Mois : novembre 2021

Retour sur La Famille Addams 2 – Une virée d’enfer

Retour sur La Famille Addams 2 – Une virée d’enfer

L’âme de la franchise

La Famille Addams est une des dernières franchises américaines encore innovante et intéressante aujourd’hui. Depuis la fin des années 1930, la famille est passée par de nombreuses formes artistiques : sitcom dans les années 1960, dessin animé dans les années 1970-1990, film en live action dans les années 1990 et même comédie musicale à Broadway et à Paris ces dernières années (sans oublier une série Netflix prochainement). Toujours à la recherche d’un nouveau mode d’expression artistique, toujours à la recherche d’un nouveau public, la franchise a réussi à s’adapter afin de ne jamais devenir obsolète. Plus populaire dans son pays d’origine qu’en France, les Addams sont toutefois connus de tous. Avec les Simpson et les Pierrafeu, ils sont une des familles américaines les plus reconnaissables du divertissement grand public.  

La Famille Addams 2 : une virée d'enfer
Copyright 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved.

La franchise Famille Addams apporte toujours autant d’argent au box-office. Le premier film d’animation sorti en 2019 a rapporté 204 millions de dollars, soit plus de 8 fois son budget de production. La mise en route d’un second volet pour une sortie prévue à nouveau autour d’Halloween afin de coller avec l’ambiance macabre n’est pas surprenante.

Cette suite conserve son équipe artistique solide : à la réalisation Conrad Vernon et Greg Tiernan (ensemble ils ont travaillé chez Dreamworks, Colombia Pictures et Vanguard Animation pour Shrek 2, Happily N’Ever After, Monstres contre Aliens, Madagascar 3, Sausage Party) et au casting vocal Oscar Isaac (la postlogie Star Wars, le Dune de Denis Villeneuve), Charlize Theron (Mad Max : Fury Road), Chloë Grace Moretz (Kick-ass et sa suite, Dark Shadows), Finn Wolfhard (Stranger Things). Mais au-delà de ces aspects artistiques et financiers, sur quoi se repose la franchise pour toujours intéresser le public américain après 80 années d’existence ? 

Morticia Addams et son mari
Copyright 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved

Pour répondre à cette question, il faut revoir les ambitions mises en place lors de la création de la célèbre famille gothique. Créée en 1938 par Charles Addams, sous la forme de dessins humoristiques pour le magazine The New Yorker, le groupe met en avant différents personnages aussi étranges que macabres (l’idée de famille viendra bien plus tard).

Outre l’attirance qu’ils partagent pour la mort, les Addams se moquent des codes de la bonne conduite en société. Très excentrique lui-même, Charles Addams représente une famille nucléaire américaine extrêmement classique, à un souci près : ils ont des penchants morbides. Pointés du doigt et vus comme des monstres par le reste de la société, ils vivent pourtant heureux en harmonie, contrairement à la majorité des familles américaines « normales ». Dans une société qui impose de plus en plus de règles de conduite et de pensées, les Addams s’avèrent finalement bien moins horribles que certains de leurs voisins. 

Depuis les années 1960, les différents productions émanant de la famille de Charles Addams s’insèrent dans la même lignée esthétique, tout en prenant en compte le public visé (plus enfantin avec les dessins animés, plus tourné vers un humour noir adulte avec les films de Sonnenfeld). Qu’en est-il de ces deux films d’animation ? 

Passons très rapidement sur la qualité artistique des deux productions afin de nous intéresser surtout à leur place dans la franchise : La Famille Addams et La Famille Addams 2 : une virée d’enfer présentent les pires travers de l’animation américaine actuelle grand public. Avec une animation 3D extrêmement vulgaire et bâclée proche du visuel de la précédente création des deux réalisateurs qu’est Sausage Party, un scénario qui suscite très peu d’intérêt chez ses spectateurs en délivrant une histoire lambda et des digressions inutiles, un rythme affolant par peur d’ennuyer, un humour bas du front orienté uniquement vers un public enfantin perçu avec condescendance, un doublage d’une fadeur incroyable, l’idée est surtout de perpétuer la célèbre licence sans jamais se soucier de qualité artistique. 

