Mois : juin 2021

Critique : Luca – Vacances romaines version Pixar, l’oisiveté en moins

Critique : Luca – Vacances romaines version Pixar, l’oisiveté en moins

Note : 3/5 ★★★☆☆

Malgré le grand amour d’Enrico Casarosa pour son pays natal, une direction artistique soignée et les nombreuses références présentes (Vacances romaines, Call me by your name, La Petite Sirène), Luca déçoit. Présenté comme une parenthèse enchantée italienne sans prétention, la nouvelle production Pixar est plutôt un film classique avec des faux enjeux dramatiques mal amenés et des personnages peu profonds. Après Soul, jugé trop adulte, voici Luca, trop enfantin. 

Il y a 11 ans que Toy Story 3 est sorti. Cela fait donc plus d’une décennie que le studio Pixar, en collaboration avec Disney, n’a pas offert un nouveau chef d’œuvre de l’animation à son public. Loin de dire que les 12 films qui ont suivi le troisième volet des aventures de Buzz l’éclair et du cowboy Woody sont de mauvaises productions artistiques, mais le niveau des grandes créations du groupe comme 1001 Pattes (1998), Monstres et Cie (2001) ou Là-Haut (2009) n’a plus été égalé depuis longtemps. Depuis 2010, les œuvres du studio pourraient se répartir en 3 catégories : les films avec un concept/univers très intéressant mais pas assez exploité voire simplifié (Vice-versa en 2015, Coco en 2017, En Avant en 2020, Soul en 2020), les films assez oubliables (Rebelle en 2012, Le Voyage d’Arlo en 2015) et les films qui exploitent un succès précédent, sans réussir à être à son niveau, afin de garantir la stabilité financière au groupe (Cars 2 en 2011, Monstres Academy en 2013, Le monde de Dory en 2016, Cars 3 en 2017, Les Indestructibles 2 en 2018, Toy Story 4 en 2019). Ces films sont réussis dans l’ensemble. Cependant, Pixar nous a tellement habitués à enchaîner les chefs d’œuvres durant ses 15 premières années que les critiques comme les spectateurs sont devenus très (trop ?) exigeants devant chaque nouvelle création du studio. Avec Luca, premier long-métrage d’animation d’Enrico Casarosa, Pixar et Disney ont-ils changé la donne ? 

Les vacances romaines d’Ariel

Cette nouvelle production raconte l’histoire de Luca, monstre marin qui souhaite s’évader de son milieu aquatique. Avec son nouvel ami Alberto, il va découvrir le monde des humains, plus particulièrement celui des Italiens, et y faire la connaissance de Guilia, en vacances chez son père pour l’été. Tous les trois, ils vont s’entraîner pour gagner la course annuelle, dont le prix leur permettra d’acheter une moto Vespa, grâce à laquelle ils pourront s’évader toujours plus loin dans ce pays d’Europe du sud. Avec cette histoire, Pixar cherche à mettre en avant deux concepts. 

Le premier concept est une confrontation entre deux civilisations, celle qui habite la Terre et celle qui habite la mer. Un choc illustré par les deux garçons, qui cherchent à cacher leurs origines marines afin de découvrir les occupations du monde au-dessus de l’eau. Une approche qui rappelle un classique de Disney : La Petite Sirène (1989) de Ron Clements et John Musker. Cependant, pour créer une rencontre entre deux univers, il faut pouvoir démontrer clairement les différences de chaque espèce. Si le monde des humains est traité, notamment en présentant les traditions italiennes (nous allons y revenir), le monde sous l’océan est bien trop vite expédié dans l’introduction du long-métrage. Comment nous intéresser à Luca alors que ses origines, qui amènent le garçon à s’émanciper, sont aussi peu exploitées ? Ce problème de caractérisation est malheureusement présent pour tous les personnages. Enfants comme adultes, les protagonistes du long-métrage ne sont que des notions ou idées, plutôt que de véritables âmes élaborées. La trame narrative du monstre marin se déroule alors sans émotion, le résultat d’une écriture peu réfléchie. Casarosa cherche à présenter un moment de vie dans une Italie idéalisée. Pour cela, il ne faut pas confondre enjeux légers avec écriture légère. Cet état est-il toujours lié aux créatures marines ? La Petite Sirène manquait également de profondeur dans son écriture. Cependant, Luca se distingue d’Ariel par son décor, deuxième concept du film. 

L’univers du long-métrage est très chaleureux, avec ses couleurs mais également avec ses nombreux détails, qui font vivre toujours plus l’âme du pays. L’animation de Luca permet de mettre en avant cette atmosphère lumineuse et surnaturelle en mélangeant de la 3D, utilisée surtout pour les personnages, et de la 2D, utilisée surtout pour les espaces. De cet effet résulte alors des protagonistes très vivants dans un lieu particulièrement figé, ce qui permet d’appuyer la parenthèse enchantée que souhaite offrir le réalisateur. Un choix visuel très réussi qui donne souvent l’impression aux spectateurs de se retrouver dans de véritables peintures. Cette esthétique nous fait alors facilement oublier la superficialité de l’univers offert par Pixar. Une superficialité néanmoins très tenace, notamment avec les trop nombreux stéréotypes sur la culture italienne, ou le décor qui reste une toile de fond plutôt que le véritable sujet du film. Toutefois, l’univers méditerranéen de Luca se distingue par son envie d’émerveiller. Contrairement à la sphère de la sirène du royaume d’Atlantica, aussi dense qu’une glace au soleil, celle de Luca est riche de détails. Avec son premier long-métrage, Enrico Casarosa souhaite présenter son pays natal, l’Italie, sous toutes ses formes. Foot, pâtes et café, tout y est pour nous rappeler ce lieu d’Europe du Sud. Un décor observé sous les prismes du soleil, des vacances et de l’amitié. Néanmoins, cette oisiveté sous le climat italien est très vite rattrapée par des impératifs commerciaux. 

Un film avec trop d’enjeu pour être léger

Le film de Casarosa se veut être une parenthèse enchantée qui rime avec évasion. Ce n’est pas un hasard si Luca cumule les clins d’œil à Vacances romaines (1953, William Wyler) ou que le réalisateur cite souvent Call me by your name (2017, Luca Guadagnino) durant les interviews. Ces deux long-métrages représentent cette même mouvance dans un décor identique. Si on peut applaudir l’envie du metteur en scène d’offrir à son public une création fine et sobre sans d’importants enjeux narratifs, on est déçu de remarquer que le film n’assume pas son propos sur la longueur. Cette légèreté est présente au début de l’œuvre, avec une amitié qui se construit de jour en jour entre Luca et Alberto, parallèlement au véhicule qui rapproche les deux garçons. Ces moments sont par ailleurs les plus beaux passages de la production.

