Critique du film Vivo – Un film récréatif à la structure trop classique

Critique du film Vivo – Un film récréatif à la structure trop classique

Vivo amuse avec ses personnages, son intrigue et son animation. Néanmoins, le long-métrage est enfermé dans sa structure classique aux péripéties calibrées. De plus, avec ses propos graves et sérieux, le film n’est jamais aussi léger et divertissant qu’il souhaiterait l’être. Une petite déception quand on connait le travail des personnes derrière le projet, notamment Kirk DeMicco et Lin-Manuel Miranda.

Après avoir joué le jeu des chaises musicales concernant une date de sortie en salles (le 18 décembre 2020 puis le 6 novembre 2020 puis le 16 avril 2021 puis le 4 juin 2021), Vivo tente la sortie sur plateforme face à l’impossibilité de diffuser correctement le long-métrage sur grand écran avec la pandémie du Covid-19. Troisième grosse production de Sony Pictures Animation à aller cette année sur Netflix après Les Mitchell contre les Machines et Le Dragon-Génie, le film est disponible depuis le 6 août 2021.  

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Vivo est la nouvelle création de Kirk DeMicco, co-réalisateur du premier film de la franchise Les Croods et responsable du scénario pour le deuxième volet, laissant à Joel Crawford la mise en scène. Le long-métrage sur la famille historique était la deuxième production du réalisateur après avoir fait en solo  Les Chimpanzés de l’espace en 2008. Avec sa dernière œuvre, DeMicco continue de mettre en scène la figure du singe, après avoir découvert l’espace dans son premier film et être un animal de compagnie durant la préhistoire dans son second. Pour son troisième projet, Vivo n’est pas vraiment un singe mais plus spécifiquement un kinkajou, mélange du raton laveur et du panda roux. Cependant, la nature de l’animal est utilisée comme un ressort comique, pour finalement le caractériser comme un petit primate. La particularité de la petite bête est d’aimer la musique, permettant alors au long-métrage d’y insérer quelques mélodies. Avec ce sujet central, le film bénéficie alors de l’aide de Lin-Manuel Miranda à l’enregistrement sonore.

Lin-Manuel Miranda est, depuis 5 ans, une personnalité de plus en plus importante dans le milieu du divertissement américain. Révélé par ses deux comédies musicales pour Broadway, In the Heights et Hamilton, Miranda enchaîne depuis 2015 les projets hollywoodiens structurés autour de la musique, qu’il supervise en même temps : Vaiana – La légende du bout du monde en 2016 de Ron Clements et John Musker, Le Retour de Mary Poppins en 2018 de Rob Marshall et l’adaptation en film pour la Warner de sa comédie musicale In the Heights il y a quelques mois, réalisée par Jon M. Chu. Ce boulimique du travail n’est pas prêt de s’arrêter, il a d’ici fin 2022 trois autres projets importants : la responsabilité des chansons du prochain film d’animation Disney Encanto, la réalisation du film musical Tick, Tick… Boom! pour Netflix et la participation à la production du nouveau remake en prise de vues réelles de La Petite Sirène, toujours pour Disney. 

Vivo s’offre une distribution très prestigieuse entre Zoe Saldana (Nyota Uhura dans la franchise Star Trek, Neytiri dans Avatar, Gamora dans les deux opus Les Gardiens de la Galaxie), Brian Tyree Henry (Paper Boi dans la série FX Atlanta), Michael Rooker (Merle Dixon dans la série AMC The Walking Dead, Yondu également dans les deux Gardiens de la Galaxie) et bien sûr, pour doubler le petit singe, Lin-Manuel Miranda lui-même. 

Avec autant de personnalités talentueuses issues du cinéma et de la télévision, que vaut ce film d’animation centré sur la musique qui sort quelques mois seulement après la mise en ligne de Soul sur Disney+, traitant du même thème ? 

Un scénario qui accumule les problèmes

Avant d’aborder ses qualités, mettons en avant le grand problème du nouveau long métrage de Kirk DeMicco : son scénario. Vivo raconte l’histoire d’un kinkajou amateur de musique. L’animal vit à Cuba avec son maître Andrés. Bien que très heureux avec son petit singe, ce dernier vit avec le regret de ne jamais avoir avoué à son premier amour, Marta, ce qu’il avait sur le cœur, le jour où cette dernière est partie pour Miami afin de développer sa carrière. Un jour, Andrés reçoit une invitation de Martha pour son dernier concert avant de prendre sa retraite. Fou de joie, il y voit la possibilité de réparer son erreur de jeunesse. Malheureusement, le vieil homme décède la nuit précédant son départ. Vivo, encore très affecté par cette disparition, décide de transmettre à Martha la chanson d’amour écrite par son maître à la chanteuse. Le voyage ne sera pas de tout repos quand Gabi, petit nièce d’Andrés, va s’inviter au voyage. 

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Construit sur la structure du road-movie, tout en y insérant des passages musicaux, le scénario est amusant et émouvant. Malheureusement, trois éléments d’écriture rendent l’histoire très indigeste à suivre. 

