Critique du film Space Jam – Nouvelle Ère Un très sage remake contemporain

Critique du film Space Jam – Nouvelle Ère Un très sage remake contemporain

Note film space jam

Dans la même veine que le premier opus de 1996, Space Jam – Nouvelle ère divertit par son côté grosse production décomplexée. Mais entre des Tunes trop sages et un LeBron coincé dans une histoire familiale très classique, le studio Warner n’oublie pas de rappeler qu’il reste avant tout la véritable et unique star du show. 

En 1996, Space Jam de Joe Pytka sortait au cinéma. Mettant en scène un match de basketball avec le plus grand joueur de l’époque Michael Jordan et les Looney Tunes, le film fut un énorme succès commercial (plus de 250 millions de dollars pour 80 de budget, des goodies, des partenariats avec de grandes marques,…). Sur une idée de l’agent du basketteur, après avoir vu le succès de quelques petits spots publicitaires entre le joueur et les personnages de la Warner Bros, Space Jam est devenu avec le temps une œuvre culte de la fin des années 1990. Malgré une animation bâclée et un scénario incohérent, le film avait rapidement obtenu la sympathie du public grâce à son ton décomplexé (blagues méta et clins d’œil aux dessins animés) et ses guests surprises (Bill Murray et d’autres sportifs célèbres du moment), sans oublier son pitch aussi amusant qu’original. 

affiche Space Jam 1996
Copyright 2021 Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved

Face au succès de Space Jam, une suite fut aussitôt en construction. Un premier projet rappelant Michael Jordan dans son rôle, et Joe Pytka à la réalisation, a été très vite annulé par le basketteur. Ensuite se succèdent pendant de nombreuses années plusieurs idées comme Spy Jam porté par Jackie Chan avec des arts martiaux à la place du basket ou Race Jam dans le milieu des courses automobiles avec le pilote Jeff Gordon. D’autres pistes sont explorées avec le golfeur Tiger Woods, puis le skateboarder Tony Hawk. Cependant, le résultat au box-office du film Les Looney Tunes passent à l’action de Joe Dante ne rassure pas le studio qui fait disparaître le projet d’un nouveau volet. 

Mais à Hollywood rien n’est jamais enterré définitivement, Warner Bros annonce donc en février 2014 la mise en chantier de la suite du film de 1996. Restant finalement sur le terrain familier du basketball, le joueur des Lakers LeBron James est annoncé pour remplacer Michael Jordan. Bien que ce dernier reste toujours le plus célèbre joueur de basket de tous les temps (il suffit d’observer le succès en 2020 de la série documentaire de Netflix/ESPN The Last Dance pour voir que la popularité de Jordan n’est pas prête de disparaître), le studio a choisi la fraîcheur de LeBron pour succéder au sportif des Bulls de Chicago après avoir vu sa performance au cinéma dans la comédie de Judd Apatow, Crazy Amy.  

Après le départ de Terence Nance au début du tournage pour « divergences créatives », Malcolm D. Lee (un habitué des suites avec Scary Movie 5 en 2013, The Best Man Holiday aussi en 2013 et Barbershop 3 en 2016) réalise alors ce nouvel opus intitulé Space Jam – Nouvelle Ère (pour nous faire comprendre subtilement que ce n’est pas vraiment une suite mais plutôt un reboot) qui sort aujourd’hui au cinéma. Production légère et divertissante comme le film de 1996 ou création sans idées à part celle d’exploiter la licence toujours lucrative des Looney Tunes, quel est le résultat de ce nouveau match ? 

Un nouveau joueur entre sur le terrain 

La grande nouveauté du film par rapport à son précédent opus est la présence de LeBron James sur le terrain, succédant 25 ans plus tard à Michael Jordan. Si le film de Joe Pytka se reposait surtout sur la célébrité de son joueur professionnel pour faire avancer l’histoire, le second volet choisit  d’insérer une véritable trame narrative à son basketteur vedette. Un choix qui peut aussi s’expliquer par le fait que James est une icône médiatique moins célèbre que Jordan, surtout hors Etats-Unis, pouvant rendre l’exploitation à l’international plus complexe.

LeBron et Titi
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Space Jam – Nouvelle Ère raconte l’histoire d’une IA maléfique, Al-G Rhythm (Don Cheadle), qui travaille dans un espace virtuel pour la Warner. Après s’être sentie insultée par le refus de LeBron James de participer à son projet, car il ne trouve aucun intérêt à y associer son image, l’IA décide de l’envoyer avec son fils au cœur du processeur. Pour en sortir, il devra le vaincre à un match de basket. Al-G Rhythm va rapidement se rendre compte de l’intérêt de garder le fils du joueur de la NBA proche de lui. Effectivement, le jeune homme est un passionné de technologie. Un intérêt que ne comprend pas son père, qui ne souhaite le voir qu’en futur grand joueur tout comme lui. Contrairement au film de 1996, cette fois-ci, ce sont les Tunes qui vont venir aider la célébrité plutôt que l’inverse. Le match devient alors une excuse pour offrir une confrontation familiale entre deux générations qui ne se comprennent plus. 