Cependant, le film s’essouffle rapidement avec cette approche et décide de mettre en place un récit plus familier pour y remédier. On oublie l’amitié naissante entre deux enfants afin de proposer des éléments classiques avec moins de prises de risques. Nous observons alors la création d’un but commun (gagner une course), des antagonistes sans profondeur (la terreur Ercole), une nouvelle alliée (Guilia), une pression générale (l’ensemble des habitants de la ville, dont le père de Guilia et son chat, pouvant découvrir la véritable origine des deux garçons) et une menace constante (les parents de Luca). Face à tous ces éléments, le film trace alors sa route sans difficultés, enchaînant pistes prévisibles (la découverte du secret, le résultat de la course) et absurdités scénaristiques (la course reste équitable pour le jury alors qu’on peut y participer seul ou à plusieurs, on mélange des épreuves gustatives et sportives et on s’étonne ensuite que des participants comme Guilia vomissent,…). Finalement, Luca a les mêmes problèmes que la précédente production Pixar : Soul. Réalisant que le concept du film est trop délicat pour entrer dans les codes du divertissement classique tout public, la production opère un changement rapide d’axe afin de devenir plus traditionnel. Dans la création de Pete Docter et Kemp Powers, on sort du monde des âmes avec ses réflexions sur le sens de la vie pour avoir sur Terre un buddy movie plus léger et comique. Dans la création de Enrico Casarosa, on sort de l’intimité d’une amitié naissante afin de mettre en place une course entre enfants comme nouvelle trame narrative, plus structurée que l’oisiveté des deux garçons. Dans les deux cas, il n’y a pas une rupture avec les propos mis en avant, mais une trahison avec la manière de les traiter pour plus de facilité et d’universalité.

Luca, un film Pixar ?

Pour finir, malgré la très belle direction artistique du film, ce dernier manque un brin de folie. Le studio Pixar est connu pour mettre en place de véritables univers narratifs et esthétiques, partant d’un high-concept pour l’exploiter le plus possible. Dans cette recherche surviennent alors des propos très profonds (le sens de la vie, l’amitié, la mort,…). Une approche qui, par les créations du groupe, bouleverse enfant comme adulte. Cette volonté est la patte connue de tous du studio. Malheureusement, elle n’est pas vraiment présente dans Luca. Une scène représente le parfait exemple de ce manque d’émerveillement : la confrontation finale entre Luca et Ercole lors de l’épreuve à vélo. Véritable climax à l’intrigue, très attendu par les spectateurs, cette lutte dans les rues italiennes devait amener autant d’exaltation que de poids aux enjeux présents lors de cette scène. Finalement, nous avons un combat très vite expédié, qui utilise très peu le potentiel d’une course dans un lieu aussi riche, avant de finir sur son dénouement prévisible et trop niais. Pixar a-t-il perdu sa magie pour l’aventure ? À titre de comparaison, en 2011, John Lasseter et Bradford Lewis présentaient dans Cars 2 une course de voiture dans un décor identique avec beaucoup plus d’ingéniosité et d’objectifs dramatiques. 

Néanmoins, ne boudons pas notre plaisir. Si Luca est problématique dans son écriture et ses enjeux, il reste divertissant et agréable pour les yeux. Enrico Casarosa se permet même quelques envolées lyriques à travers les pensées de son personnage principal. Certes, elles coupent trop brutalement la trame narrative du long-métrage, ne sont pas vraiment nécessaires à l’intrigue et sont mal dosées via une présence trop forte au début pour totalement disparaître ensuite… Néanmoins, elles rappellent cette volonté du studio de chercher à surprendre toujours son spectateur par l’imagination. 

L’avenir de Pixar est plus que jamais incertain. Avec son rachat en 2006 par Mickey, qui se fait de plus en plus ressentir avec la création de la plateforme Disney+, cherchant à proposer toujours plus de contenus peu travaillés sur les succès passés du groupe (avons-nous vraiment besoin d’une série sur Doug, le chien de Là-haut, ou sur un inconnu qui travaille dans la même société que Bob et Sulli ?), l’âme de Pixar est en train de devenir un produit d’appel comme les autres. Un studio qui se retrouve en plus bouleversé, depuis 2 ans, dans sa structure par le départ de son directeur artistique, John Lasseter, après plusieurs accusations d’harcèlement sexuel.  Ayant encore une place très importante dans le monde de l’animation, l’usine à chefs d’œuvre qu’était le studio à la fin des années 1990 et dans les années 2000 est-elle en voie d’extinction ? Est-il temps de prendre des vacances définitives (mais méritées) en Italie ? 

Unicorn Wars, Work in Progress à Annecy

Unicorn Wars, Work in Progress à Annecy

À l’abri du soleil brûlant annécien, dans la salle Pierre Lamy, s’est réunie ce 16 juin, une partie de l’équipe de Unicorn Wars. Le réalisateur parle de ses inspirations et des ambitions de ce nouveau long métrage toujours en production, qui devrait sortir courant 2022. 

Les oursons et les licornes sont en guerre depuis toujours. Le soldat Célestin convoite le sang des licornes, car le boire rend éternellement beau. Son frère Bouboule est obsédé par la nourriture et ne cherche qu’à être aimé par son frère et ses camarades de régiment. Une unité d’oursons peu préparée quitte le camp pour une mission dans la Forêt Magique, qui déclenchera la terrible bataille finale.

Alberto Vazquez est un nom qui vous dira peut-être quelque chose puisqu’il y a quelques années il réalisait le poétique et sombre Psiconautas (2015). Un long métrage dans lequel il retrouvait les personnages animaliers de sa bande-dessinée du même titre. Éditée par Rackham, elle avait déjà fait l’objet d’une adaptation en court métrage en 2011 (Birdboy). Un an plus tard, Vazquez révélait Decorado un court métrage d’une dizaine de minutes mettant à nouveau en scène des animaux anthropomorphes à la tête lourde, entravés dans un décor de théâtre dont ils n’ont pas conscience. Mais il est surtout important de citer qu’en 2013, Alberto Vazquez réalisait Unircorn Blood, court métrage relatant l’histoire de deux frères oursons pendant une chasse à la licorne. Ce sont ces deux frères qui seront les personnages principaux du film que présentait l’équipe au festival d’Annecy le 16 juin dernier.

Un conte sombre et universel

Le projet, dont l’idée initiale provient là aussi d’une bande dessinée du réalisateur, voit le point de départ de sa diégèse dans le court métrage évoqué plus haut et cumule de nombreuses influences. Alberto Vazquez les a passées en revue lors de ce Work in Progress. Unicorn Wars est un film de guerre, pas de mystère ici. Conséquemment, Vazquez est allé puiser dans les classiques du genre comme Apocalypse Now, Platoon et Full Metal Jacket. Mais il s’est également inspiré d’œuvres moins intuitives comme Bambi ou la Bible.

La thématique de la religion sera assez importante puisque les oursons, en conflit armé avec les licornes, vénèrent aveuglément un livre sacré et s’engagent, suite à une prophétie, dans un combat pour lequel ils ne sont décidément pas très doués. Sur fond de guerre ancestrale, le spectateur suivra l’errance de deux frères eux aussi les deux parties prenantes d’une guerre intérieure pour l’amour de leur mère, s’aimant et se détestant à la fois. Le décor sylvestre évoluera ainsi en écho aux évolutions des deux personnages, tous deux support d’un propos sur les relations familiales toxiques et la violence qui s’y cache.
L’iconographie tire également une bonne partie de son inspiration des tapisseries et illustrations médiévales, mais également dans la série animée Bisounours connue pour ses boules d’amour dégoulinantes de mièvrerie.

Sans surprise, ce projet iconoclaste ne séduit pas tous les financeurs.