Puggsley Addams
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Mais force est de constater que ces deux films sont bien des membres de la franchise Famille Addams. L’esprit du dessinateur trouve sa place au sein des deux créations animées. Avec de nombreuses blagues à l’humour noir et pleines d’allusions macabres, les productions de 2019 et 2021 proposent des antagonistes humains plus monstrueux que nos héros, démontrant que malgré leur aspect, les Addams demeurent plus respectables que le reste de la population. Toutefois, même si l’âme de la franchise reste, elle est noyée, entre beaucoup trop de blagues de mauvais goût hors-sujet et une volonté de ne surtout pas faire évoluer la marque si rentable. 

Dans une période où le cinéma américain mainstream ne se tourne que vers des franchises par peur d’échouer au box-office, avec le lot de créations fades et déshumanisées mais rentables que ça implique (Space Jam 2 – Nouvelle ère, Tom & Jerry, Bob l’éponge – le film : Eponge en eaux troubles, Scooby !), La Famille Addams ne fait pas vraiment exception à la règle. 

Avec un deuxième volet au succès beaucoup moins retentissant au cinéma que le premier (même sous le contexte du Covid-19), nous pouvons qu’espérer que les créations de Greg Tiernan et Conrad Vernon s’inspirent de celles de Sonnenfeld, c’est-à-dire qu’elles s’arrêtent au dyptique. Une trilogie c’est trop banal pour les Addams. 

Gomez Addals
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Retour sur Rick et Morty – Saison 5 Vers une simpsonification

Retour sur Rick et Morty – Saison 5 Vers une simpsonification

Information Rick et Morty

Note : 3,5/5

Le 2 décembre 2013 sortait le premier épisode de la série d’animation Rick et Morty sur Adult Swim. Création de Dan Harmon et Justin Roiland en 2D avec quelques incrustations 3D, elle offre à son spectateur une version nihiliste et pessimiste du duo iconique Doc/Marty de la trilogie de Zemeckis Retour vers le futur, sous une esthétique visuelle proche des créations de Matt Groening (Les Simpson, Futurama, Désenchantée). Il est question dans le show de Rick, le grand-père alcoolique, génie de la science et (un peu) sociopathe de Morty, son petit-fils aussi timide qu’innocent souvent obligé de le suivre contre son gré dans des voyages spatiaux. D’autres compagnons se greffent au duo, majoritairement le reste de la famille : Summer la sœur superficielle, Jerry le père looser et Beth la mère autoritaire. 8 ans plus tard, le show a déjà 5 saisons à son actif, soit 51 épisodes. La série est devenue un véritable phénomène de pop culture en moins de 10 ans. De nombreux concepts, épisodes ou slogans tels que « I’m pickle Rick ! », « Wubba Lubba Dub Dub », « Get Schwifty » ou « I’m Mr. Meeseeks, look at me » sont aujourd’hui des classiques de la télévision et des sources inépuisables de mèmes sur internet. Avec un contrat de diffusion signéacté en mai 2018 pour 70 épisodes (soit 7 saisons),  Rick et Morty n’est pas prête de s’arrêter. Toutefois, avec la sortie de la dernière saison du programme cet été, une tendance assez péjorative commence à se faire ressentir. Retour sur la saison 5 de Rick et Morty !

