Critique du film Les Mitchell contre les machines – Un bon divertissement animé !

Critique du film Les Mitchell contre les machines – Un bon divertissement animé !

Réalisateur : Michael Rianda (Jeff Rowe à la coréalisation)

Scénaristes : Michael Rianda & Jeff Rowe
Producteurs : Phil Lord, Christopher Miller & Kurt Albrech

Date de sortie : 30 avril 2021 sur Netflix (Monde)

Sociétés de production : Columbia Pictures, Sony Pictures Animation & Lord Miller Productions

Société de distribution : Netflix France

Durée : 1h49
Origine : Américaine
Budget : 50-100 Millions $

Distribution : Danny McBride (Rick Mitchell), Maya Rudolph (Linda Mitchell), Abbi Jacobson (Katie Mitchell), Michael Rianda (Aaron Mitchell)

Note : 3,5/5 ★★☆☆

Dans la continuité des précédentes créations de Michael Rianda, Phil Lord et Christopher Miller (la série Souvenir de Gravity Falls, Spider-Man : New Generation, les sagas Lego Movie et Jump Street), Les Mitchell contre les machines amuse tout en offrant de belles prouesses animées. Réutilisation voire parodie des codes du genre, inventivité dans les détails, rythme effréné sans rendre la narration illisible, humour correctement dosé, tout y est ! Même si le film n’offre pas une grande réflexion sur son propos comme La Grande Aventure Lego ou sur son héritage comme Spider-Man : New Generation , Les Mitchell contre les machines propose un bon divertissement à ses spectateurs.


Une production Lord et Miller contre les machines hollywoodiennes

Les Mitchell contre les machines est sans doute un des films d’animation les plus attendus en 2021. Pensé pour le grand écran avant de se retrouver sur Netflix à partir du 30 avril 2021, face à la situation des salles dans le monde à la suite de la crise sanitaire, le film réunit différents talents de l’animation grand public. Pour commencer, le film est réalisé par Michael Rianda, connu pour avoir travaillé sur de nombreux postes (notamment au scénario et à la réalisation) pour la série Souvenirs de Gravity Falls (2012-2016). Cette création Disney Channel/XD, amusante autant pour les enfants que pour les adultes, a beaucoup étonné son public de l’époque avec son humour absurde, sa tenue visuelle et sa qualité narrative. Entre le conte populaire des frères Grimm comme Hansel et Gretel et le teen movie des années 1980 comme Les Goonies, la série est encore très populaire aujourd’hui. À la co-réalisation, nous avons Jeff Rowe, ayant déjà travaillé également pour Souvenirs de Gravity Falls mais aussi pour Désenchantée (2018-…), la création médiévale d’un grand de l’animation, Matt Groening. En plus de la réalisation, Rianda et Rowe se sont occupés du scénario du long-métrage. Pour compléter l’équipe, Phil Lord et Christopher Miller (avec Kurt Albrecht) sont les producteurs du film. Ayant l’image de sales gosses depuis leurs deux films Jump Street (2012 et 2014) et leur renvoi du film Solo : A Star Wars Story (2018) après désaccords artistiques, le duo insuffle un vent de fraîcheur dans la production américaine de divertissements grand public. Une nouveauté visible dans leurs créations animées comme les films Tempête de boulettes géantes (2009 et 2013) et La Grande Aventure Lego (2014, 2017, 2017 et 2019) mais aussi Spider-Man : New Génération (2018), ayant obtenu l’Oscar du meilleur film d’animation en 2019. En une poignée de films, les deux auteurs ont mis en place un style qui leur est propre : un mélange entre une réappropriation des codes cinématographiques, un humour méta avec de nombreuses références, un rythme effréné et une utilisation très innovante de l’animation. Une vision très affirmée, qui est aussi acclamée que décriée par les spectateurs et la critique professionnelle. Appréciant ou non le travail de Lord et Miller, on ne peut pas ignorer leur compréhension du média audiovisuel et des sujets qu’ils traitent. Le film La Grande Aventure Lego a conscience que son propos obtient de la profondeur si on l’observe par l’imaginaire d’un enfant. Le film Spider-Man : New Generation a conscience de l’important héritage qu’a le super-héros Marvel. 

