Baby Boss 2 : Une suite décomplexée à en oublier son concept

Baby Boss 2 : Une suite décomplexée à en oublier son concept

Appart hotel Velizy : votre appartement hôtel Appart'City à Velizy

Cette suite du film Baby Boss de 2017 a de nombreux défauts : une animation moins innovante que le premier opus, un ton général coincé entre l’intimiste et le spectaculaire, un antagoniste flou qui met en scène des enjeux incertains dans un scénario simpliste qui atténue le concept d’origine de la franchise plutôt que de le faire évoluer. Toutefois, ce nouveau volet offre un divertissement plus qu’honorable pour l’été avec sa multitude de gags dans un rythme effréné jamais désagréable.

527 965 936 dollars. C’est la somme qu’a rapporté le film Baby Boss dans le monde en 2017, soit 175 003 033 dollars aux Etats-Unis et 352 962 903 à l’international. En France, le film a totalisé le très beau score de 3 956 359 entrées. Avec un budget de production de 125 millions de dollars, le film est commercialement une réussite. Mais comment le long-métrage a-t-il réussi à obtenir un tel succès ?


Tout d’abord, avec un réalisateur confirmé, Tom McGrath, qui a fait ses preuves chez DreamWorks avec le film Megamind (2010) mais surtout avec la franchise ultra-lucrative Madagascar (2005, 2008, 2012). Ancien animateur, McGrath met en scène un humour absurde doublé d’un rythme très bien pensé. Son animation demeure toujours parfaitement fluide dans ses productions, malgré la prolifération de mouvements rapides des personnages. Le réalisateur à succès a beaucoup influencé ensuite les autres productions du studio créé par Steven Spielberg, Jeffrey Katzenberg et David Geffen en 1994.


Niveau scénario, Baby Boss narrait l’histoire de Ted Templeton, un bébé patron (pour le dire en français) en mission pour sauver l’amour familial sur Terre. Pour son aventure, il était secondé par son grand frère de 7 ans, Tim, ayant encore du mal à accepter la venue du nouvel enfant dans la famille. Si l’écriture n’offrait pas une grande originalité, elle était surtout sauvée par l’absurdité d’un bébé se comportant en directeur d’entreprise extrêmement méprisant.
Pour cela, le personnage était magnifiquement doublé par Alec Baldwin en VO, qui est habitué à ce type de rôle depuis quelques années : patron de la CIA dans la franchise Mission : Impossible depuis le 5ème volet, patron d’une unité spéciale dans Les Infiltrés de Scorsese, patron de la chaîne NBC dans la série 30 Rock pendant 7 ans…
Avec un concept simple (une mission, un bébé agent secret, un patron arrogant), pouvant donner lieu à de nombreuses intrigues, DreamWorks a vite exploité le filon, notamment avec une série d’animation pour Netflix, Baby Boss : les affaires reprennent. Avec déjà 4 saisons soit 49 épisodes au compteur, la série est surtout là pour prolonger l’univers du long-métrage, sans pour autant lui offrir une véritable nouvelle dimension. De plus, elle ne bénéficie pas des mêmes moyens que la production pour le grand écran (absence du réalisateur et des comédiens, animation moins travaillée,…), devenant alors un ersatz de l’œuvre de McGrath.


Quatre ans après le premier opus, Baby Boss 2 : une affaire de famille est enfin visible en salles avec la même équipe (cast, réal, prod). Une sortie qui se réalise après quelques déboires à cause de la pandémie de Covid-19 comme de nombreuses autres grosses productions en 2020-2021 (trois dates annoncées et une sortie mixée avec une diffusion sur plateforme). Dans la même idée que la série, ce nouvel opus suit l’intrigue posée par le film à succès de 2017.
Avec Baby Boss 2 – une affaire de famille, Tom McGrath cherche-t-il à faire innover sa franchise en place depuis 4 ans ou simplement la faire perdurer un peu plus ?

Baby Boss 2 : une affaire de famille
Copyright 2020 DreamWorks Animation LLC. All Rights Reserved.Film Baby Boss 2 : une affaire de famille

Baby Boss : Back to Business the Future 

La franchise se base sur un concept simple (le concept c’est le titre tout simplement). Un concept qui s’adapte plus à une suite de gags qu’à une narration complexe. Une constatation prise en compte par le premier opus en se focalisant plus sur les traits d’humour du bébé Ted ainsi que son acolyte et grand frère, que sur son histoire dans l’ensemble oubliable. Cependant, en mettant en place un deuxième volet, il est nécessaire de faire évoluer les personnages et l’univers, avec de nouveaux concepts, au risque de faire passer cette suite pour un objet artificiel présent plus pour l’argent que pour l’art. Malheureusement, Baby Boss 2 : une affaire de famille ne fait pas évoluer la famille Templeton. Toutefois, malgré ce lourd handicap, le film parvient à être plus divertissant que superficiel.