Un montage financier compliqué

La production se répartit entre l’Espagne (Galicie), la France et la Belgique. Vazquez retrouve des productions avec lesquelles il a déjà travaillé : Uniko, Abano Producions et Autour de Minuit, mais également Borderline Films (anciennement Schmuby) qui s’engouffre pour la première fois dans la production de long métrage avec Unicorn Wars. Le projet a d’ores et déjà un distributeur pour l’international (Charades) mais tous les aspects financiers ne sont pas encore résolus. L’équipe n’est pas parvenue à obtenir l’aide du CNC, toujours difficilement convaincu par de l’animation qui ne serait pas à destination du jeune public. Le projet est néanmoins soutenu par la région Nouvelle Aquitaine, mais le producteur Nicolas Schmerkin ne cache pas son agacement de faire toujours face aux mêmes réticences de la part des financeurs et des chaînes télévisées françaises face à des productions d’animation pour adultes.

En plus d’une co-production multiple et de la difficulté à trouver des financements, l’équipe du film a dû faire avec les contraintes sanitaires de cette dernière année. Cela n’a pas présenté un challenge insurmontable puisque, on le sait en animation, les équipes ont l’habitude de travailler en ligne et à distance. La production a fait le choix d’outils en open source (logiciels dont le code source est libre d’accès, réutilisable et modifiable ndlr.) que tous les animateurs avaient l’habitude d’utiliser. Cette coopération a nécessité de nombreuses adaptation : au niveau de la différence de langue mais aussi des processus de travail et de l’utilisation différentes des termes techniques.

Challenge technique de l’hybridation 2D/3D

Un réel challenge s’est par contre situé dans l’animation des licornes. Pas du tout anthropomorphes, noires et surtout très nombreuses (parfois jusqu’à 50 à l’écran), il fallait chercher une solution intelligente et efficace. Si la plupart des personnages et des décors sont en 2D, les licornes seront hybrides. Habituées à Blender (logiciel d’animation 3D ndlr.), les équipes étaient déjà familières de la 2D dans un environnement 3D. Parmi les animateurs, certains avaient travaillé sur J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin. Ils avaient ainsi déjà ébauché des réflexions afin d’améliorer le processus de création sous ces contraintes, des réflexions qui se sont révélées très utiles pour Unicorn Wars. Heureuse coïncidence, l’outil Grease Pencil (outil spécifique à l’animation 2D dans Blender) a fait l’objet il y a quelques années de nombreuses améliorations, ce qui a permis de nouvelles possibilités.

Au fil des tests et des essais, l’animation des licornes a pu se consolider tout en conservant un aspect “fait main” autant que possible. Fiona Cohen (superviseur de projet à Autour de Minuit) a d’ailleurs projeté quelques démonstrations durant la présentation du projet. Outre les licornes, le long métrage est très ambitieux. Ainsi on compte un grand nombre de personnages principaux et secondaires et dû à l’utilisation de Blender toutes les textures ont dues être entièrement codées.

Si l’on en croit les estimations d’Alberto Vazquez, le film devrait être révélé aux yeux du public l’année prochaine. Bien qu’on apprécie les productions tout public, c’est également agréable de voir du gore avec un propos social, psychologique et un peu sanguinolent dans une production animée européenne.

Critique du film Les Mitchell contre les machines – Un bon divertissement animé !

Critique du film Les Mitchell contre les machines – Un bon divertissement animé !

Réalisateur : Michael Rianda (Jeff Rowe à la coréalisation)

Scénaristes : Michael Rianda & Jeff Rowe
Producteurs : Phil Lord, Christopher Miller & Kurt Albrech

Date de sortie : 30 avril 2021 sur Netflix (Monde)

Sociétés de production : Columbia Pictures, Sony Pictures Animation & Lord Miller Productions

Société de distribution : Netflix France

Durée : 1h49
Origine : Américaine
Budget : 50-100 Millions $

Distribution : Danny McBride (Rick Mitchell), Maya Rudolph (Linda Mitchell), Abbi Jacobson (Katie Mitchell), Michael Rianda (Aaron Mitchell)

Note : 3,5/5 ★★☆☆

Dans la continuité des précédentes créations de Michael Rianda, Phil Lord et Christopher Miller (la série Souvenir de Gravity Falls, Spider-Man : New Generation, les sagas Lego Movie et Jump Street), Les Mitchell contre les machines amuse tout en offrant de belles prouesses animées. Réutilisation voire parodie des codes du genre, inventivité dans les détails, rythme effréné sans rendre la narration illisible, humour correctement dosé, tout y est ! Même si le film n’offre pas une grande réflexion sur son propos comme La Grande Aventure Lego ou sur son héritage comme Spider-Man : New Generation , Les Mitchell contre les machines propose un bon divertissement à ses spectateurs.


Une production Lord et Miller contre les machines hollywoodiennes

Les Mitchell contre les machines est sans doute un des films d’animation les plus attendus en 2021. Pensé pour le grand écran avant de se retrouver sur Netflix à partir du 30 avril 2021, face à la situation des salles dans le monde à la suite de la crise sanitaire, le film réunit différents talents de l’animation grand public. Pour commencer, le film est réalisé par Michael Rianda, connu pour avoir travaillé sur de nombreux postes (notamment au scénario et à la réalisation) pour la série Souvenirs de Gravity Falls (2012-2016). Cette création Disney Channel/XD, amusante autant pour les enfants que pour les adultes, a beaucoup étonné son public de l’époque avec son humour absurde, sa tenue visuelle et sa qualité narrative. Entre le conte populaire des frères Grimm comme Hansel et Gretel et le teen movie des années 1980 comme Les Goonies, la série est encore très populaire aujourd’hui. À la co-réalisation, nous avons Jeff Rowe, ayant déjà travaillé également pour Souvenirs de Gravity Falls mais aussi pour Désenchantée (2018-…), la création médiévale d’un grand de l’animation, Matt Groening. En plus de la réalisation, Rianda et Rowe se sont occupés du scénario du long-métrage. Pour compléter l’équipe, Phil Lord et Christopher Miller (avec Kurt Albrecht) sont les producteurs du film. Ayant l’image de sales gosses depuis leurs deux films Jump Street (2012 et 2014) et leur renvoi du film Solo : A Star Wars Story (2018) après désaccords artistiques, le duo insuffle un vent de fraîcheur dans la production américaine de divertissements grand public. Une nouveauté visible dans leurs créations animées comme les films Tempête de boulettes géantes (2009 et 2013) et La Grande Aventure Lego (2014, 2017, 2017 et 2019) mais aussi Spider-Man : New Génération (2018), ayant obtenu l’Oscar du meilleur film d’animation en 2019. En une poignée de films, les deux auteurs ont mis en place un style qui leur est propre : un mélange entre une réappropriation des codes cinématographiques, un humour méta avec de nombreuses références, un rythme effréné et une utilisation très innovante de l’animation. Une vision très affirmée, qui est aussi acclamée que décriée par les spectateurs et la critique professionnelle. Appréciant ou non le travail de Lord et Miller, on ne peut pas ignorer leur compréhension du média audiovisuel et des sujets qu’ils traitent. Le film La Grande Aventure Lego a conscience que son propos obtient de la profondeur si on l’observe par l’imaginaire d’un enfant. Le film Spider-Man : New Generation a conscience de l’important héritage qu’a le super-héros Marvel. 

Avec Les Mitchell contre les machines, ces personnalités intéressantes souhaitent, pour la première fois, traiter sous un biais humoristique, l’utilisation de la technologie dans notre monde contemporain avec des concepts apocalyptiques. Quel en est le résultat ? 