Avec Les Mitchell contre les machines, ces personnalités intéressantes souhaitent, pour la première fois, traiter sous un biais humoristique, l’utilisation de la technologie dans notre monde contemporain avec des concepts apocalyptiques. Quel en est le résultat ? 


Une animation intéressante contre la machine 3D classique

Méchant robot
THE MITCHELLS VS. THE MACHINES – Olivia Colman as « PAL ». Cr: ©2021 SPAI. All Rights Reserved.

Dans une production Lord et Miller, l’animation est toujours réfléchie par rapport au sujet du film. Dans La grande aventure Lego et ses suites, nous avons une 3D parfaite, notamment sur des questions de symétrie et de volume. Dans Spider-Man : New Generation, nous avons beaucoup d’effets proches du média d’origine du super-héros, c’est-à-dire les comics, avec un travail visuel sur les mouvements et l’apparition de nombreuses cases à l’écran. Pour Les Mitchell contre les machines, nous avons également une réflexion sur les possibilités de l’animation par rapport au propos du film. Pour commencer, l’animation de l’œuvre ressemble à son héroïne : Katie Mitchell. Cette dernière rêve de devenir réalisatrice pour le cinéma. Son envie s’incarne par la création de vidéos sur internet, entre la débrouille et l’abondance d’effets de style. Par conséquent, l’animation du film est à son image. Michael Rianda met en avant un visuel proche du dessin, notamment avec des personnages modulés par des coups de crayon très visibles. Afin de montrer la simplicité et l’unicité de la famille Mitchell, par rapport aux antagonistes de l’histoire, soit les machines, ces dernières se voient attribuer une animation beaucoup plus soignée avec une 3D très propre. De plus, l’esthétique de l’œuvre cherche à être le plus proche possible de son sujet principal, les créations sur les réseaux sociaux, avec une abondance d’effets tape-à-l’œil et de couleurs criardes.  

Néanmoins, l’animation du film de Rianda, malgré ses intentions, présente de nombreux défauts visuels. Nous observons souvent un mélange entre la 3D et la 2D pas très homogène. Les effets au dessin sont modulés à partir d’une conception en 3D, le film présente alors une 3D qui cherche à reproduire les effets d’une animation traditionnelle, plutôt que l’inverse. Il y a une volonté visible de rendre l’esthétique moins lisse. Des défauts qui sont volontaires afin de se rapprocher des thèmes que représente la famille Mitchell. Cependant, ces problèmes, souhaités ou non, offrent un visuel innovant par rapport au secteur de l’animation, avec ses travers habituels comme une 3D sans éclats ou une 2D trop brouillonne. Malgré tout, on ne peut qu’être satisfait de voir des graphismes personnels et réfléchis par rapport aux sujets mis en avant dans le long-métrage. Avec ou sans défauts, ce genre d’initiative assez rare dans le milieu doit être félicité.

Un bon divertissement pour lutter contre la machine classique qu’est le scénario du film

Après un passage sur l’esthétique du film, passons maintenant à son scénario, qui a déjà été esquissé.  Le film de Rianda présente la famille Mitchell, composée des parents Rick et Linda ainsi que leurs enfants Katie et Aaron. La veille du départ de l’aînée de la famille à l’université, pour y apprendre l’art cinématographique, une dispute éclate encore une fois entre elle et son père. Ce dernier, encouragé par sa femme, tente de convaincre Katie de choisir des études avec plus de débouchés professionnels. Afin de mieux comprendre la décision de sa fille, Rick décide, le lendemain matin, d’emmener Katie à l’université en voiture avec le reste de la famille. Malheureusement, sur le chemin, une révolte de robots éclate sur Terre, compliquant la virée familiale.  

Malgré l’originalité que met en avant le pitch, le sujet principal et le déroulé des événements du film sont assez classiques. L’œuvre présente un conflit générationnel amenant des propos dramatiques prévisibles : la surprotection parentale, la volonté émancipatrice des adolescents, la confiance que doit avoir un père en sa fille face aux difficultés qui se présentent,… Des enjeux peu originaux et bien mieux traités dans de nombreux autres long-métrages d’animation ces dernières années (Le Monde de Nemo, Lilo et Stitch, Les Croods, Les Indestructibles, Rebelle, Yéti et compagnie, En avant, on s’arrête là avec les exemples ?). Par conséquent, les confrontations familiales sont extrêmement mécaniques dans le scénario, afin de mettre absolument des éléments dramatiques au sein de l’aventure. Les deux autres membres de la famille, Linda et Aaron, ne sont pas assez exploités et restent secondaires. De plus, l’intrigue nous est présentée très souvent avec banalité. Il suffit d’observer sa présentation dans les cinq premières minutes du long-métrage pour comprendre que le film ne nous étonnera pas : ouverture avec un flashforward sur un moment dramatique avant de stopper l’action afin de faire apparaître en voix-off notre personnage principal  puis le reste de son équipe sur des scénettes humoristiques. 