Ce nouvel opus nous fait croire à une véritable évolution dans ses premières minutes. Ted et Tim ont plus de 30 ans maintenant. Baby Boss est devenu un boss tout court et son frère est un père au foyer comblé. Sa fille Tina est maintenant la personne qui porte le costume. Le devoir appelle à nouveau BabyCorp. Un mystérieux individu, Dr. Erwin Armstrong, semble mettre en place un plan pour supprimer les parents. L’agence doit alors envoyer sur le terrain ses deux agents exceptionnels : les frères Templeton. Mais pour infiltrer une école, lieu maléfique du savant, il est préférable de retourner en enfance. Les deux adultes doivent boire un lait rajeunissant afin de redevenir un enfant de 7 ans et un bébé pour partir à l’aventure. Tout le problème du film est visible dans ce pitch. Loin d’être inintéressant, il rétropédale sur son semblant d’évolution perceptible en introduction pour resservir la même recette à succès du premier opus.

Magic Appear GIF by The Boss Baby - Find & Share on GIPHY


L’animation du long-métrage est à l’image de ce problème. Pas désagréable à l’œil comme la série pour Netflix (avec son absence de détails, ses personnages limités dans les mouvements, ses formes peu travaillées,…), elle est identique à celle de 2017. L’idée n’est absolument pas d’offrir de la nouveauté avec les dernières possibilités numériques mais de refaire le visuel satisfaisant du premier volet. Même si le travail est très propre, nous nous attendions à quelques pistes en 4 ans d’intervalle (même si ce nombre d’années n’est pas non plus très important). Dans le premier volet, l’imagination du grand frère offrait des concepts animés innovants avec un mélange entre une 3D très travaillée et une 2D plus archaïque, des jeux de perspective et des assemblages de formes. Dans sa suite, quelques idées intéressantes du même genre sont présentes dès l’introduction du long-métrage. Des visuels qui bénéficient d’un nouveau point de vue maintenant que Tim est parent. Mais dès que l’aventure commence et que Tim redevient un enfant de 7 ans, cet aspect est vite oublié au profit d’une animation plus classique et sans prise de risque, comme la narration du long-métrage.


Plusieurs explications peuvent justifier cette animation. Pour commencer, avec la série, la franchise a une image très identifiable maintenant difficile à transformer. Ensuite, la série est supervisée également par DreamWorks (filiale télévision par contre). Depuis le film et la série, le studio a vraisemblablement un processus de fabrication très structuré et désormais difficile à bouleverser. Pour finir, le budget du premier volet était de 125 millions de dollars. Celui de sa suite est de 82, soit 43 millions de moins. Un tel écart ne démontre pas une volonté de donner les moyens à la franchise d’évoluer (les innovations demandant souvent un budget plus conséquent) mais plutôt de exploiter à moindre coût une licence bien en place. Nous l’avons observé avec le budget de la série Baby Boss : les affaires reprennent, amoindri à cause de sa cible plus restreinte, et son incidence significative sur la qualité visuelle de l’œuvre. Malgré un manque d’innovation dans l’animation, que nous avons le droit d’attendre avec une franchise bien installée maintenant, le film demeure très agréable à voir, surtout avec un budget bien moins conséquent. Une animation qui reste intéressante grâce aux nombreux gags dans l’histoire de la nouvelle création de Tom McGrath.

The Boss Baby Family Business GIF by The Boss Baby - Find & Share on GIPHY
@Giphy#the boss baby family business

Une suite DreamWorks Animation en 2021

Face à cette petite déception concernant le pitch et l’animation, cette suite se rattrape sur d’autres aspects. Tout d’abord, elle est généreuse envers son spectateur. Le film saute d’une idée à une autre sans s’arrêter. Que ce soit une blague, une réflexion ou une action, l’œuvre déborde d’envies. Une accumulation jamais écœurante, grâce à son réalisateur Tom McGrath, qui montre que même après 5 films pour le studio, son talent pour le débordement maîtrisé est toujours présent. Un débordement amplifié par le travail sonore de Steve Mazzaro et Hans Zimmer quasi-constant dans la production. À l’instar de la scène de course-poursuite pour arriver à l’école à temps (bien qu’un peu gratuite narrativement et trop en avant par rapport à la structure du film), la nouvelle aventure de Baby Boss profite de la moindre occasion pour divertir son spectateur grâce à une accumulation bien dosée d’idées visuelles et narratives. En outre, le film est dans l’ensemble drôle, par ses dialogues ou ses actions, visant un public enfantin par moments comme plus adulte par d’autres. De ce point de vue, le film fait le choix de la quantité plutôt que de la qualité, une piste pertinente par rapport à sa structure scénaristique fragile. Une solution identique au même problème que la création de 2017. 