Une animation intéressante contre la machine 3D classique

Méchant robot
THE MITCHELLS VS. THE MACHINES – Olivia Colman as « PAL ». Cr: ©2021 SPAI. All Rights Reserved.

Dans une production Lord et Miller, l’animation est toujours réfléchie par rapport au sujet du film. Dans La grande aventure Lego et ses suites, nous avons une 3D parfaite, notamment sur des questions de symétrie et de volume. Dans Spider-Man : New Generation, nous avons beaucoup d’effets proches du média d’origine du super-héros, c’est-à-dire les comics, avec un travail visuel sur les mouvements et l’apparition de nombreuses cases à l’écran. Pour Les Mitchell contre les machines, nous avons également une réflexion sur les possibilités de l’animation par rapport au propos du film. Pour commencer, l’animation de l’œuvre ressemble à son héroïne : Katie Mitchell. Cette dernière rêve de devenir réalisatrice pour le cinéma. Son envie s’incarne par la création de vidéos sur internet, entre la débrouille et l’abondance d’effets de style. Par conséquent, l’animation du film est à son image. Michael Rianda met en avant un visuel proche du dessin, notamment avec des personnages modulés par des coups de crayon très visibles. Afin de montrer la simplicité et l’unicité de la famille Mitchell, par rapport aux antagonistes de l’histoire, soit les machines, ces dernières se voient attribuer une animation beaucoup plus soignée avec une 3D très propre. De plus, l’esthétique de l’œuvre cherche à être le plus proche possible de son sujet principal, les créations sur les réseaux sociaux, avec une abondance d’effets tape-à-l’œil et de couleurs criardes.  

Néanmoins, l’animation du film de Rianda, malgré ses intentions, présente de nombreux défauts visuels. Nous observons souvent un mélange entre la 3D et la 2D pas très homogène. Les effets au dessin sont modulés à partir d’une conception en 3D, le film présente alors une 3D qui cherche à reproduire les effets d’une animation traditionnelle, plutôt que l’inverse. Il y a une volonté visible de rendre l’esthétique moins lisse. Des défauts qui sont volontaires afin de se rapprocher des thèmes que représente la famille Mitchell. Cependant, ces problèmes, souhaités ou non, offrent un visuel innovant par rapport au secteur de l’animation, avec ses travers habituels comme une 3D sans éclats ou une 2D trop brouillonne. Malgré tout, on ne peut qu’être satisfait de voir des graphismes personnels et réfléchis par rapport aux sujets mis en avant dans le long-métrage. Avec ou sans défauts, ce genre d’initiative assez rare dans le milieu doit être félicité.

Un bon divertissement pour lutter contre la machine classique qu’est le scénario du film

Après un passage sur l’esthétique du film, passons maintenant à son scénario, qui a déjà été esquissé.  Le film de Rianda présente la famille Mitchell, composée des parents Rick et Linda ainsi que leurs enfants Katie et Aaron. La veille du départ de l’aînée de la famille à l’université, pour y apprendre l’art cinématographique, une dispute éclate encore une fois entre elle et son père. Ce dernier, encouragé par sa femme, tente de convaincre Katie de choisir des études avec plus de débouchés professionnels. Afin de mieux comprendre la décision de sa fille, Rick décide, le lendemain matin, d’emmener Katie à l’université en voiture avec le reste de la famille. Malheureusement, sur le chemin, une révolte de robots éclate sur Terre, compliquant la virée familiale.  

Malgré l’originalité que met en avant le pitch, le sujet principal et le déroulé des événements du film sont assez classiques. L’œuvre présente un conflit générationnel amenant des propos dramatiques prévisibles : la surprotection parentale, la volonté émancipatrice des adolescents, la confiance que doit avoir un père en sa fille face aux difficultés qui se présentent,… Des enjeux peu originaux et bien mieux traités dans de nombreux autres long-métrages d’animation ces dernières années (Le Monde de Nemo, Lilo et Stitch, Les Croods, Les Indestructibles, Rebelle, Yéti et compagnie, En avant, on s’arrête là avec les exemples ?). Par conséquent, les confrontations familiales sont extrêmement mécaniques dans le scénario, afin de mettre absolument des éléments dramatiques au sein de l’aventure. Les deux autres membres de la famille, Linda et Aaron, ne sont pas assez exploités et restent secondaires. De plus, l’intrigue nous est présentée très souvent avec banalité. Il suffit d’observer sa présentation dans les cinq premières minutes du long-métrage pour comprendre que le film ne nous étonnera pas : ouverture avec un flashforward sur un moment dramatique avant de stopper l’action afin de faire apparaître en voix-off notre personnage principal  puis le reste de son équipe sur des scénettes humoristiques. 

Pour finir sur l’écriture du film de Rianda, de nombreuses pistes sont peu approfondies, à l’image du  principal antagoniste, une application mobile dont la seule volonté est de détruire les humains en punition de leurs comportements inappropriés envers les machines électroniques. Évidemment, ces reproches sont assez prévisibles dans une œuvre cherchant à jouer avec les codes du genre, comme d’autres productions Lord et Miller. Néanmoins, une meilleure réflexion dans la manière de détourner ces codes aurait été bien accueillie. Cependant, Les Mitchell contre les machines arrive à faire oublier son écriture assez paresseuse par son inventivité visuelle et son ton décalé. Le film reste extrêmement lisible malgré son rythme et ses détails ahurissants. De nombreuses idées sur la culture internet sont présentées tout au long du long-métrage avec un très bon dosage. De plus, l’œuvre est véritablement drôle, notamment car elle n’utilise pas uniquement son écriture pour susciter le rire mais aussi son cadre, son tempo, ses effets sonores, ses mouvements de caméra,… En soit, tous éléments constituant le langage cinématographique. En outre, Michael Rianda démontre qu’il n’a rien perdu depuis la série Souvenir deGravity Falls de son utilisation avec brio de l’humour absurde.


Un manque de profondeur contre la machine à divertir

The Mitchell
THE MITCHELLS VS. THE MACHINES – (L-R) Danny McBride as “Rick Mitchell” and Abbi Jacobson as “Katie Mitchell ». Cr: ©2021 SPAI. All Rights Reserved.

La force d’une production animée Lord et Miller est de surprendre son spectateur avec un propos fort qui n’était pas attendu à l’origine dans le divertissement. Prenons l’exemple de La Grande Aventure Lego qui offrait à son public une mise en abyme sur les Lego, qui étaient objets d’intérêt uniquement grâce à l’imaginaire des enfants. Une réflexion très bien amenée donnant de la perspective à un film au premier abord léger. Un point de vue qui permettait presque de nous faire oublier l’énorme vitrine publicitaire qu’est l’œuvre pour la marque de jouets. Cette volonté de Lord et Miller d’offrir, dans un premier temps, un divertissement frivole puis, dans un second temps, une pensée sur notre société est également la marque d’un autre studio d’animation important : Pixar. Malheureusement, dans Les Mitchell contre les machines comme dans les derniers films Pixar, la mise en perspective par rapport au thème mis en avant déçoit. Par son sujet, la création de Rianda met en avant des réflexions comme le pouvoir des gigantesques groupes technologiques, l’importance de la data ou la grande consommation d’écrans tactiles dans notre société actuelle. Cependant, ces propos ne sont présents qu’à travers un dialogue ou une blague entre deux personnages. Ils sont soulignés sommairement plutôt que totalement intégrés dans le scénario. Cette situation n’enlève absolument pas la qualité du film sur son aspect divertissant, mais rend l’œuvre mineure par rapport aux autres productions Lord et Miller. 