Si nous choisissons de présenter cette trame narrative d’une manière aussi précise, c’est qu’elle reste avant tout le véritable sujet du film (et non les Tunes). Ces derniers n’arrivent qu’au bout de 25 minutes du long-métrage. Bien que le film tente d’introduire des enjeux pour les mascottes de la Warner (surtout pour Bugs Bunny), elles ne prendront jamais le pas sur le différend des James. Si nous pouvons comprendre la difficulté de présenter une histoire solide centrée sur les Tunes, nous étions loin de nous douter que celle du basketteur serait aussi présente. Même si l’ajout de profondeur n’est jamais inintéressant dans une grosse production tout public américaine, nous attendons surtout du film un divertissement autour d’une star mondiale et de héros de l’animation. Avec cette volonté d’insérer un drame familial au sein de l’œuvre, le résultat est une écriture lourde et pleine de défauts : des actes très prévisibles, des dialogues creux, une morale très niaise, des retournements de situation superficiels,… La narration du film rend l’œuvre extrêmement classique et longue, un comble pour une production qui cherche avant tout à n’être que divertissante. Même la folie toonesque n’y fait rien pour rendre le résultat plus imprévisible et loufoque. 

LeBron ballon de basket
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La version upgradée des Looney Tunes

Abordons maintenant l’esthétique du film. Space Jam – Nouvelle Ère propose trois visuels : de la prise de vues réelles (premier acte du film), de l’animation 2D (deuxième acte) et un mélange prise de vues réelles/animation 3D (troisième acte). Passons rapidement sur la première catégorie qui n’est utilisée que pour présenter l’intrigue banale de LeBron James d’une manière extrêmement conventionnelle pour nous focaliser sur l’animation du long-métrage. 

LeBron en 2D
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Avant l’affrontement final sur le terrain de basket, le recrutement et l’entraînement des personnages du film se déroulent en une animation 2D très fidèle à celle des Looney Tunes que nous avons découvert dès les années 1940. Si en 80 ans le design des protagonistes a un peu évolué, le long-métrage de Malcolm D. Lee n’offre lui aucune nouvelle idée visuelle. Les seules améliorations notables se jouent sur la vivacité des couleurs et la fluidité des mouvements, en plus de nous présenter LeBron dans la même esthétique 2D, afin de faciliter ses échanges avec Bugs Bunny et sa bande. Si nous regrettons le peu de nouveauté en 2D (l’idée étant surtout de rester fidèle), c’est avant tout parce que le travail de l’équipe technique était focalisé sur la 3D, acte ultime du long métrage. 

Les personnages expressions
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Transformer en 3D avec extrêmement de détails de célèbres franchises animées, connues principalement en 2D, est la grande idée actuelle afin d’innover superficiellement. Avec Space Jam – Nouvelle Ère, c’est au tour des Looney d’y passer. La transformation est extrêmement travaillée au niveau de la texture, un accomplissement qui reste très agréable pour les yeux. Mettons toutefois un petit bémol sur le faciès des personnages bourré de défauts (le strabisme de Lola Bunny, les grimaces étranges de Bugs,…), rappelant que le passage de la 2D à la 3D n’est pas uniquement qu’une question de formes. 

Nous pouvons également nous attrister de voir, finalement ici aussi, un visuel très fidèle à l’esthétique des Tunes déjà en place avec la 2D. Le but est de ne surtout pas prendre le risque d’innover même un peu le design des mascottes. La réaction du public face au premier design de Sonic en 2020 ou de Bob l’éponge et sa bande en 2015 ont définitivement coupé les envies des studios de proposer quelque chose de nouveau dans ce domaine.  

Concernant l’humour propre des Tunes, soit une violence absurde ultra forte tout en restant toujours très enfantine et malicieuse, il reste peu exploité dans ce long-métrage. Jamais mauvais, il semble néanmoins très sage, à l’image du personnage de LeBron James qui demande constamment à ses nouveaux amis de jouer au basket d’une manière réaliste et sans folie. Nous observons la bande de Bugs sans déplaisir, mais nous devons avouer qu’elle ne détonne jamais réellement. La meilleure scène des Tunes restera la séance d’entraînement dans le vaisseau qui mélange idées loufoques et rythme effréné sans jamais être illisible. Même si la créativité des personnages reste retenue, elle demeure toujours au-dessus d’un bon nombre de blagues ratées venant des autres protagonistes du film, comme les deux présentateurs du match. 

