Retour sur La Famille Addams 2 – Une virée d’enfer

Retour sur La Famille Addams 2 – Une virée d’enfer

L’âme de la franchise

La Famille Addams est une des dernières franchises américaines encore innovante et intéressante aujourd’hui. Depuis la fin des années 1930, la famille est passée par de nombreuses formes artistiques : sitcom dans les années 1960, dessin animé dans les années 1970-1990, film en live action dans les années 1990 et même comédie musicale à Broadway et à Paris ces dernières années (sans oublier une série Netflix prochainement). Toujours à la recherche d’un nouveau mode d’expression artistique, toujours à la recherche d’un nouveau public, la franchise a réussi à s’adapter afin de ne jamais devenir obsolète. Plus populaire dans son pays d’origine qu’en France, les Addams sont toutefois connus de tous. Avec les Simpson et les Pierrafeu, ils sont une des familles américaines les plus reconnaissables du divertissement grand public.  

La Famille Addams 2 : une virée d'enfer
Copyright 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved.

La franchise Famille Addams apporte toujours autant d’argent au box-office. Le premier film d’animation sorti en 2019 a rapporté 204 millions de dollars, soit plus de 8 fois son budget de production. La mise en route d’un second volet pour une sortie prévue à nouveau autour d’Halloween afin de coller avec l’ambiance macabre n’est pas surprenante.

Cette suite conserve son équipe artistique solide : à la réalisation Conrad Vernon et Greg Tiernan (ensemble ils ont travaillé chez Dreamworks, Colombia Pictures et Vanguard Animation pour Shrek 2, Happily N’Ever After, Monstres contre Aliens, Madagascar 3, Sausage Party) et au casting vocal Oscar Isaac (la postlogie Star Wars, le Dune de Denis Villeneuve), Charlize Theron (Mad Max : Fury Road), Chloë Grace Moretz (Kick-ass et sa suite, Dark Shadows), Finn Wolfhard (Stranger Things). Mais au-delà de ces aspects artistiques et financiers, sur quoi se repose la franchise pour toujours intéresser le public américain après 80 années d’existence ? 

Morticia Addams et son mari
Copyright 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved

Pour répondre à cette question, il faut revoir les ambitions mises en place lors de la création de la célèbre famille gothique. Créée en 1938 par Charles Addams, sous la forme de dessins humoristiques pour le magazine The New Yorker, le groupe met en avant différents personnages aussi étranges que macabres (l’idée de famille viendra bien plus tard).

Outre l’attirance qu’ils partagent pour la mort, les Addams se moquent des codes de la bonne conduite en société. Très excentrique lui-même, Charles Addams représente une famille nucléaire américaine extrêmement classique, à un souci près : ils ont des penchants morbides. Pointés du doigt et vus comme des monstres par le reste de la société, ils vivent pourtant heureux en harmonie, contrairement à la majorité des familles américaines « normales ». Dans une société qui impose de plus en plus de règles de conduite et de pensées, les Addams s’avèrent finalement bien moins horribles que certains de leurs voisins. 

Depuis les années 1960, les différents productions émanant de la famille de Charles Addams s’insèrent dans la même lignée esthétique, tout en prenant en compte le public visé (plus enfantin avec les dessins animés, plus tourné vers un humour noir adulte avec les films de Sonnenfeld). Qu’en est-il de ces deux films d’animation ? 

Passons très rapidement sur la qualité artistique des deux productions afin de nous intéresser surtout à leur place dans la franchise : La Famille Addams et La Famille Addams 2 : une virée d’enfer présentent les pires travers de l’animation américaine actuelle grand public. Avec une animation 3D extrêmement vulgaire et bâclée proche du visuel de la précédente création des deux réalisateurs qu’est Sausage Party, un scénario qui suscite très peu d’intérêt chez ses spectateurs en délivrant une histoire lambda et des digressions inutiles, un rythme affolant par peur d’ennuyer, un humour bas du front orienté uniquement vers un public enfantin perçu avec condescendance, un doublage d’une fadeur incroyable, l’idée est surtout de perpétuer la célèbre licence sans jamais se soucier de qualité artistique. 

Puggsley Addams
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Mais force est de constater que ces deux films sont bien des membres de la franchise Famille Addams. L’esprit du dessinateur trouve sa place au sein des deux créations animées. Avec de nombreuses blagues à l’humour noir et pleines d’allusions macabres, les productions de 2019 et 2021 proposent des antagonistes humains plus monstrueux que nos héros, démontrant que malgré leur aspect, les Addams demeurent plus respectables que le reste de la population. Toutefois, même si l’âme de la franchise reste, elle est noyée, entre beaucoup trop de blagues de mauvais goût hors-sujet et une volonté de ne surtout pas faire évoluer la marque si rentable. 

Dans une période où le cinéma américain mainstream ne se tourne que vers des franchises par peur d’échouer au box-office, avec le lot de créations fades et déshumanisées mais rentables que ça implique (Space Jam 2 – Nouvelle ère, Tom & Jerry, Bob l’éponge – le film : Eponge en eaux troubles, Scooby !), La Famille Addams ne fait pas vraiment exception à la règle. 

Avec un deuxième volet au succès beaucoup moins retentissant au cinéma que le premier (même sous le contexte du Covid-19), nous pouvons qu’espérer que les créations de Greg Tiernan et Conrad Vernon s’inspirent de celles de Sonnenfeld, c’est-à-dire qu’elles s’arrêtent au dyptique. Une trilogie c’est trop banal pour les Addams. 

Gomez Addals
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