Mitchell contre les machines
Les Mitchell contre les machines Copyright 2020 Sony Pictures Entertainment Deutschland GmbH

Malgré ces quelques défauts dans son écriture, le film est généreux envers ses spectateurs avec son rythme et son humour. De plus, cette production Lord et Miller nous offre une des animations les plus intéressantes de l’année pour l’instant. On ne peut que s’attrister au final de voir le film de Michael Rianda, à cause de l’épidémie de Covid-19 et ses répercussions sur l’exploitation en salles, apparaître dans le catalogue de Netflix. En dépit des nombreuses références du film à la culture du petit écran (les vidéos sur Youtube, la communication par les réseaux sociaux, les mèmes, les simleys,…), Les Mitchell contre les machines est une œuvre à voir sur grand écran. 

Critique : Tom & Jerry, Un nouvel échec de la Warner à adapter du Hanna-Barbera

Critique : Tom & Jerry, Un nouvel échec de la Warner à adapter du Hanna-Barbera

Affiche flim Tom & Jerry le chat et la souris
Affiche du film officielle

Réalisateur : Tim Story

Date de sortie : 26 février 2021sur HBO Max (États-Unis) 19 mai 2021 lors de la réouverture des salles (France)

Société de production : Warner Animation Group

Société de distribution : Warner Bros. Pictures

Budget : 50 millions $

Durée : 1h41

Distribution : Chloë Grace Moretz (Kayla) • Michael Peña (Terrance) • Tom le chat • Jerry la souris

Note : 1,5/5 ★☆☆☆☆

Avec une mise en scène peu inspirée, une direction d’acteurs absente, un visuel live-action/animation aussi discordant et un scénario simpliste aux digressions incessantes, cette version 2021 de Tom & Jerry est un échec artistique. Le tout avec des producteurs qui souhaitent absolument toucher un jeune public sans réfléchir à la façon d’actualiser le duo mythique.

Pourquoi adapter à nouveau au cinéma Tom & Jerry aujourd’hui ? 

Pourquoi avons-nous, sur nos écrans en 2021, un nouveau film des personnages inventés par William Hanna et Joseph Barbera il y a plus de 80 ans déjà ? 

Un début de réponse se trouve dans l’aspect commercial du cinéma. C’est un fait : les films mélangeant des personnages d’animation connus du grand public et un monde similaire au nôtre constituent un genre qui fonctionne actuellement. L’exercice de style entre live-action et animation n’est pas une nouveauté. Nous avons eu Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (Robert Zemeckis, 1988), Space Jam (Joe Pytka, 1996) et Les Looney Tunes passent à l’action (Joe Dante, 2003) pour ne citer que 3 exemples avec Bugs Bunny sur 3 décennies. Mais nous pouvons observer dernièrement de très gros succès concernant ce mélange au cinéma : en 2019 avec Pokémon : Detective Pikachu (431 millions de dollars dans le monde pour un budget de 150) et en 2020 avec Sonic, le film (306 millions de dollars dans le monde pour un budget de 95 (même si ce dernier chiffre ne prend pas en compte le nouveau design du hérisson bleu après une première version désapprouvée par le public)). Des succès qui donnent alors envie à de gros studios américains de capitaliser sur leurs mythiques personnages d’animation en stock. 

De plus, ce style cinématographique et familial fonctionne très bien en vidéo à la demande. Une exploitation qui est utilisée de plus en plus comme refuge par les studios américains afin de rentabiliser au maximum le coût de production des films, quand l’exploitation en salles est difficile à mettre en place, comme actuellement avec l’épidémie de Covid-19. Prenons l’exemple du film Scooby ! mettant en avant, comme Tom & Jerry, des personnages d’Hanna-Barbera Productions tels que les membres de la Mystery Machine, Captaine Caverne, Satanas et Diabolo. Le film a été plus proche de l’échec que du succès en France lors de sa sortie en salles. Il obtient une critique presse tiède (ce qui est compréhensible car le film n’avait pas une autre ambition que de mettre en place un univers à la Marvel avec les personnages d’Hanna-Barbera). Son nombre d’entrées est également décevant, mais on notera quand même un total de 760 000 tickets dans un contexte sanitaire particulier. Toutefois, du côté des Américains, le film est sorti directement en vidéo à la demande et ce choix a été salutaire. Même si la Warner n’a pas rendu public le résultat, de nombreux indices nous prouvent que ce mode d’exploitation a fonctionné, comme le fait que le film soit resté plusieurs jours à la suite dans le top des plateformes VOD ou qu’il aurait battu Les Trolls 2 Tournée mondiale et son score de 40 millions de dollars en 3 jours. Un succès démontrant l’intérêt du public pour les personnages d’animation d’Hanna-Barbera encore en 2021.

Cependant, ces arguments financiers ne doivent pas faire oublier l’aspect artistique. Pour comprendre tous les enjeux au cinéma du chat gris et de la souris marron, faisons un rapide retour sur la nature du duo. 

En février 1940, les réalisateurs William Hanna et Joseph Barbera inventent Tom & Jerry pour la chaîne américaine CBS. À l’origine, le duo est diffusé sous la forme de petits courts-métrages d’animation de maximum 10 minutes.  Les épisodes présentent alors des disputes entre un chat et une souris sur un modèle comique proche du slapstick. Face au succès du duo (au total 7 oscars du meilleur court-métrage d’animation quand même) la machine américaine va se lancer avec d’autres courts-métrages, des séries dérivées, un film en 1992 au cinéma et des téléfilms à partir du début des années 2000. Ce sont les deux derniers formats qui nous intéressent ici.

Comme nous pouvons le constater, les péripéties de Tom et Jerry sont présentées à l’origine sous la forme de courtes histoires, avec une petite narration se focalisant surtout sur de l’humour visuel. Cependant, avec un format étendu à plus d’une heure, le duo ne peut plus se reposer, pour une question de rythme, sur son concept original. Il doit s’orienter vers de nouvelles pistes afin d’être toujours pertinent. Par exemple, face à cette situation, les téléfilms ont choisi d’allier le duo à d’autres univers connus du grand public : Tom et Jerry : La course de l’année (2005) pour jouer avec l’univers des circuits automobiles, Tom et Jerry et la chasse au trésor (2006) pour jouer avec l’univers des pirates, Tom et Jerry : Elémentaire, mon cher Jerry (2010) pour jouer avec l’univers policier de Sir Arthur Conan Doyle ou dernièrement Tom et Jerry au pays de Charlie et la chocolaterie (2017) pour jouer avec les romans de Roald Dahl. Une autre option, pour présenter le duo sous un format plus étiré, est de faire évoluer la mythologie des personnages, comme le long-métrage de 1992, unique film Tom & Jerry ayant eu une diffusion au cinéma, qui présente la voix des deux animaux pour la première fois aux spectateurs (pour finalement ne rien dire d’intéressant). Un essai qui se solde par un véritable échec d’un point de vue commercial (seulement 3,6 millions de dollars au box-office pour un budget de 3,5) mais également d’un point de vue artistique. Il faut dire que les déceptions étaient nombreuses pour une première au cinéma : une histoire aussi peu intéressante que très éloignée du duo (le sujet principal du film n’étant pas Tom et Jerry mais le kidnapping d’une petite fille par sa tante dans le but de gagner de l’argent), une animation datée avant même sa sortie, un rythme très lent et de trop nombreux numéros musicaux faisant passer La mélodie du bonheur pour un film muet.