Rick et Morty
Copyright FR_tmdbSerie Rick et Morty – Saison 5

Diffusée en France du 21 juin au 6 septembre 2021, le résultat de la nouvelle saison est en demi-teinte. Si nous ne pouvons qu’applaudir ces 10 nouveaux épisodes pour leur humour corrosif, leur histoire bourrée de nouveaux concepts et leur rythme effréné, ils ne sont pas aussi corrosifs que les premières saisons du show. Un résultat qui apparaît malgré la volonté d’offrir des nouvelles pistes narratives innovantes comme les mondes parallèles. Cette sensation vient surtout de trois circonstances. Premièrement, le concept de l’irrévérence n’est plus une nouveauté.  Elle est maintenant la marque classique de la série et peine à se renouveler dans son manque de respect envers le spectateur. Deuxièmement, les pistes scénaristiques présentées dans chaque épisode sont beaucoup moins poussées dans leurs derniers retranchements qu’avant. Elles se reposent un peu trop souvent sur des clins d’œil ou parodies de concepts de science-fiction sans pour autant les réutiliser d’une manière nouvelle à la sauce Rick et Morty. Troisièmement, les trames narratives sur l’évolution des personnages n’existent plus. Vendue comme une série d’animation pour adultes déroulants une petite narration sur toute une saison en plus des histoires de chaque nouvel épisode, la série n’offre plus maintenant de développement sur le long terme à ses protagonistes  (Rick reste ingrat, Morty peureux, Jerry idiot,…). Et les clins d’œil à d’anciens épisodes ou les maigres révélations sur le passé de Rick ne suffisent pas à faire avancer l’univers de la série, ce dernier étant d’ailleurs de plus en plus complexe à suivre avec l’apparition des mondes parallèles. Tout ceci au profit d’épisodes stand-alone classiques comme Les Simpson, dont les créateurs de Rick et Morty n’ont jamais caché s’en inspirer. Sauf qu’à vouloir trop lui ressembler, il semblerait que la série de Adult Swim se pare également des mêmes travers que le show des personnages jaunes de Springfield.  

Famille Rick et Morty
Copyright FR_tmdbSerie Rick et Morty – Saison 5

Avec encore 4 saisons minimum au compteur, la série Rick et Morty commence à se « simpsonifier ». Maintenant une marque importante de la pop-culture avec ses t-shirts, mugs et posters, elle doit garder son image de qualité tout en étant toujours présente à la télévision. Malheureusement, les épisodes d’aujourd’hui n’ont plus la sève d’hier. Il suffit d’observer les phrases et épisodes cultes du show pour remarquer qu’ils ne proviennent pas des derniers épisodes diffusés. La qualité narrative de la série n’est plus mise en avant. Le programme compte maintenant sur des effets d’annonce autour de visuels innovants, de la présence de guests toujours plus importants et de clins d’œil de moins en moins subtils pour que ses spectateurs parlent de lui. Des solutions que la série de Matt Groening a trouvé depuis plusieurs années pour susciter encore un intérêt chez son public. Des effets d’annonce encore plus importants depuis que la série de plus de 30 ans est devenue une marque promotionnelle pour Disney+ avec le rachat de la Fox en 2018. Le dernier court-métrage bonus de la série, mettant en scène Tom Hiddleston dans son rôle de Loki pour Marvel, démontre bien cette volonté publicitaire, tout en ayant très peu d’intérêt artistique. Malencontreusement, Rick et Morty s’offre les mêmes torts, comme nous pouvons l’observer avec l’apparition de l’interprète de Doc, Christopher Lloyd, dans le rôle de Rick. Avec ce teaser de fin de saison, nous avons un bingo gagnant : visuels innovants (live au lieu d’une animation 2D), guest important (l’acteur de Retour vers le futur quand même), clin d’œil peu subtil (le personnage de Rick étant un hommage à Doc). Si l’idée prête à sourire (ce qui est le cas, ne boudons pas notre plaisir), elle désole quand nous réalisons que ces gros coups de coude ne sont là que pour pallier au manque de qualité de la dernière saison et nous fait regretter l’époque où nous réagissions au show uniquement pour ses ingéniosités scénaristiques. Le gag de Lloyd en Rick est d’ailleurs une resucée d’un gag déjà bien assez connu du grand public (Pickle Rick !), démontrant la volonté d’aller vers des classiques que d’en inventer des nouveaux.  

Gif Pickle Rick

Une tendance qui ne risque pas de s’atténuer avec d’autres propositions irrévérencieuses (Solar Opposites sur Hulu, Paradise Police sur Netflix,…) de plus en plus nombreuses (mais de moins bonne facture) et des enjeux marketing qui ne cessent de s’agrandir (faut bien les vendre les flasques, parapluies et chaussons à l’effigie du show). I’m Mr. Goodies, look at me !