La véritable déception de cette nouvelle version animée est surtout de ne pas proposer beaucoup de nouveaux gags, pourtant possibles avec ce nouveau format, mais de se rattacher à l’humour cartoonesque classique des célèbres personnages. Nous pouvons également regretter de ne pas avoir un jeu entre les différentes animations mais plutôt des parties bien distinctes, à l’instar du scénario du film très structuré en actes. Cette version upgradée n’apporte finalement aucune évolution à la franchise des Looney Tunes, à part nous rappeler qu’elle appartient à la Warner. 

Bugs qui fait la grimace
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Quel est le nom du studio derrière le projet déjà ? 

Waner Bros

La véritable nouveauté du long-métrage est finalement de présenter les Tunes comme une franchise Warner, une idée qui s’oriente vers de l’humour méta, un genre comique très populaire au cinéma en ce moment (la franchise Deadpool, les films Lego, la série Community,…). Le concept apporte alors de nombreux gags amusants comme faire apparaître les Looney dans d’autres créations populaires de la Warner ou montrer des protagonistes connus du groupe dans les gradins du match de basket (le film ne dira jamais s’ils sont des PNJ ou les véritables personnages des franchises afin d’éviter la comparaison avec Ready Player One). Par cette conception, le studio démontre également à son public l’omniprésence de son image par rapport aux autres studios américains, tout en surfant sur les modes actuelles (les plateformes de jeux en ligne, Fortnite, la VR, les services de streaming,…)  sans les mépriser, comme le faisait Tom & Jerry (2021, Tim Story), précédente production de Warner dans le même genre.  

Néanmoins, même si l’exercice amuse, nous pouvons y percevoir une pointe de cynisme, visible par trois éléments. 

Premièrement, le choix des franchises n’est absolument pas fait au hasard. Nous observons surtout des clins d’œil pour des franchises ayant une prochaine sortie sur HBO Max ou au cinéma : Mémé dans Matrix à quelques mois de la présentation du quatrième volet de la saga, Bip-Bip et Coyote dans Mad Max : Fury Road en attendant le long-métrage spin-off sur Furiosa, Charlie le coq déguisé en Daenerys pour rappeler les nombreuses séries Game of Thrones qui approchent. Nous sommes tellement dans le teasing constant que nous sommes presque étonnés de ne pas avoir un petit bonus sur Dune, prochain gros blockbuster très attendu du groupe. Un petit sourire également au passage de Sam le pirate dans Casablanca, pour ne pas oublier que Warner est un acteur historique du 7ème art. 

Deuxièmement, les créations choisies ne sont que des franchises très aimées et jamais parodiées, le but étant de ne surtout pas les désacraliser. Prenons l’exemple de la Justice League qui n’est présentée que via les séries animées classiques et les films de Patty Jenkins, productions beaucoup plus appréciées d’une manière générale que celles de Zack Snyder ou David Ayer. 

Troisièmement, nous remarquons surtout des choix qui sont le résultat de négociations avec les détenteurs des accords d’utilisation des œuvres. Si vous vous demandez pourquoi la scène de Lola Bunny à Themyscira est en animation ou pourquoi les Tunes se déguisent en personnages célèbres plutôt que de converser avec eux, c’est avant tout parce que les acteurs qui interprètent les héros ou les droits d’images des films étaient trop chers. Si la présence des Tunes met du temps à arriver dans le long-métrage, au profit de longues scènes avec LeBron James et sa famille, c’est aussi parce que c’est moins long et coûteux à produire. Si ce n’est que lors du match final que nous observons les Looney en 3D, c’est toujours une question d’argent. Pour conclure, tout ceci reste assez calculé et limite grandement l’interaction folle des Tunes avec les autres univers du groupe. 

décor match de basket
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Remake version 2021 du film de Pytka, Space Jam – Nouvelle Ère n’offre pas plus qu’une animation sans grande nouveauté, une dramaturgie lourde autour de la star LeBron James et un zapping frénétique utilisé comme une bande-annonce géante des prochaines productions de la Warner. Un peu plus d’originalité dans ce divertissement était attendue, un état général qui rappelle au public l’absence de prises de risques de nos jours sur les grosses cartouches des puissants studios américains, cherchant plus à se rentabiliser qu’à innover. Nous pouvons espérer, avec le succès en salles actuellement aux Etats-Unis de Space Jam – Nouvelle ère, que Warner soit rassuré afin d’avoir envie, lors d’un éventuel troisième volet, de se diriger vers un univers plus inédit. Parmi les projets évoqués dans le cas d’une suite, celui avec Dwayne Johnson sort du lot, The Rock a déjà démontré plus d’une fois dans ses films être extrêmement à l’aise avec l’autodérision. Cet opus se déroulerait dans le milieu  très superficiel et encore assez peu exploité au cinéma du catch, un endroit parfait pour les absurdes violences cartoonesques des Looney Tunes .

Mamie Looney Tunes et son Martini

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