Pour finir cette remise en contexte, ce nouveau film Tom & Jerry est également la possibilité d’offrir à nouveau un bon film d’animation aux spectateurs de la part du tout jeune, mais déjà important, studio Warner Animation Group, après une baisse de qualité visible dans les dernières productions (à l’exception du très intelligent Yéti et compagnie). Pour rappel, ce studio a été fondé en 2013 afin d’offrir une filiale d’animation  pour le cinéma (ayant déjà une filiale pour la télévision) à Warner Bros. Entertainment depuis la disparition de Warner Bros. Feature Animation en 2003. Sept films au total depuis sa création avec La Grande aventure Lego (2014), Cigognes et compagnie (2016), Lego Batman, le film (2017), Lego Ninjago, le film (2017), Yéti et compagnie (2018), La grande Aventure Lego 2 (2019) et Scooby ! (2020), la filiale a offert à son public des œuvres de qualité, mélangeant histoires originales pour enfants et adultes avec un rythme comique extrêmement précis, accompagné d’une écriture intelligente (entre la méta-référence, le film-concept et la réutilisation voire transformation de mythes). Cependant, un essoufflement créatif se fait ressentir récemment dans les dernières créations du studio, notamment avec l’utilisation poussive de la licence Lego et la volonté d’en créer une autre avec Scooby-Doo.  

Devant cette (longue) introduction mettant en avant le possible succès financier pour ce genre de long-métrage aujourd’hui, mais également les difficultés de faire un film Tom & Jerry pertinent sous un format cinématographique, que vaut alors cette version 2021 du chat et de la souris ?

Ce nouveau long-métrage du duo iconique d’Hannah et Barbera est loupé sur tellement d’aspects qu’il est très difficile d’être agréablement diverti devant. 

Qui veut la peau de Tom & Jerry

Copyright 2020 Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved
Stars Chloë Grace Moretz
Film Tom et Jerry
Copyright 2020 Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights ReservedStars Tom et Jerry

Commençons avec le visuel du long-métrage. Dans son nouveau film, Tim Story, réalisateur surtout connu pour les deux films Les Quatre Fantastiques dans les années 2000 et les deux Mise à l’épreuve dans les années 2010, fait le choix de transposer les personnages de Tom & Jerry dans un monde proche du nôtre. Un choix dans la même veine que le film Pokémon : Détective Pikachu sorti en 2019, mais avec des personnages qui gardent leur design d’animation. Dans notre long-métrage, tous les animaux de compagnie sont alors transformés en des personnages de la franchise Tom & Jerry. Une décision qui met, par conséquent, en place un univers mêlant l’animation et la prise de vues réelles, et qui permet alors de faire apparaître de nombreux autres personnages connus de la marque comme Spike le bouledogue ou Butch le chat noir. Une générosité allant même jusqu’à l’apparition de Droopy dans une fourrière (une apparition du personnage identique à celle du film de 1992, clin d’œil amusant ou gros manque d’inspiration ?). Si ce choix d’univers pouvait être intéressant sur le papier, malheureusement il ne l’est pas à l’écran, car le mélange acteurs et personnages d’animation ne passe absolument pas à l’œil. En cherchant à ne surtout pas modifier la structure 2D des personnages d’Hannah et Barbera lors de leur passage à l’écran, l’ensemble manque beaucoup trop d’harmonie. Problèmes de volume et de perspective, difficultés sur les ombres, dissonances entre les animaux et les acteurs démontrant un simple ajout en post-production de l’animation sans grande préparation au tournage, tout y est !

Pour finir, l’ensemble des défauts évoqués précédemment (comme une animation peu soignée, une mise en scène en manque d’inspiration, un jeu d’acteur limité, un scénario à peine réfléchi) n’est que le résultat d’un studio souhaitant un travail « bien assez suffisant » pour les enfants, son véritable public cible. Un choix dans les spectateurs qui n’est absolument pas un défaut et même plutôt logique face à l’image de Tom & Jerry. Cependant, cette position demande alors une réflexion sur le jeune public de nos jours et pourquoi ce dernier serait susceptible de s’intéresser à ce duo de 80 ans déjà. Une réflexion absente et qui est remplacée par de gros appels du pied vulgaires dans l’espoir d’intéresser la cible du film. Des appels du pied grotesques comme la danse de Fortnite par un des personnages principaux, des conversations à base de LOL et PTDR, des musiques avec de l’autotune, des animaux qui s’envoient des smileys par téléphone et un pigeon qui fait du rap (doublé par le réalisateur lui-même). Des idées présentes dans toutes les productions cherchant absolument à s’attirer la sympathie des jeunes alors qu’elles les méprisent profondément comme nous pouvons le constater avec ce manque de réflexion à leurs égards. 

Ce mélange n’est d’ailleurs pas aidé par la direction artistique du metteur en scène qui ne fait rien pour cacher ce problème visuel avec des acteurs en surjeu (normalement logique par rapport au ton léger du film mais qui ici permet surtout de faire comprendre aux spectateurs dans quel état émotionnel ils sont avec trop d’excès face à l’intrigue) ou une mise en scène extrêmement peu inspirée qui cherche surtout à montrer des personnages d’animation et des acteurs ensemble alors qu’ils ne s’accordent pas. Un choix visuel absurde avec l’idée de vouloir montrer un fort réalisme pour l’univers du film en transposant précisément l’intrigue à New-York, notamment dans un hôtel, certes fictif, qui puise son inspiration dans différents bâtiments distinctifs de la grosse pomme comme le Plaza Hotel. Néanmoins, face à cette direction artistique pleine de défauts, deux qualités sont à retenir. Pour commencer, certaines scènes de course-poursuite entre Tom et Jerry sont réussies (dont la meilleure reste celle où Tom essaie de s’introduire dans l’hôtel par une fenêtre, scène la plus proche du tempo comique des premiers courts-métrages du duo), car elles s’éloignent d’éléments rappelant l’univers ultra-réaliste où se situent les deux personnages principaux. De plus, le duo a obtenu plus de travail sur sa texture que les autres personnages d’animation du long-métrage. L’autre qualité à retenir est le rythme du film, qui enchaîne avec fluidité les scènes, jamais trop longues, malgré le propos général aberrant du divertissement.  

Un film Tom & Jerry qui ne veut pas de Tom et Jerry dans son histoire

Si le film n’est pas une réussite pour son esthétique, il l’est encore moins pour son propos. Précédemment, nous mettions en avant la grande difficulté d’allonger la confrontation entre Tom et Jerry au format du long-métrage, un défi que malheureusement ne relève pas avec succès le film de Tim Story. Pour cela, nous devons nous pencher sur l’histoire que propose cette version 2021 du duo. Dans le long-métrage, Tom et Jerry arrivent dans la ville de New-York et cherchent, chacun de son côté, un endroit où vivre. Jerry découvre alors le Royal Gate, un hôtel de luxe dirigé par M. Dubros (Rob Delaney) avec dans son équipe Terence (Michael Peña), le directeur des événements. Jerry décide alors de s’y installer. Une installation plus difficile que prévue quand Jackie (Ken Jeong), le chef cuisinier de l’hôtel, va découvrir qu’une souris se promène dans le bâtiment. Terence confie alors la mission de se débarrasser de l’intrus à Kayla (Chloë Grace Moretz) une jeune recrue qui souhaite faire ses preuves. Devant la difficulté de la mission, Kayla engage alors Tom pour attraper Jerry, surtout avant que l’animal ne soit vu par le jeune et riche couple qui vient d’arriver dans l’hôtel avec l’intention de s’y marier. Bien que simpliste, l’histoire semble correcte avec un ensemble d’éléments permettant d’offrir au spectateur un bon divertissement : un univers en place, un enjeu facile à comprendre, différents antagonistes… De plus, le scénario est propice à des confrontations entre personnages et à une guerre de territoire, soit les éléments toujours présents dans un bon court-métrage d’animation du duo mythique. Cependant, tous ces éléments autour de l’hôtel devraient simplement habiller et étoffer le sujet principal qu’est la confrontation entre Tom et Jerry. Une intention que le scénariste semble oublier en mettant les deux animaux de plus en plus au second plan au fil du film, jusqu’à devenir de simples faire-valoir à Kayla (le véritable personnage principal) qui souhaite avant tout la bonne tenue du mariage du couple (le véritable enjeu). Devenant secondaires, Tom et Jerry ne savent plus quoi faire devant une histoire qui souhaite surtout se débarrasser d’eux (littéralement, car nous assistons dans le film à une scène où ils doivent aller se balader dans New-York afin de ne plus être à l’hôtel pendant quelques heures). La conséquence de ce choix est de mettre alors en avant le reste des personnages de l’hôtel et leurs enjeux plus qu’eux. Un choix absurde devant le peu de profondeur qu’ils ont pour le film, offrant alors des propos gênants aux spectateurs, en plus de ne pas être les attentes d’un film qui s’intitule Tom & Jerry

Un film qui vise à côté de son public

Tom  & Jerry Smartphone
Copyright 2020 Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights ReservedFilm Tom et Jerry

Du début à la fin et à tous les niveaux, le film transpire le manque d’implication et la volonté de se reposer uniquement sur la marque Tom & Jerry comme unique rentabilité possible pour le long-métrage. Une marque qui est constamment mise à l’écart dans l’histoire, alors qu’elle est le principal sujet d’intérêt de la production. On se serait attendu à un traitement encore plus travaillé que le reste du film là-dessus. 
Cette nouvelle aventure du chat et de la souris de William Hanna et Joseph Barbera s’apparente aux dernières créations du studio Warner Animation Group comme Scooby ! et sa volonté d’exploiter une marque en l’actualisant aux standards cinématographiques à succès de nos jours sans une véritable réflexion. On ne retrouve pas l’idée de jouer et détourner avec intelligence l’image d’une franchise, comme le faisait un des premiers films du même studio avec La grande aventure Lego. Une direction artistique qui ne rassure pas à l’approche cet été d’un autre film du studio mélangeant prise de vues réelles et personnages d’une autre grande franchise de l’animation, celle des Looney Tunes, avec Space Jam : Nouvelle ère. Les carottes sont-elles déjà cuites pour Bugs Bunny ?

Critique : Raya et le Dernier Dragon – Un nouveau film de princesse Disney, rien de plus

Critique : Raya et le Dernier Dragon – Un nouveau film de princesse Disney, rien de plus

Réalisateurs : Don Hall & Carlos López Estrada (réalisation), Paul Briggs & John Ripa (co-réalisation)

Date de sortie : 5 mars 2021 au cinéma et sur Disney+ (États-Unis) 4 juin 2021 sur Disney+ (France)

Société de production : Walt Disney Animation Studios

Société de distribution France : Walt Disney Studios Motion Picture International  France

Durée : 1h47

Origine : Américaine

Distribution : Kelly Marie Tran (Raya), Awkwafina (Sisu)

Note : 3/5 ★★★☆☆

Raya et le dernier dragon, nouvelle création du studio de Mickey divertit mais ne renouvelle pas son schéma classique de la princesse Disney. Avec un rythme inégal, trop de personnages et peu d’éléments perturbateurs, le film présente la mission de son héroïne sans émotion. Et la réutilisation d’idées appartenant à des productions similaires (Mulan, Les nouveaux héros, Vaiana : La légende du bout du monde, la saga Kung Fu Panda ou Dragons) n’aide pas pour trouver de l’originalité dans le long-métrage. 

Raya et le dernier dragon est le nouveau film du plus gros studio de production d’animation dans le monde actuellement : Disney. Avec ses créations très coûteuses et ses campagnes de communication gigantesques, chaque nouvelle œuvre du groupe est observée avec beaucoup d’intérêt par le milieu. Véritables machines de guerre, les films d’animation Disney font généralement fuir les autres productions du secteur afin de ne pas se retrouver en concurrence avec le studio de la petite souris. Que vaut alors ce nouveau mastodonte animé ? 

Une équipe Disney, à une exception près  

146ème long-métrage d’animation de la firme à Mickey, Raya et le dernier dragon arrive après deux suites à succès (Ralph 2.0 (2018) La reine des neiges 2 (2019)), en ne comptant pas les coproductions avec Pixar. Avec ce nouveau film, Disney cherche à mettre en place un nouvel univers plutôt que de se reposer sur un déjà bien installé. Pour cela, le propriétaire de Pluto fait appel, afin de diriger le projet, à une équipe assez habituée dans l’ensemble aux productions du groupe. La réalisation du film est le travail de Don Hall et Carlos López Estrada. Si le premier est un fidèle du grand groupe avec déjà la co-réalisation de trois films innovants sur de nombreux aspects (Winnie l’ourson (2011), Les nouveaux héros (2014), Vaiana – La légende du bout du monde (2016)) en plus d’avoir été longtemps scénariste avant de passer derrière la caméra (notamment pour Tarzan (1999), Kuzco, l’empereur mégalo (2000) ou Bienvenue chez les Robinson (2007)), le deuxième nom est plus surprenant. Carlos López Estrada est surtout connu pour être le réalisateur de Blindspotting, drame de 2018 très réussi sur les remises en question d’un homme en liberté conditionnelle après avoir été témoin d’une terrible bavure policière. Un film assez éloigné du ton des productions Disney. À la co-réalisation, nous avons Paul Briggs, ayant déjà travaillé au niveau du scénario ou du story-board pour La Reine des Neiges (2013) et Les Nouveaux Héros, mais aussi John Ripa, ayant déjà travaillé au niveau de l’écriture ou de l’animation sur Vaiana, puis encore La Reine des Neiges et Les Nouveaux Héros.

À l’exception de Carlos López Estrada qui offre de la nouveauté et de l’originalité au projet, nous avons globalement une équipe formée aux productions du studio. Si nous mettons autant en avant l’équipe à la tête du film, c’est parce que son animation en pâtit. Le long-métrage est classique dans son visuel. Sans pour autant être inintéressante, l’esthétique de Raya et le dernier dragon reste beaucoup moins innovante que le précédent film de princesse du groupe : Vaiana. Si un soin est plus que présent pour les décors de l’univers que traversent les héros dans le long-métrage, la typologie des personnages demeure identique aux derniers films de la firme. L’ensemble visuel est formel, sans l’envie d’innover le style animé propre au studio. Dans la continuité de son esthétique, le film fait figure de classicisme également avec son scénario. 

La promenade de santé de Raya

Raya et le dernier dragon présente le royaume de Kumandra, peuplé d’humains et de dragons. Malheureusement, l’endroit est un jour visé par une grande menace destructrice, le Druun. Après une terrible lutte inefficace contre ce nouvel ennemi, les dragons se sacrifient afin de sauver Kumandra en créant un joyau. Des années plus tard, différentes tribus du royaume sont en conflit afin d’obtenir le joyau. Raya, princesse guerrière, est entraînée depuis toute petite par son père à le défendre de possibles attaques. Cependant, elle échoue dans sa mission lors d’une rencontre diplomatique entre les différents groupes du pays. Le joyau est brisé et le Druun réapparaît afin de détruire à nouveau Kumandra. Afin de rétablir la paix dans le royaume, Raya décide de retrouver le dernier dragon, Sisu. 

Si le début de l’histoire que nous venons de présenter met parfaitement en place tous les éléments d’une bonne aventure (décors, personnages, enjeux ,…), la suite déçoit pour trois raisons. La première est que l’univers présenté reste assez léger. Se cachant derrière des notions abstraites, le film présente de nombreuses incohérences ou facilités scénaristiques. Ces dernières sont encore plus visibles lorsque l’aventure de Raya démarre. De plus, les dialogues superficiels n’aident pas à donner de la profondeur au propos du long-métrage. La deuxième est l’absence d’éléments réellement perturbateurs dans la quête de notre guerrière. Aucun antagoniste n’est pris au sérieux dans la narration du film. Par conséquent, Raya ne se retrouvant jamais en danger, il est très difficile pour le spectateur de s’impliquer émotionnellement dans l’intrigue, alors même qu’elle est présentée par ce personnage. La troisième et dernière raison est son rythme. Toujours dans la précipitation, le film nous empêche de digérer les différents actes et enjeux de l’histoire. De surcroît, la nouvelle création du copain de Donald a une structure assez répétitive. Afin de sauver le royaume, Raya doit passer successivement auprès des différentes tribus. Des passages qui ne sont que des prétextes pour affronter un nouvel ennemi ou se faire un nouvel ami (quand ce n’est pas les deux). Cette répétition tombe rapidement dans la redondance. Une redondance qui, avec un meilleur rythme, aurait été moins difficile à accepter pour le spectateur.    

Raya, Tong, Boun, Bébé Noi, (Tuk Tuk, trois ongis) et le dernier dragon

Un élément à également mettre en avant concernant cette dernière production Disney est la gestion de ses personnages. Le sujet principal du film est la confiance que nous devons tous accorder aux autres afin de faire prospérer la société. Par conséquent, les personnages sont le cœur du long-métrage à ne surtout pas gâcher. Malgré un nombre trop élevé de protagonistes, ils sont tous réussis dans l’ensemble, notamment en les présentant avec des enjeux clairs et avec une bonne répartition du temps à l’écran. Le groupe formé entre eux, permettant de représenter toutes les parties du royaume unies par un but commun, aurait pu être beaucoup moins bien maîtrisé. De plus, le film évite astucieusement certaines pistes prévisibles lorsqu’un groupe est le sujet central d’un long-métrage (guerres de pouvoir, mésententes entre les sexes, histoires amoureuses). Un autre élément réussi autour des personnages est Namaari, l’antagoniste principale. Même si cette dernière est un peu trop faible face à son importance dans l’histoire, elle reste plutôt bien écrite dans l’ensemble. Elle ne tombe pas dans la caricature de la méchante uniquement présente pour être le contraire de l’héroïne. De surcroît, avec Raya et Namaari, le film offre une confrontation exclusivement féminine, ce qui n’est pas la norme habituelle dans ce type de production grand public. 

Malheureusement, deux problèmes sont présents avec les personnages de cette nouvelle œuvre Disney. Le premier est un dénouement final assez prévisible, à cause de la présentation des protagonistes dans l’intrigue. Le deuxième, très loin d’être minime, est l’intérêt de Sisu dans l’histoire. Présenté comme l’élément capital dans la réussite de la quête de Raya, le dernier dragon est dans l’ensemble inutile pour faire évoluer la trame narrative (sauf pour un événement important mais réalisé contre sa volonté). Généralement à l’écart, on se demande souvent pourquoi Raya en a besoin afin de vaincre le Druun. Finalement, Sisu sert surtout à contrer la personnalité trop méfiante de Raya, tout en tenant le rôle du comic relief (personnage dont l’intérêt est d’apporter avant tout de l’humour à l’histoire). Une déception par rapport à la promesse que fait le film sur ce personnage.  

Vaiana et les nouveaux dragons

Le plus grand défaut de ce nouveau Disney est son manque d’originalité. Raya et le dernier dragon est, comme nous l’avons déjà évoqué, un film souhaitant introduire de la nouveauté dans le catalogue du studio après deux suites. Cependant, le long-métrage est beaucoup moins original que les deux créations qui le précèdent ! Pour commencer, il suit trop le schéma narratif classique du film de princesse de la firme. Un schéma que nous pouvons résumer par l’histoire d’une jeune femme, accompagnée d’un curieux partenaire (animal, mythe, légende,…), qui devra faire un périlleux voyage afin de sauver son honneur ou celui de sa famille, tout en s’émancipant. Loin d’être uniquement une copie cachée des autres films de princesse Disney, Raya et le dernier dragon reste néanmoins très prévisible dans son déroulé. 

Malheureusement, le film de Don Hall et Carlos López Estrada donne une impression de déjà-vu également par sa réutilisation d’idées aperçues auparavant dans d’autres films d’animation similaires. La liste est longue mais nous pouvons citer quelques exemples. Raya et le dernier dragon présente un duo entre une guerrière et un dragon comique, comme le film Mulan de 1998. Le dragon Sisu est une légende locale avec de puissants pouvoirs qui a disparu depuis des années, comme Maui dans Vaiana. Avant l’apparition du Druun, les hommes vivaient en paix avec des dragons, une piste déjà aperçue dans la saga de Dreamworks Dragons. La formation d’un ou plusieurs guerriers afin de protéger un objet pouvant rompre l’équilibre d’un peuple, tout en utilisant la mythologie du samouraï, est déjà au cœur de la saga Kung Fu Panda, également de Dreamworks. La volonté de mélanger les influences culturelles asiatiques avec un autre univers est visible aussi dans le film Les Nouveaux Héros (dans ce dernier nous n’avons pas un mélange avec un monde imaginaire comme Raya et le dernier dragon mais avec un monde futuriste). Ce mélange d’idées déjà observées ailleurs donne finalement peu d’originalité à notre dernière création Disney. En visionnant le film, nous avons souvent l’impression d’être devant un patchwork de films d’animation  à succès du même genre. 

Pour conclure, en mettant à la réalisation des personnes formées depuis des années par le studio, le résultat est finalement extrêmement calibré pour la firme. La présence de Carlos López Estrada comme la personnalité novatrice dans le projet n’y change rien. Mais avec un seul film important à son actif, il est difficile pour un studio de le considérer comme un auteur avec un style particulier, pouvant s’imposer dans une production aussi importante. Raya et le dernier dragon est un film Disney, c’est sa plus grande qualité, mais également son plus grand défaut.