Premièrement, les dialogues sont sur-explicatifs à un très haut niveau. Ne laissant jamais de zones d’ombre ou notions à découvrir petit à petit, nous observons une intrigue ne souhaitant absolument pas perdre le spectateur en cours de route. Tout public, l’histoire demeure facilement compréhensible, même pour les plus jeunes. Avoir une multitude de flash-back pour expliquer les enjeux d’une scène ou des personnages se parlant à eux-mêmes (tous sans exception) afin de toujours mettre en avant les émotions ressenties n’étaient vraiment pas nécessaires pour clarifier cette aventure au public. Tout cela alourdit énormément l’écriture, sans parler des numéros musicaux qui remettent une couche d’explications, au cas où le voyage du duo nous aurait perdu…  

Deuxièmement, chaque péripétie rencontrée par le petit singe et la jeune fille est superficielle. Devant cette structure de road-movie, il nous semblait prévisible de voir deux personnages faire la route ensemble entre Cuba et Miami, en apprenant à mieux se connaître et en rencontrant des difficultés dans leur quête. Cependant, l’œuvre ne fait pas ce choix. Vivo et Gabi se retrouvent à Miami en moins de 30 minutes du long-métrage sans aucune difficulté. Par conséquent, l’écriture n’a pas un autre choix qu’inventer des péripéties assez faibles, dans le but de retarder le dénouement final. Nous rencontrons alors un serpent amateur de silence, deux spatules (l’oiseau, pas l’ustensile de cuisine) ayant des difficultés à déclarer leur amour et trois scoutes souhaitant libérer et vacciner le singe. Tous ces rebondissements sont assez vains et faciles à résoudre, ce qui rend l’aventure beaucoup moins spectaculaire et inoubliable. 

Troisièmement, l’intrigue reste dans l’ensemble extrêmement calibrée par rapport aux codes du road-movie. En plus des enjeux sur-expliqués et des péripéties peu pertinentes, il est très difficile d’être surpris par les pistes du long-métrage et notamment du dernier acte assez convenu. Les rares pistes innovantes abordées dans le long-métrage, comme l’entente entre les deux personnages principaux par la musique, ne sont pas assez exploitées pour surprendre le spectateur.   

Quelques idées sonores et visuelles

Toutefois, Vivo est réussi sur d’autres points. L’animation, bien que très familière par rapport aux standards de gros studios américains, innove sur certains aspects. Pour commencer, elle offre des personnages moins réalistes qu’à l’accoutumé, en appuyant notamment grossièrement sur les formes, présentant alors les protagonistes comme imparfaits. Ensuite, un travail est fourni sur les décors du long-métrage, n’ayant jamais peur de faire apparaître une dissonance dans la cohésion de l’univers en place. La Havane se pare de tons très pastel, les Everglades restent dans des couleurs très sombres et Miami se présente avec des couleurs de néons très flashy. À l’image de la tenue du personnage féminin principal, le film ose l’harmonie dans l’excès. Lors de ses passages musicaux, Vivo passe quelquefois d’une animation 3D à une 2D, jouant alors sur la perspective en se permettant d’aller vers un aspect moins vraisemblable, offrant un bel aspect lyrique à chaque scène. Même si les scènes rappellent très fortement Soul de Pete Docter et Kemp Powers, en plus d’apparaître d’une manière très attendue dès que la chansonnette retentit, des prises de risque sont toujours bienvenues dans un film aussi codifié… En outre, la nouvelle création de DeMicco met en scène un panel de sons divers. Entre la traditionnelle simplicité de la musique de Vivo et la modernité des instruments électroniques de Gabi,  le film permet au moins de faire voyager son spectateur musicalement.  La meilleure séquence du long-métrage étant la présentation de la jeune fille avec sa musique terrifiante pour le petit singe. 

Le film impersonnel de DeMicco et Miranda

Cependant, malgré ces quelques innovations visuelles et sonores, Vivo reste assez semblable à de nombreux autres films d’animation déjà vus. Les éléments novateurs n’arrivent pas à effacer les problèmes d’écriture. Sans être à aucun moment détestable, le film manque cruellement d’originalité (voire d’âme), un constat perceptible tout d’abord par une absence d’émotion. Devant les nombreux thèmes tragiques mis en avant dans la production (Gabi et son problème de sociabilité, la mort d’Andrés pour Vivo, les regrets de jeunesse de Martha, les difficultés de la mère de Gabi à éduquer sa fille sans son mari,…), la mise en scène souhaite surtout les expédier rapidement. Comme si l’œuvre voulait avant tout n’être que divertissante et rassurante. Une envie compréhensible mais impossible avec les sujets abordés, cachés ou non. De plus, face à cette volonté de légèreté, Kirk DeMicco nous offre très peu d’éléments comiques dans sa création. Un aspect assez intriguant après deux réalisations portées essentiellement sur le rire (surtout Les Chimpanzés de l’espace). Pour finir, sans être dissonant, le travail musical de Lin-Manuel Miranda n’est en rien exceptionnel. Harmonieuses et rythmées, ses chansons ne permettent pas au spectateur de s’émouvoir facilement. Nous sommes très loin de son exécution parfaite pour Disney avec Vaiana. Un bilan surprenant quand nous observons dans Vivo certains thèmes importants pour le mélomane comme la culture de l’Amérique latine. Toutefois, un rendu sonore moins séduisant qu’attendu était déjà perceptible dans la précédente production cinématographique de Miranda, à savoir l’adaptation de sa comédie musicale à Broadway In The Heights.   

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La parenthèse enchantée du studio Sony Pictures Animation reste sympathique à l’œil et à l’oreille. Mais sa précédente création pour la plateforme Netflix sous la forme d’un road-movie, Les Mitchell contre les machines, était beaucoup plus aboutie avec son ton véritablement décontracté. Toutefois, bien que léger et peu pertinent, Vivo réussit à mettre la musique au cœur de son intrigue avec moins de difficultés que l’avant-dernière production de Pixar, Soul.  De quoi redonner la banane !

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