Pour finir sur l’écriture du film de Rianda, de nombreuses pistes sont peu approfondies, à l’image du  principal antagoniste, une application mobile dont la seule volonté est de détruire les humains en punition de leurs comportements inappropriés envers les machines électroniques. Évidemment, ces reproches sont assez prévisibles dans une œuvre cherchant à jouer avec les codes du genre, comme d’autres productions Lord et Miller. Néanmoins, une meilleure réflexion dans la manière de détourner ces codes aurait été bien accueillie. Cependant, Les Mitchell contre les machines arrive à faire oublier son écriture assez paresseuse par son inventivité visuelle et son ton décalé. Le film reste extrêmement lisible malgré son rythme et ses détails ahurissants. De nombreuses idées sur la culture internet sont présentées tout au long du long-métrage avec un très bon dosage. De plus, l’œuvre est véritablement drôle, notamment car elle n’utilise pas uniquement son écriture pour susciter le rire mais aussi son cadre, son tempo, ses effets sonores, ses mouvements de caméra,… En soit, tous éléments constituant le langage cinématographique. En outre, Michael Rianda démontre qu’il n’a rien perdu depuis la série Souvenir deGravity Falls de son utilisation avec brio de l’humour absurde.


Un manque de profondeur contre la machine à divertir

The Mitchell
THE MITCHELLS VS. THE MACHINES – (L-R) Danny McBride as “Rick Mitchell” and Abbi Jacobson as “Katie Mitchell ». Cr: ©2021 SPAI. All Rights Reserved.

La force d’une production animée Lord et Miller est de surprendre son spectateur avec un propos fort qui n’était pas attendu à l’origine dans le divertissement. Prenons l’exemple de La Grande Aventure Lego qui offrait à son public une mise en abyme sur les Lego, qui étaient objets d’intérêt uniquement grâce à l’imaginaire des enfants. Une réflexion très bien amenée donnant de la perspective à un film au premier abord léger. Un point de vue qui permettait presque de nous faire oublier l’énorme vitrine publicitaire qu’est l’œuvre pour la marque de jouets. Cette volonté de Lord et Miller d’offrir, dans un premier temps, un divertissement frivole puis, dans un second temps, une pensée sur notre société est également la marque d’un autre studio d’animation important : Pixar. Malheureusement, dans Les Mitchell contre les machines comme dans les derniers films Pixar, la mise en perspective par rapport au thème mis en avant déçoit. Par son sujet, la création de Rianda met en avant des réflexions comme le pouvoir des gigantesques groupes technologiques, l’importance de la data ou la grande consommation d’écrans tactiles dans notre société actuelle. Cependant, ces propos ne sont présents qu’à travers un dialogue ou une blague entre deux personnages. Ils sont soulignés sommairement plutôt que totalement intégrés dans le scénario. Cette situation n’enlève absolument pas la qualité du film sur son aspect divertissant, mais rend l’œuvre mineure par rapport aux autres productions Lord et Miller. 

Mitchell contre les machines
Les Mitchell contre les machines Copyright 2020 Sony Pictures Entertainment Deutschland GmbH

Malgré ces quelques défauts dans son écriture, le film est généreux envers ses spectateurs avec son rythme et son humour. De plus, cette production Lord et Miller nous offre une des animations les plus intéressantes de l’année pour l’instant. On ne peut que s’attrister au final de voir le film de Michael Rianda, à cause de l’épidémie de Covid-19 et ses répercussions sur l’exploitation en salles, apparaître dans le catalogue de Netflix. En dépit des nombreuses références du film à la culture du petit écran (les vidéos sur Youtube, la communication par les réseaux sociaux, les mèmes, les simleys,…), Les Mitchell contre les machines est une œuvre à voir sur grand écran. 

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