 2000 afin que le prénom de la boule verte soit plus facile à prononcer pour les enfants français (Bob étant d’ailleurs le diminutif de Robert, difficile de faire plus franchouillard). Cette modification oblige alors à retravailler certains éléments visuels (nom sur les documents, présence au générique, panneaux de présentation), un travail que fait généralement Disney afin d’offrir les programmes les plus accueillants possibles pour un jeune public. Dans Monstres et Cie – Au travail, aucun effort n’est fait pour accompagner ce changement linguistique. Une absence d’application encore plus marquante lors du sketch de fin pour chaque épisode (du 2 au 9 pour être plus précis)où un carton présente une blague de « Bob » avec son nom américain « Mike ». Ce détail demeure minime mais illustre la volonté du studio de ne pas soigner sa production pour le public international lors de sa parution.  

Pour continuer sur la thématique des enfants, la visée de la série est également conflictuelle. Cette saison 1 est clairement orientée pour des spectateurs jeunes, notamment par son humour souvent bas du front (même s’il joue sur certaines notes installées par l’œuvre originale comme la présence de sarcasme, la mise en avant d’absurdités et l’utilisation d’un tempo rapide). Dans l’ensemble, les éléments comiques de la série sont peu réfléchis, une aberration quand nous nous rappelons que le rire est le sujet principal du show. De plus, ce choix d’avoir un public-cible plus enfantin est en décalage avec l’image de la franchise. Cette dernière n’a jamais vraiment été caractérisée comme telle (Arlo est, par exemple, une création Disney/Pixar beaucoup plus orientée vers une audience teen). 

Si une qualité est à souligner pour cette création Disney+, c’est sa manière de rappeler à quel point le film de 2001 était réussi sous tous ses aspects. Monstres et Cie ne se démarquait pas uniquement par son concept original, mais par sa manière de le développer brillamment avec humour et réflexion, tout en laissant percevoir un univers plus riche au-delà de l’histoire des deux monstres. Un univers à laisser au placard si c’est pour le développer comme le fait cette série, en espérant qu’un monstre ne s’y cache pas.