Même si l’idée de départ pour le scénario n’est pas très originale, le metteur en scène réussit à la tenir jusqu’au bout et à surprendre de temps en temps son public comme avec l’école pour surdoués ou les nouveaux membres de la famille Templeton (la femme et les enfants de Tim, les grands-parents). De plus, l’histoire n’oublie pas les pistes ou personnalités déjà en avant dans le premier opus, en insérant quelques pastilles humoristiques dessus (que ce soit l’héritage sous la forme d’une statue de Ted chez BabyCorp ou la version adulte des enfants du film original). Toutefois, ce trop plein a également une grosse lacune : son incapacité à faire un choix entre les différentes pistes possibles. Une difficulté qui était déjà visible dans la suite de la franchise sur la famille pré-historique, Les Croods 2 : une nouvelle ère de Joel Crawford, un autre film DreamWorks sorti il y a quelques semaines au cinéma. Baby Boss 2 – une affaire de famille souhaite traiter trop de pistes en même temps. Voici les thématiques abordées dans cette suite (en vrac comme le long-métrage le fait) : la créativité face à la productibilité, la compétition dans le milieu scolaire, le manque de communication au sein d’une famille, le fait d’être accro aux nouvelles technologies, l’oubli de l’enfance dans le temps, la dureté du monde des adultes, la lutte des sexes au sein du milieu professionnel …

Le dosage entre ces propos reste dans l’ensemble correct, mais certaines idées intéressantes parasitent la cohérence globale du long-métrage. Prenons l’exemple d’une piste narrative importante dans la production : l’opportunité pour Ted, une fois redevenu enfant, de pouvoir aider sa fille à être plus créative, en se faisant passer pour un nouveau camarade de classe. La notion est aussi charmante et poétique que drôle, tout en rappelant le concept du premier volet de la trilogie culte de Zemeckis. Toutefois, la piste n’a pas vraiment sa place au sein de l’aventure des deux enfants contre le Dr. Erwin Armstrong (lui aussi présent pour mettre en place des idées plutôt qu’une personnalité cohérente). En essayant d’introduire une touche plus intimiste dans cette mission spectaculaire, le film n’obtient qu’un mélange laborieux entre des tons trop opposés. Conscient de cette réalité, la piste avec Tabitha Templeton est assez vite expédiée par le réalisateur et garde au final un aspect superficiel, en plus de son insertion bourrine dans le récit. Un regret car elle aurait pu mettre en avant plus d’émotion au sein de la production.

Family Business Boomers GIF by The Boss Baby - Find & Share on GIPHY

Jeter le bébé avec l’eau du bain

Un dernier aspect problématique avec cette suite est son oubli concernant le concept à l’origine de la franchise. Baby Boss 2 – une affaire de famille ne met plus vraiment en scène un bébé patron. Même si le film nous rappelle l’idée par deux ou trois punchlines, toujours brillamment énoncées par Alec Baldwin, il met surtout en scène deux agents secrets au sein d’un nouveau milieu et face à un nouveau méchant. Encore une fois conscient de son concept assez faible, Tom McGrath semble l’effacer petit à petit. Même si le résultat est loin d’être inintéressant, cette suite devient alors assez anecdotique en supprimant son sujet original, qui a pourtant réussi à se démarquer en 2017 en explosant le box-office mondial. 

Baby Boss 2 : une affaire de famille
Copyright 2020 DreamWorks Animation LLC. All Rights Reserved.

Une déception car, tout en restant sur son concept à succès, le film propose des idées intéressantes comme le personnage de Baby Boss version féminine : Tina Timpleton. Mise en avant dans la promo du long-métrage comme équivalente au patron présent pour le premier volet, elle est finalement très secondaire par rapport aux deux héros. C’est un petit échec car l’œuvre pouvait aborder, via le personnage, la place de la femme dans un lieu professionnel dans un contexte post me too.

C’aurait été une approche actuelle et possible à mettre en scène pour un jeune public, l’œuvre de 2017 ayant déjà souligné les rapports de pouvoir absurdes dans le milieu de l’emploi. De plus, avec un saut de 30 ans, le nouvel opus avait un boulevard devant lui pour présenter une réflexion profonde chez ses protagonistes principaux, par rapport aux événements du premier volet. Par exemple, une mission similaire à la première œuvre mais exclusivement féminine cette fois-ci, avec le duo Tina/ Tabitha en espionnes et le duo Tim/Ted en faire-valoir expérimentés. Une idée permettant de mettre en avant une nouvelle réflexion sur le monde du travail avec cette touche féminine, des nouveaux personnages réellement mis en avant et un nouveau regard sur la franchise. Un mimétisme voulu par le réalisateur quand nous observons les deux âges des sœurs, identiques à ceux des frères dans le premier film. Cette piste est d’ailleurs esquissée dans la conclusion du long-métrage, mais encore une fois elle manque de temps elle aussi. Peut-être pour un troisième volet ?  

Assez décomplexé et loin d’être une suite insipide et honteuse pilotée par des financiers en costume cherchant avant tout de la rentabilité, à l’image de la caricature que représente le personnage du bébé patron, Baby Boss 2 : une affaire de famille est un bon divertissement pour l’été.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *