Auteur/autrice : Théophile

Retour sur La Famille Addams 2 – Une virée d’enfer

Retour sur La Famille Addams 2 – Une virée d’enfer

L’âme de la franchise

La Famille Addams est une des dernières franchises américaines encore innovante et intéressante aujourd’hui. Depuis la fin des années 1930, la famille est passée par de nombreuses formes artistiques : sitcom dans les années 1960, dessin animé dans les années 1970-1990, film en live action dans les années 1990 et même comédie musicale à Broadway et à Paris ces dernières années (sans oublier une série Netflix prochainement). Toujours à la recherche d’un nouveau mode d’expression artistique, toujours à la recherche d’un nouveau public, la franchise a réussi à s’adapter afin de ne jamais devenir obsolète. Plus populaire dans son pays d’origine qu’en France, les Addams sont toutefois connus de tous. Avec les Simpson et les Pierrafeu, ils sont une des familles américaines les plus reconnaissables du divertissement grand public.  

La Famille Addams 2 : une virée d'enfer
Copyright 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved.

La franchise Famille Addams apporte toujours autant d’argent au box-office. Le premier film d’animation sorti en 2019 a rapporté 204 millions de dollars, soit plus de 8 fois son budget de production. La mise en route d’un second volet pour une sortie prévue à nouveau autour d’Halloween afin de coller avec l’ambiance macabre n’est pas surprenante.

Cette suite conserve son équipe artistique solide : à la réalisation Conrad Vernon et Greg Tiernan (ensemble ils ont travaillé chez Dreamworks, Colombia Pictures et Vanguard Animation pour Shrek 2, Happily N’Ever After, Monstres contre Aliens, Madagascar 3, Sausage Party) et au casting vocal Oscar Isaac (la postlogie Star Wars, le Dune de Denis Villeneuve), Charlize Theron (Mad Max : Fury Road), Chloë Grace Moretz (Kick-ass et sa suite, Dark Shadows), Finn Wolfhard (Stranger Things). Mais au-delà de ces aspects artistiques et financiers, sur quoi se repose la franchise pour toujours intéresser le public américain après 80 années d’existence ? 

Morticia Addams et son mari
Copyright 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved

Pour répondre à cette question, il faut revoir les ambitions mises en place lors de la création de la célèbre famille gothique. Créée en 1938 par Charles Addams, sous la forme de dessins humoristiques pour le magazine The New Yorker, le groupe met en avant différents personnages aussi étranges que macabres (l’idée de famille viendra bien plus tard).

Outre l’attirance qu’ils partagent pour la mort, les Addams se moquent des codes de la bonne conduite en société. Très excentrique lui-même, Charles Addams représente une famille nucléaire américaine extrêmement classique, à un souci près : ils ont des penchants morbides. Pointés du doigt et vus comme des monstres par le reste de la société, ils vivent pourtant heureux en harmonie, contrairement à la majorité des familles américaines « normales ». Dans une société qui impose de plus en plus de règles de conduite et de pensées, les Addams s’avèrent finalement bien moins horribles que certains de leurs voisins. 

Depuis les années 1960, les différents productions émanant de la famille de Charles Addams s’insèrent dans la même lignée esthétique, tout en prenant en compte le public visé (plus enfantin avec les dessins animés, plus tourné vers un humour noir adulte avec les films de Sonnenfeld). Qu’en est-il de ces deux films d’animation ? 

Passons très rapidement sur la qualité artistique des deux productions afin de nous intéresser surtout à leur place dans la franchise : La Famille Addams et La Famille Addams 2 : une virée d’enfer présentent les pires travers de l’animation américaine actuelle grand public. Avec une animation 3D extrêmement vulgaire et bâclée proche du visuel de la précédente création des deux réalisateurs qu’est Sausage Party, un scénario qui suscite très peu d’intérêt chez ses spectateurs en délivrant une histoire lambda et des digressions inutiles, un rythme affolant par peur d’ennuyer, un humour bas du front orienté uniquement vers un public enfantin perçu avec condescendance, un doublage d’une fadeur incroyable, l’idée est surtout de perpétuer la célèbre licence sans jamais se soucier de qualité artistique. 

Puggsley Addams
Copyright 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved

Mais force est de constater que ces deux films sont bien des membres de la franchise Famille Addams. L’esprit du dessinateur trouve sa place au sein des deux créations animées. Avec de nombreuses blagues à l’humour noir et pleines d’allusions macabres, les productions de 2019 et 2021 proposent des antagonistes humains plus monstrueux que nos héros, démontrant que malgré leur aspect, les Addams demeurent plus respectables que le reste de la population. Toutefois, même si l’âme de la franchise reste, elle est noyée, entre beaucoup trop de blagues de mauvais goût hors-sujet et une volonté de ne surtout pas faire évoluer la marque si rentable. 

Dans une période où le cinéma américain mainstream ne se tourne que vers des franchises par peur d’échouer au box-office, avec le lot de créations fades et déshumanisées mais rentables que ça implique (Space Jam 2 – Nouvelle ère, Tom & Jerry, Bob l’éponge – le film : Eponge en eaux troubles, Scooby !), La Famille Addams ne fait pas vraiment exception à la règle. 

Avec un deuxième volet au succès beaucoup moins retentissant au cinéma que le premier (même sous le contexte du Covid-19), nous pouvons qu’espérer que les créations de Greg Tiernan et Conrad Vernon s’inspirent de celles de Sonnenfeld, c’est-à-dire qu’elles s’arrêtent au dyptique. Une trilogie c’est trop banal pour les Addams. 

Gomez Addals
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Retour sur Rick et Morty – Saison 5 Vers une simpsonification

Retour sur Rick et Morty – Saison 5 Vers une simpsonification

Information Rick et Morty

Note : 3,5/5

Le 2 décembre 2013 sortait le premier épisode de la série d’animation Rick et Morty sur Adult Swim. Création de Dan Harmon et Justin Roiland en 2D avec quelques incrustations 3D, elle offre à son spectateur une version nihiliste et pessimiste du duo iconique Doc/Marty de la trilogie de Zemeckis Retour vers le futur, sous une esthétique visuelle proche des créations de Matt Groening (Les Simpson, Futurama, Désenchantée). Il est question dans le show de Rick, le grand-père alcoolique, génie de la science et (un peu) sociopathe de Morty, son petit-fils aussi timide qu’innocent souvent obligé de le suivre contre son gré dans des voyages spatiaux. D’autres compagnons se greffent au duo, majoritairement le reste de la famille : Summer la sœur superficielle, Jerry le père looser et Beth la mère autoritaire. 8 ans plus tard, le show a déjà 5 saisons à son actif, soit 51 épisodes. La série est devenue un véritable phénomène de pop culture en moins de 10 ans. De nombreux concepts, épisodes ou slogans tels que « I’m pickle Rick ! », « Wubba Lubba Dub Dub », « Get Schwifty » ou « I’m Mr. Meeseeks, look at me » sont aujourd’hui des classiques de la télévision et des sources inépuisables de mèmes sur internet. Avec un contrat de diffusion signéacté en mai 2018 pour 70 épisodes (soit 7 saisons),  Rick et Morty n’est pas prête de s’arrêter. Toutefois, avec la sortie de la dernière saison du programme cet été, une tendance assez péjorative commence à se faire ressentir. Retour sur la saison 5 de Rick et Morty !

Rick et Morty
Copyright FR_tmdbSerie Rick et Morty – Saison 5

Diffusée en France du 21 juin au 6 septembre 2021, le résultat de la nouvelle saison est en demi-teinte. Si nous ne pouvons qu’applaudir ces 10 nouveaux épisodes pour leur humour corrosif, leur histoire bourrée de nouveaux concepts et leur rythme effréné, ils ne sont pas aussi corrosifs que les premières saisons du show. Un résultat qui apparaît malgré la volonté d’offrir des nouvelles pistes narratives innovantes comme les mondes parallèles. Cette sensation vient surtout de trois circonstances. Premièrement, le concept de l’irrévérence n’est plus une nouveauté.  Elle est maintenant la marque classique de la série et peine à se renouveler dans son manque de respect envers le spectateur. Deuxièmement, les pistes scénaristiques présentées dans chaque épisode sont beaucoup moins poussées dans leurs derniers retranchements qu’avant. Elles se reposent un peu trop souvent sur des clins d’œil ou parodies de concepts de science-fiction sans pour autant les réutiliser d’une manière nouvelle à la sauce Rick et Morty. Troisièmement, les trames narratives sur l’évolution des personnages n’existent plus. Vendue comme une série d’animation pour adultes déroulants une petite narration sur toute une saison en plus des histoires de chaque nouvel épisode, la série n’offre plus maintenant de développement sur le long terme à ses protagonistes  (Rick reste ingrat, Morty peureux, Jerry idiot,…). Et les clins d’œil à d’anciens épisodes ou les maigres révélations sur le passé de Rick ne suffisent pas à faire avancer l’univers de la série, ce dernier étant d’ailleurs de plus en plus complexe à suivre avec l’apparition des mondes parallèles. Tout ceci au profit d’épisodes stand-alone classiques comme Les Simpson, dont les créateurs de Rick et Morty n’ont jamais caché s’en inspirer. Sauf qu’à vouloir trop lui ressembler, il semblerait que la série de Adult Swim se pare également des mêmes travers que le show des personnages jaunes de Springfield.  

Famille Rick et Morty
Copyright FR_tmdbSerie Rick et Morty – Saison 5

Avec encore 4 saisons minimum au compteur, la série Rick et Morty commence à se « simpsonifier ». Maintenant une marque importante de la pop-culture avec ses t-shirts, mugs et posters, elle doit garder son image de qualité tout en étant toujours présente à la télévision. Malheureusement, les épisodes d’aujourd’hui n’ont plus la sève d’hier. Il suffit d’observer les phrases et épisodes cultes du show pour remarquer qu’ils ne proviennent pas des derniers épisodes diffusés. La qualité narrative de la série n’est plus mise en avant. Le programme compte maintenant sur des effets d’annonce autour de visuels innovants, de la présence de guests toujours plus importants et de clins d’œil de moins en moins subtils pour que ses spectateurs parlent de lui. Des solutions que la série de Matt Groening a trouvé depuis plusieurs années pour susciter encore un intérêt chez son public. Des effets d’annonce encore plus importants depuis que la série de plus de 30 ans est devenue une marque promotionnelle pour Disney+ avec le rachat de la Fox en 2018. Le dernier court-métrage bonus de la série, mettant en scène Tom Hiddleston dans son rôle de Loki pour Marvel, démontre bien cette volonté publicitaire, tout en ayant très peu d’intérêt artistique. Malencontreusement, Rick et Morty s’offre les mêmes torts, comme nous pouvons l’observer avec l’apparition de l’interprète de Doc, Christopher Lloyd, dans le rôle de Rick. Avec ce teaser de fin de saison, nous avons un bingo gagnant : visuels innovants (live au lieu d’une animation 2D), guest important (l’acteur de Retour vers le futur quand même), clin d’œil peu subtil (le personnage de Rick étant un hommage à Doc). Si l’idée prête à sourire (ce qui est le cas, ne boudons pas notre plaisir), elle désole quand nous réalisons que ces gros coups de coude ne sont là que pour pallier au manque de qualité de la dernière saison et nous fait regretter l’époque où nous réagissions au show uniquement pour ses ingéniosités scénaristiques. Le gag de Lloyd en Rick est d’ailleurs une resucée d’un gag déjà bien assez connu du grand public (Pickle Rick !), démontrant la volonté d’aller vers des classiques que d’en inventer des nouveaux.  

Gif Pickle Rick

Une tendance qui ne risque pas de s’atténuer avec d’autres propositions irrévérencieuses (Solar Opposites sur Hulu, Paradise Police sur Netflix,…) de plus en plus nombreuses (mais de moins bonne facture) et des enjeux marketing qui ne cessent de s’agrandir (faut bien les vendre les flasques, parapluies et chaussons à l’effigie du show). I’m Mr. Goodies, look at me !

Fantastic Mr. Fox : Unique adaptation réussie de Roald Dahl au cinéma

Fantastic Mr. Fox : Unique adaptation réussie de Roald Dahl au cinéma

Mr fox le renard
Copyright Twentieth Century Fox FranceFilm Fantastic Mr. Fox

Adapter du Roald Dahl sur grand écran n’est pas une mince affaire. Auteur anglais populaire pour ses ouvrages destinés à la jeunesse, il mélange avec précision l’humour et la cruauté, tout en réutilisant des personnages ou des codes de contes populaires. Avec plus de 250 millions de livres vendus à ce jour dans les librairies, tout le monde connaît l’auteur de Matilda. Une popularité que le cinéma cherche à s’accaparer en adaptant depuis 65 ans son travail. Face au challenge artistique que représente la transformation de ses textes en images mouvantes, de grands noms du 7ème art se sont lancés comme Tim Burton avec Charlie et la Chocolaterie (2005), Steven Spielberg avec Le Bon Gros Géant (2016) et dernièrement Robert Zemeckis avec Sacrées Sorcières (2020). Des productions souvent décevantes, autant du point de vue de l’adaptation, que venant de l’artiste qui adapte. Seul un cinéaste a réussi le tour de force d’adapter une œuvre de Dahl avec pertinence pour les salles obscures, tout en révélant un nouvel aspect de son talent : Wes Anderson en 2009 avec Fantastic Mr. Fox !

Depuis plus de 10 ans, Wes Anderson cherchait à adapter Fantastique Maître Renard, qui n’avait jusqu’alors jamais été adapté sur grand écran. En choisissant cette œuvre de Dahl, le réalisateur de La Famille Tenenbaum a plus de liberté que ses autres collègues cinéastes. Le texte, qui présente une famille de renards coincée dans un terrier par trois fermiers souhaitant leur mort, est une des plus courtes et légères créations de l’auteur anglais. Par conséquent, ne pouvant pas suivre à la lettre le livre, le réalisateur (également scénariste avec Noah Baumbach) devait proposer de nouvelles pistes originales afin d’étoffer l’histoire pour un long-métrage d’1h20. La phobie des loups du personnage principal, l’antagoniste Foxy le rat, la présence du neveu Kristofferson : ces éléments ont été créés de toutes pièces, mais respectent absolument le ton de l’œuvre originale, surprenamment macabre tout en restant à hauteur d’enfants. Des idées qu’Anderson a développé en séjournant dans l’ancien cabinet de travail de l’auteur pour enfants à Great Missenden, avec l’accord de la veuve de Dahl, Felicity (le même prénom que Mrs. Fox !). Mais plus qu’adapter avec de grandes prises de liberté le livre, le réalisateur offre également au public une création très personnelle, démontrant la singularité du cinéaste dans le paysage audiovisuel. 

Si Fantastic Mr. Fox est une réussite, c’est avant tout car Anderson a réalisé cette adaptation dans la même lignée que ses autres productions. Avec son premier film d’animation, le cinéaste nous présente une fois de plus une famille dysfonctionnelle comme sujet principal. Même animale, cette famille garde un aspect humain, notamment en donnant aux personnages des habits et des emplois. Entre une comédie de Frank Capra et d’Howard Hawks, le metteur en scène nous montre, même derrière ces animaux en stop motion, la fragilité humaine. Préférant l’animation à la main plutôt qu’en images de synthèse, ce choix permet de mettre en avant la parfaite imperfection des protagonistes. Cette esthétique, proche de l’esprit de Dahl, aide alors à contrôler au millimètre près les détails présents dans le cadre. Pour finir, Anderson en profite pour y insérer ses gimmicks de mise en scène comme ses gros plans ou ses lents mouvements de caméra. Des choix artistiques à l’opposé des codes classiques de l’animation, cherchant toujours à être dans un mouvement d’ensemble. 

Tout en restant dans le ton du texte de l’auteur populaire anglais, Wes Anderson imprègne son premier film en animation de toutes ses inspirations, rendant l’œuvre aussi inclassable qu’unique.

Wes Anderson Smile GIF By 20th Century Fox Home Entertainment

La Traversée : Voyage au cœur d’un dispositif pictural singulier

La Traversée : Voyage au cœur d’un dispositif pictural singulier

Avec une animation constituée majoritairement de peinture, chaque plan du premier long-métrage de Florence Miailhe offre une idée visuelle, et ainsi une stimulation intellectuelle permanente pour le spectateur. Avec la collaboration de Marie Desplechin au scénario, la narration offre également de nombreuses pistes pertinentes, alors qu’elle aurait pu être en retrait face à l’importance du dispositif pictural, comme souvent dans ce genre de création. Toutefois, La traversée souffre parfois de sa singularité au sein du paysage de la production animée française.

Florence Miailhe

La Traversée est le premier long-métrage de Florence Miailhe. Réalisatrice innovante dans le milieu du cinéma d’animation en France, elle réalise ses projets à base de peinture, sable, crayon ou pastel. Avec un style visuel aussi personnel, son travail s’est rapidement fait remarquer dans de nombreux festivals et a obtenu plusieurs prix : César du meilleur court-métrage en 2002 pour Au premier dimanche d’août, Mention spéciale au Festival de Cannes en 2006 pour Conte de Quartier, Cristal d’honneur au Festival international de film d’animation d’Annecy en 2015 pour l’ensemble de ses créations. La Traversée a déjà obtenu la Mention du jury à la dernière édition du Festival d’Annecy, le Prix du meilleur scénario au Festival premiers plans d’Angers en 2010 et a été lauréat de la Fondation Gan pour le cinéma en 2017 toujours pour son scénario.

Marie Desplechin

L’écriture du long-métrage est également co-dirigée par Marie Desplechin, romancière à succès dans le domaine du livre pour la jeunesse (Prix Tam-Tam et Jacques-Asklund pour Verte en 1996, Prix de la Semaine Paul Hurtmans pour La Prédiction de Nadia en 1997 ou Pépite du livre d’art au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil pour Mon Petit théâtre de Peau d’âne en 2011) comme pour les adultes (Prix Médicis essai avec Lydie Violet pour La vie sauve en 2005). Quelques ouvrages pour enfants de Desplechin figurent également dans la bibliothèque idéale du Centre National de la Littérature pour la jeunesse. Plusieurs de ses textes ont été adaptés en albums, au cinéma ou à la télévision comme Danbé, ayant obtenu le Prix du meilleur film au festival de la fiction TV de La Rochelle en 2014. Elle est également scénariste depuis 2001 avec Le Voyage en Arménie de Robert Guédiguian ou Sans moi d’Olivier Panchot d’après son propre roman. L’écrivaine a collaboré avec Florence Miailhe sur la plupart de ses créations. 

Avec une animation faite principalement de peinture capturée directement par l’œil de la caméra en passant par un recouvrement, Miailhe est habituée à travailler seule sur ses projets. Mais pour son premier long-métrage, l’envergure du travail était telle, que la réalisatrice a dû former une équipe autour d’elle : quinze animateurs dans trois studios différents sur trois pays différents (France, République Tchèque et Allemagne) pour une production qui a duré trois ans au total. 

Figure innovante dans le milieu de l’animation, Florence Miailhe promettait avec La Traversée de l’originalité dans sa forme, comme de l’intérêt dans son fond, au vu de la participation de Marie Desplechin à l’écriture et des nombreuses récompenses depuis 2010. Qu’en est-il du résultat ?  

Une narration aussi riche que son visuel

La Traversée met en scène le voyage vers la liberté de deux enfants, Kyona et Adriel, sœur et frère. Le duo cherche à rejoindre des lointains membres de la famille dans une zone géographique plus calme, après avoir perdu leurs parents lors d’un contrôle routier alors qu’ils quittaient leur village pillé. Le film montre alors un voyage initiatique de l’enfance à l’adolescence, en passant par de nombreuses embûches comme un groupe de trafiquants d’enfants, un couple tortionnaire, un cirque ambulant et une prison encastrée dans les montagnes. 

Afin de rendre l’intrigue la plus universelle possible, la réalisatrice joue à brouiller les différentes pistes d’interprétation possibles. Que ce soit avec une carte aux repères peu identifiables, avec des objets et costumes de différentes époques ou régions ou avec des climats météorologiques très variables, le cheminement des deux enfants semble aussi complexe et laborieux que le passage d’un enfant au monde des adultes. 

Toutefois, même si l’intrigue reste imprécise sur certains aspects, cette dernière est singulière et fondée sur du vécu tant elle est éprouvante. L’histoire du film s’inspire du vécu familial de la réalisatrice : les arrière-grands-parents de Miailhe ont fui Odessa en Ukraine au début du XXè siècle ainsi que sa mère et son grand frère pour gagner la zone libre en France en 1940. Tout ceci apporte un réalisme et une sensibilité aux  propos et comportements des personnages face à la traversée qu’ils doivent entreprendre au mépris de leurs oppresseurs.  La production met en avant la mémoire de plusieurs générations familiales de l’artiste en un road-movie, tout en gardant une certaine clarté et précision. 

Cette narration mélangeant vraisemblance et imaginaire est accentuée par l’apparition de nombreuses thématiques et contes folkloriques plus ou moins nuancés : les oiseaux comme une masse tyrannique à la manière d’Alfred Hitchcock, une sorcière similaire à une Baba Yaga, les gens du voyage avec l’univers du cirque, le merveilleux avec les frères Grimm (Hansel et Gretel ) ou Charles Perrault (Le Petit Poucet), le nazisme avec la tenue des différents tyrans rencontrés. Toutes ces nombreuses notions sont accueillies dans le récit et digérées par le spectateur avec bienveillance, notamment grâce à un enchaînement parfaitement maîtrisé. Tout en restant dans la nuance, ces propos offrent alors une lecture simple pour le jeune public mais également une plus réfléchie pour le public aguerri.

Un visuel débordant d’idées

Avec son premier long-métrage, Florence Miailhe mélange les différents moyens d’expression : peinture, dessin au crayon ou fusain, aquarelle,… Un mélange qui joue avec le spectateur en apparaissant quelquefois au sein même d’un même plan, rendant la perception visuelle du spectateur complexe, surtout quand un moyen d’expression cherche à simuler le résultat d’un autre. Majoritairement à la peinture, les images de la réalisatrice sont extrêmement intéressantes à observer par les différentes esthétiques présentées, entre formes synthétiques voire simplistes et très grand réalisme.

Chaque plan offre une idée visuelle, permettant au spectateur d’être stimulé constamment par les images qui se déroulent face à lui. Très souvent cette question émerge : comment l’artiste a réussi à rendre une ombre aussi transparente, une lumière aussi lumineuse ou un reflet dans l’eau aussi apaisant ? Des questionnements qui démontrent le talent de la réalisatrice. Avec une forme picturale et un univers narratif qui offrent aussi peu de réalisme à l’écran, un accès à l’œuvre peut être difficile pour le public. Toutefois, en innovant constamment, Miailhe fait en sorte que le spectateur ne puisse pas se lasser du dispositif particulier qu’il observe. 

En plus d’un jeu avec la technique de représentation, nous constatons également un jeu direct avec la représentation elle-même. Chaque séquence regorge de concepts ou pistes de réflexion. Ceci est perceptible dans la forme de quelques tyrans (sous la forme de monstres inhumains) ou la transformation d’un opposant à un allié (du loup sauvage au chien affectueux) pour ne donner que deux exemples. Par cette vision imprécise, l’intrigue nous rappelle qu’elle est présentée à travers les yeux d’une enfant. Une des plus magnifiques séquences de l’œuvre étant un mélange de réalisme et de contemplation lors d’un spectacle d’acrobaties sous un chapiteau. Miailhe n’a pas peur d’aller, au sein d’une histoire grave et sérieuse, dans une poésie lyrique jouant sur les formes. Des envolées qui ne sont jamais malvenues dans le long-métrage grâce au dispositif et à la narration.

Des impératifs de production trop voyants

Toutefois, malgré les grandes qualités du long-métrage, aussi bien narratives que visuelles, La Traversée souffre de quelques défauts liés, de près ou de loin, à l’écosystème de la production d’animation en France. 

Pour commencer, l’œuvre est, dans son ensemble, beaucoup moins impressionnante esthétiquement que les précédentes créations de Miailhe. Un résultat que nous pouvons expliquer par le passage d’une démarche expérimentale courte à un premier long-métrage devant s’acclimater au système classique de production. Avec une plus lourde équipe derrière le projet, nous observons un besoin d’homogénéiser la forme artistique pour obtenir un délai de création raisonnable. 

Avec cette idée précise, le film est passé de 24 images par seconde à 12. Un choix assumé par la réalisatrice face à un budget et un temps limités. La présence d’impératifs économiques est toujours intrinsèquement liée à l’œuvre cinématographique. Toutefois, le travail d’un auteur est de ruser pour que les impératifs ne soient pas néfastes (voire qu’ils s’adaptent) à la vision artistique du projet. En passant de 24 à 12 images, les mouvements sont beaucoup moins fluides, surtout à une époque où de plus en plus de grosses productions américaines expérimentent le 48 images par seconde. Par conséquent, plutôt que de s’attarder sur le mouvement, il est nécessaire au créateur de s’attarder sur la fixité du plan. C’est un élément très visible pour de nombreuses créations en stop-motion plus ou moins importantes. Un concept très bien compris par Miailhe mais avec toutefois quelques lacunes, notamment avec les moyens de locomotion aux mouvements très saccadés comme les voitures. Paradoxe de La Traversée, film qui traite avec son sujet du mouvement mais qui doit le limiter. 

PRAGUE, 26/03/2018. La réalisatrice française d’animation et artiste , Florence Miailhe, lors de la production de son long-métrage « La traversée » avec l’équipe tchèque. Produit par Les Films de l’Arlequin.

Toujours dans des problématiques économiques, la nature du public visé est une interrogation. Le film est confronté à sa volonté de parler en même temps à un public jeune et âgé. Plutôt que de faire le choix d’une vision limitée, La Traversée se veut universelle. Une volonté noble et envisageable mais qui ici apporte quelques fautes de goût à la création picturale. Un élément désagréable à mentionner : la voix-off. Apportant plus de singularité et d’honnêteté à l’œuvre (notamment car ce sont les paroles de la réalisatrice), l’élément extra-diégétique reste néanmoins trop présent, ne permettant pas au spectateur de se détacher de sa position d’observateur pour être transporté dans l’univers. En plus d’offrir une distanciation forte à son public, cette voix-off est beaucoup trop explicative. Elle appuie des propos déjà compréhensibles à l’écran ou en offre d’autres qui auraient pu apparaître plus efficacement par la mise en scène ou les dialogues. C’est une solution de facilité afin de s’assurer la compréhension de tous les publics, rendant l’œuvre plus sonore qu’audiovisuelle. Néanmoins, n’oublions pas que La Traversée n’est pas la première dans le paysage cinématographique français à utiliser cette solution.

Cependant, face à cette problématique du tout public, l’œuvre regorge d’idées pour y remédier. L’histoire est observée sous le point de vue d’une jeune fille, permettant de jouer sur la perception de la violence. Cachée dans un premier temps, elle devient de plus en plus crue au fur et à mesure de l’œuvre, dépeignant la fin  de l’enfance du personnage principal. Tout en jouant avec les différentes possibilités visuelles qu’offre la peinture, la réalisatrice réfléchit sa violence. Un abus de force complexe à insérer dans un film d’animation à l’aspect réaliste et proposé à partir de 11 ans pour des raisons de rentabilités financières. De nombreuses œuvres animées du même genre doivent faire ce choix, allant vers de l’inventivité dans la mise en scène avec J’ai perdu mon corps (Jérémy Clapin, 2019) ou une dissimulation très assumée avec Les hirondelles de Kaboul (Zabou Breitman & Eléa Gobbé-Mévellec, 2019). 

Avec ces quelques contraintes économiques prenant le pas sur l’artistique, La Traversée souffre de sa singularité dans le paysage cinématographique animé. Malgré cela, nous ne pouvons que nous satisfaire de ce genre de défaut, démontrant le caractère unique du premier long-métrage de Florence Miailhe. 

Le Sommet des Dieux : Un film à la hauteur du manga

Le Sommet des Dieux : Un film à la hauteur du manga

Pour sa première réalisation en solo, Patrick Imbert adapte le manga Le Sommet des Dieux de Jirô Taniguchi et Baku Yumemakura en un film d’animation innovant. Au sein d’un visuel 2D, nous observons un jeu entre simplicité pour les personnages et grande précision pour les décors, offrant une immensité toujours plus grande aux montagnes à gravir. Si dans un premier temps le long-métrage souffre de devoir adapter plus de 1500 pages en une heure et demi, l’œuvre se fluidifie dans un deuxième temps pour offrir ses meilleurs moments. 

Il y a 4 ans, Patrick Imbert coréalisait Le grand méchant renard et autres contes avec Benjamin Renner, auteur des bandes dessinées dont le film est l’adaptation. Reprenant le visuel de l’œuvre d’origine, soit des formes avec un aspect proche de l’esquisse au crayon et un mélange de couleurs très nuancé, l’esthétique du long-métrage s’apparentait fortement à l’adaptation cinématographique de 2012 des livres Ernest et Célestine (dont Benjamin Renner était déjà coréalisateur et Patrick Imbert directeur de la photographie). Le grand méchant renard et autres contes était une réussite narrative (notamment grâce à des dialogues savoureux) et visuelle (notamment grâce à une animation soignée à l’humour slapstick proche des dessins animés Looney Tunes et La bande à Picsou), permettant à l’œuvre d’obtenir le César du meilleur film d’animation en 2018 tout comme Ernest et Célestine en 2013. Toutefois, il est difficile d’observer le talent de Patrick Imbert dans le film. L’œuvre de 2017 est divisée en trois court-métrages : Un bébé à livrer, Le grand méchant renard, Il faut sauver Noël.  Le principal segment (le deuxième, comme le suppose le titre du film) est réalisé par Benjamin Renner. En plus de sauvegarder l’esthétique des BD fidèlement, Imbert s’occupait donc uniquement des deux parties mineures du long-métrage. 

Pour sa première réalisation en solo, Imbert adapte à nouveau une œuvre dessinée. Cette fois-ci, il s’agit du manga Le sommet des dieux de Jirō Taniguchi, adapté du roman du même titre de Baku Yumemakura. Publié entre 2000 et 2003, le manga met en scène le journaliste Fukamachi Makoto qui retrouve dans une boutique l’appareil photo de George Mallory. Derrière l’objet se cache peut-être la vérité sur la disparition de son propriétaire et d’Andrew Irvine, lors de la première  ascension du mont Everest en 1924. Une vérité qui pourrait bouleverser l’histoire de l’escalade himalayen. Dans son enquête, le journaliste rencontre Habu Jôji, célèbre alpiniste très mystérieux. La recherche de Makoto est ainsi un prétexte pour découvrir ce milieu très méconnu, son esprit de compétition, ses associations, ses sponsors, ses modes de vie, et surtout ses grandes prouesses physiques. L’œuvre dépeint de célèbres figures du milieu, en plus d’y ajouter des personnages fictifs. Entre une enquête qui souhaite s’effacer mais jamais totalement et de trop nombreuses

explications extradiégétiques, la narration de l’œuvre se distingue toutefois par la mise en place de grandes figures complexes, à l’image du personnage Habu Jôji. Si Le sommet des dieux réjouit dans le milieu du manga, c’est surtout pour ses dessins. Le travail d’adaptation effectué par Jirō Taniguchi en images fixes, met en scène des protagonistes avec relativement peu de détails dans de très grands espaces montagnards dépeints avec une extrême minutie. Le lecteur est alors en immersion totale. C’est en étant absorbé voire enivré par l’univers graphique de l’ouvrage que nous comprenons pourquoi Baku Yumemakura souhaitait avant tout le mangaka Jirō Taniguchi pour adapter son travail. Le roman graphique a déjà été l’objet d’une transposition dans un autre medium artistique, le live action en 2016 sous la supervision de Hideyuki Hirayama, mais jamais en film d’animation jusqu’à ce jour. 

Illustration du manga par Jirō Taniguchi

Après un premier travail d’adaptation réussi du texte de Yumemakura en images par Taniguchi, le renouvellement d’un tel exploit, cette fois-ci en film d’animation, se révèle complexe. Si avec Le grand méchant renard et autres contes, Patrick Imbert nous a déjà démontré ses capacités à adapter à l’écran une œuvre graphique avec succès, il s’agissait toutefois d’un tout autre registre. Que vaut la première création solo de Patrick Imbert ?

Adaptation, défauts inclus

Tout comme gravir l’Everest, adapter le manga Le sommet des dieux ayant environ 1500 pages au total en un film d’animation d’une heure et demi est une tâche ardue. Ce constat est visible dans les premières minutes du long-métrage d’Imbert. L’œuvre de Baku Yumemakura et Jirō Taniguchi se veut plus une découverte du milieu de l’escalade que la simple aventure d’un homme face à la montagne. Durant ses différents tomes, le roman graphique présente plusieurs époques, personnages et réflexions autour de ce milieu méconnu. Par conséquent, en l’adaptant en une courte création animée, Patrick Imbert (mais également Jean-Charles Ostoréro et Magali Pouzol) avait devant lui une épreuve complexe pour le scénario. Loin

de nous l’idée de faire un comparatif entre les événements du livre et ceux du film (ceci étant un travail fastidieux et plutôt inintéressant dans l’ensemble), mais le long-métrage prend évidemment beaucoup de raccourcis. Un constat qui se remarque dès le début dans la mise en scène de l’œuvre : rythme effréné, caractérisation des personnages très rapide, gravité des événements difficilement perceptible. Une situation qui offre alors moins de profondeur aux personnages, aux épreuves et aux enjeux de l’univers de Baku Yumemakura.

Loin d’être inintéressante ou superficielle, l’œuvre d’Imbert souffre de ce survol de la narration d’origine. Toutefois, la mission reste réussie dans l’ensemble. Si la suite d’éléments présentés rapidement peut rebuter certains grands amateurs du manga dans un premier temps, il faut reconnaître que l’ensemble est retranscrit avec réflexion et pertinence. Les choix d’adaptation sont cohérents et permettent à l’œuvre cinématographique de ne pas être indigeste. Conscient des éléments les plus importants du texte, Patrick Imbert se permet, dans sa frénésie introductive, de s’arrêter sur des moments-clés à ne pas négliger, comme les événements dramatiques avec le jeune Kishi Buntarô, construisant au passage la psychologie du personnage d’Habu Jôji. En calmant le grand rythme des premières scènes de l’œuvre, ces moments aident le spectateur à comprendre les enjeux principaux, tout en insérant des émotions au sein de la masse d’informations qu’introduit le long-métrage. 

Ayant un fort respect pour le manga, le film donne à son public les mêmes défauts. La création d’Imbert ne peut pas s’empêcher de surexpliquer son propos ou surprésenter ses protagonistes à travers la présence d’une voix-off. Un choix déjà problématique dans le livre graphique mais qui ici donne aux spectateurs plus de difficulté à se laisser pénétrer par l’univers montagnard. Creuser un peu plus la réflexion sur la mythologie des ascensions hivernales, afin de véritablement montrer un univers bien plus riche qu’une simple enquête journalistique, aurait été une plus-value au résultat final. Mais ce manque à gagner était encore une fois déjà perceptible dans l’œuvre de Taniguchi et Yumemakura. 

Ces quelques défauts, que nous venons de mettre en avant, ne sont finalement que le résultat d’un (trop ?) grand respect pour un matériel d’origine un peu trop riche dans le cadre d’une création animée d’une heure et demi.

Adaptation, qualités incluses

Si le travail de Taniguchi et Yumemakura apporte son lot de difficultés au film d’Imbert, il apporte bien évidemment également de nombreuses qualités. Pour commencer, le co-réalisateur de Le grand méchant renard et autres contes a eu la pertinence de ne pas bêtement transposer en animation les graphismes du manga, mais d’offrir un visuel véritablement innovant, tout en gardant les mêmes intentions derrière les croquis sur papier. Lorsque Jirō Taniguchi  a adapté à l’aube des années 2000 la création de Baku Yumemakura, le dessinateur souhaitait mettre en avant surtout les infranchissables montagnes enneigées. Les graphismes montrent ainsi une forte différence entre la simplicité des hommes ayant assez peu de détails, face à l’immensité de la nature devant eux ayant de nombreux détails. Tout ceci donnait l’atmosphère d’une quête de l’infini au lecteur. Cette perspective est très bien comprise par le réalisateur du

film d’animation. En mettant en place une 2D assez simple pour les personnages et très réaliste pour les décors, l’ampleur de l’univers resurgit. C’est encore plus notable car les personnages du film ont encore moins de caractéristiques visuelles que ceux du manga. Toutefois, même si le physique des protagonistes du long-métrage semble simpliste, un lourd travail est apporté pour leur donner malgré cela une large palette d’expressions humaines. Une solution qui rattrape quelques fois le manque de profondeur concernant l’intrigue. 

Un véritable moment de cinéma

Dans cette même volonté d’équilibre entre très grand respect pour le matériel d’origine et envie d’apporter sa touche personnelle et unique, Patrick Imbert se permet quelques envolées dans la seconde partie de son film. Cette dernière est la lutte sportive tant attendue de nos deux protagonistes principaux contre l’Everest. Après avoir mis en place tous les éléments permettant de comprendre les enjeux de cette ascension, la création animée prend de la hauteur et offre un véritable moment de cinéma. Moins perturbée par les éléments narratifs à installer, l’histoire se focalise enfin sur son

véritable sujet : la prouesse physique et irrationnelle des Hommes face à l’adversité. Avec un rythme plus lancinant, le film se concentre sur une ascension exceptionnelle plutôt que sur l’intrigue journalistique (pointée enfin par le réalisateur comme minime face à ces nouveaux enjeux). La narration se concentre beaucoup plus sur les sentiments et les efforts de ses protagonistes que sur les événements factuels du milieu de la montée sportive. Un changement d’axe difficile mais pourtant accompli avec maîtrise. Enchaînant événements éprouvants et visuels particulièrement novateurs, soulignés avec le travail musical d’Amine Bouhafa (déjà remarqué en 2015 avec le César de la meilleure musique pour Timbuktu), l’ensemble permet de rendre les exploits physiques des grimpeurs surhumains. Le dernier acte de la production aide le spectateur à oublier facilement l’introduction laborieuse de l’œuvre entre les nombreux protagonistes et faits présentés. Un rattrapage réussi par cette envie de montrer que la véritable lutte des personnages

n’est pas physique mais avant tout mentale. Un grand effort sur les sentiments est alors apporté, permettant de faire ressentir aux spectateurs la difficulté de tenir face à la solitude, la hauteur, le vide, ou tout simplement face aux conditions climatiques comme le vent, la neige et le froid. Patrick Imbert démontre par là que l’appel de la montagne est le sens de la vie pour certains (une révélation soulignée avec justesse lors d’une conversation  entre  Habu Jôji et Fukamachi Makoto). Les dialogues sont d’ailleurs plutôt rares dans la dernière partie du film, mais n’ont jamais été aussi maîtrisés et vecteurs de sens par rapport aux enjeux présentés. 

Malgré quelques défauts dû au matériel d’origine et grâce à de nombreuses qualités cinématographiques, la première œuvre solo de Patrick Imbert innove dans l’animation française. Si le lecteur se demande encore s’il doit voir l’œuvre Le Sommet des Dieux au cinéma, la réponse est la même que celle de la question posée dans le manga « Pourquoi des hommes grimpent depuis toujours en haut d’une montagne? » : Parce qu’elle est là. 

Baby Boss 2 : Une suite décomplexée à en oublier son concept

Baby Boss 2 : Une suite décomplexée à en oublier son concept

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Cette suite du film Baby Boss de 2017 a de nombreux défauts : une animation moins innovante que le premier opus, un ton général coincé entre l’intimiste et le spectaculaire, un antagoniste flou qui met en scène des enjeux incertains dans un scénario simpliste qui atténue le concept d’origine de la franchise plutôt que de le faire évoluer. Toutefois, ce nouveau volet offre un divertissement plus qu’honorable pour l’été avec sa multitude de gags dans un rythme effréné jamais désagréable.

527 965 936 dollars. C’est la somme qu’a rapporté le film Baby Boss dans le monde en 2017, soit 175 003 033 dollars aux Etats-Unis et 352 962 903 à l’international. En France, le film a totalisé le très beau score de 3 956 359 entrées. Avec un budget de production de 125 millions de dollars, le film est commercialement une réussite. Mais comment le long-métrage a-t-il réussi à obtenir un tel succès ?


Tout d’abord, avec un réalisateur confirmé, Tom McGrath, qui a fait ses preuves chez DreamWorks avec le film Megamind (2010) mais surtout avec la franchise ultra-lucrative Madagascar (2005, 2008, 2012). Ancien animateur, McGrath met en scène un humour absurde doublé d’un rythme très bien pensé. Son animation demeure toujours parfaitement fluide dans ses productions, malgré la prolifération de mouvements rapides des personnages. Le réalisateur à succès a beaucoup influencé ensuite les autres productions du studio créé par Steven Spielberg, Jeffrey Katzenberg et David Geffen en 1994.


Niveau scénario, Baby Boss narrait l’histoire de Ted Templeton, un bébé patron (pour le dire en français) en mission pour sauver l’amour familial sur Terre. Pour son aventure, il était secondé par son grand frère de 7 ans, Tim, ayant encore du mal à accepter la venue du nouvel enfant dans la famille. Si l’écriture n’offrait pas une grande originalité, elle était surtout sauvée par l’absurdité d’un bébé se comportant en directeur d’entreprise extrêmement méprisant.
Pour cela, le personnage était magnifiquement doublé par Alec Baldwin en VO, qui est habitué à ce type de rôle depuis quelques années : patron de la CIA dans la franchise Mission : Impossible depuis le 5ème volet, patron d’une unité spéciale dans Les Infiltrés de Scorsese, patron de la chaîne NBC dans la série 30 Rock pendant 7 ans…
Avec un concept simple (une mission, un bébé agent secret, un patron arrogant), pouvant donner lieu à de nombreuses intrigues, DreamWorks a vite exploité le filon, notamment avec une série d’animation pour Netflix, Baby Boss : les affaires reprennent. Avec déjà 4 saisons soit 49 épisodes au compteur, la série est surtout là pour prolonger l’univers du long-métrage, sans pour autant lui offrir une véritable nouvelle dimension. De plus, elle ne bénéficie pas des mêmes moyens que la production pour le grand écran (absence du réalisateur et des comédiens, animation moins travaillée,…), devenant alors un ersatz de l’œuvre de McGrath.


Quatre ans après le premier opus, Baby Boss 2 : une affaire de famille est enfin visible en salles avec la même équipe (cast, réal, prod). Une sortie qui se réalise après quelques déboires à cause de la pandémie de Covid-19 comme de nombreuses autres grosses productions en 2020-2021 (trois dates annoncées et une sortie mixée avec une diffusion sur plateforme). Dans la même idée que la série, ce nouvel opus suit l’intrigue posée par le film à succès de 2017.
Avec Baby Boss 2 – une affaire de famille, Tom McGrath cherche-t-il à faire innover sa franchise en place depuis 4 ans ou simplement la faire perdurer un peu plus ?

Baby Boss 2 : une affaire de famille
Copyright 2020 DreamWorks Animation LLC. All Rights Reserved.Film Baby Boss 2 : une affaire de famille

Baby Boss : Back to Business the Future 

La franchise se base sur un concept simple (le concept c’est le titre tout simplement). Un concept qui s’adapte plus à une suite de gags qu’à une narration complexe. Une constatation prise en compte par le premier opus en se focalisant plus sur les traits d’humour du bébé Ted ainsi que son acolyte et grand frère, que sur son histoire dans l’ensemble oubliable. Cependant, en mettant en place un deuxième volet, il est nécessaire de faire évoluer les personnages et l’univers, avec de nouveaux concepts, au risque de faire passer cette suite pour un objet artificiel présent plus pour l’argent que pour l’art. Malheureusement, Baby Boss 2 : une affaire de famille ne fait pas évoluer la famille Templeton. Toutefois, malgré ce lourd handicap, le film parvient à être plus divertissant que superficiel.


Ce nouvel opus nous fait croire à une véritable évolution dans ses premières minutes. Ted et Tim ont plus de 30 ans maintenant. Baby Boss est devenu un boss tout court et son frère est un père au foyer comblé. Sa fille Tina est maintenant la personne qui porte le costume. Le devoir appelle à nouveau BabyCorp. Un mystérieux individu, Dr. Erwin Armstrong, semble mettre en place un plan pour supprimer les parents. L’agence doit alors envoyer sur le terrain ses deux agents exceptionnels : les frères Templeton. Mais pour infiltrer une école, lieu maléfique du savant, il est préférable de retourner en enfance. Les deux adultes doivent boire un lait rajeunissant afin de redevenir un enfant de 7 ans et un bébé pour partir à l’aventure. Tout le problème du film est visible dans ce pitch. Loin d’être inintéressant, il rétropédale sur son semblant d’évolution perceptible en introduction pour resservir la même recette à succès du premier opus.

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L’animation du long-métrage est à l’image de ce problème. Pas désagréable à l’œil comme la série pour Netflix (avec son absence de détails, ses personnages limités dans les mouvements, ses formes peu travaillées,…), elle est identique à celle de 2017. L’idée n’est absolument pas d’offrir de la nouveauté avec les dernières possibilités numériques mais de refaire le visuel satisfaisant du premier volet. Même si le travail est très propre, nous nous attendions à quelques pistes en 4 ans d’intervalle (même si ce nombre d’années n’est pas non plus très important). Dans le premier volet, l’imagination du grand frère offrait des concepts animés innovants avec un mélange entre une 3D très travaillée et une 2D plus archaïque, des jeux de perspective et des assemblages de formes. Dans sa suite, quelques idées intéressantes du même genre sont présentes dès l’introduction du long-métrage. Des visuels qui bénéficient d’un nouveau point de vue maintenant que Tim est parent. Mais dès que l’aventure commence et que Tim redevient un enfant de 7 ans, cet aspect est vite oublié au profit d’une animation plus classique et sans prise de risque, comme la narration du long-métrage.


Plusieurs explications peuvent justifier cette animation. Pour commencer, avec la série, la franchise a une image très identifiable maintenant difficile à transformer. Ensuite, la série est supervisée également par DreamWorks (filiale télévision par contre). Depuis le film et la série, le studio a vraisemblablement un processus de fabrication très structuré et désormais difficile à bouleverser. Pour finir, le budget du premier volet était de 125 millions de dollars. Celui de sa suite est de 82, soit 43 millions de moins. Un tel écart ne démontre pas une volonté de donner les moyens à la franchise d’évoluer (les innovations demandant souvent un budget plus conséquent) mais plutôt de exploiter à moindre coût une licence bien en place. Nous l’avons observé avec le budget de la série Baby Boss : les affaires reprennent, amoindri à cause de sa cible plus restreinte, et son incidence significative sur la qualité visuelle de l’œuvre. Malgré un manque d’innovation dans l’animation, que nous avons le droit d’attendre avec une franchise bien installée maintenant, le film demeure très agréable à voir, surtout avec un budget bien moins conséquent. Une animation qui reste intéressante grâce aux nombreux gags dans l’histoire de la nouvelle création de Tom McGrath.

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Une suite DreamWorks Animation en 2021

Face à cette petite déception concernant le pitch et l’animation, cette suite se rattrape sur d’autres aspects. Tout d’abord, elle est généreuse envers son spectateur. Le film saute d’une idée à une autre sans s’arrêter. Que ce soit une blague, une réflexion ou une action, l’œuvre déborde d’envies. Une accumulation jamais écœurante, grâce à son réalisateur Tom McGrath, qui montre que même après 5 films pour le studio, son talent pour le débordement maîtrisé est toujours présent. Un débordement amplifié par le travail sonore de Steve Mazzaro et Hans Zimmer quasi-constant dans la production. À l’instar de la scène de course-poursuite pour arriver à l’école à temps (bien qu’un peu gratuite narrativement et trop en avant par rapport à la structure du film), la nouvelle aventure de Baby Boss profite de la moindre occasion pour divertir son spectateur grâce à une accumulation bien dosée d’idées visuelles et narratives. En outre, le film est dans l’ensemble drôle, par ses dialogues ou ses actions, visant un public enfantin par moments comme plus adulte par d’autres. De ce point de vue, le film fait le choix de la quantité plutôt que de la qualité, une piste pertinente par rapport à sa structure scénaristique fragile. Une solution identique au même problème que la création de 2017. 

Même si l’idée de départ pour le scénario n’est pas très originale, le metteur en scène réussit à la tenir jusqu’au bout et à surprendre de temps en temps son public comme avec l’école pour surdoués ou les nouveaux membres de la famille Templeton (la femme et les enfants de Tim, les grands-parents). De plus, l’histoire n’oublie pas les pistes ou personnalités déjà en avant dans le premier opus, en insérant quelques pastilles humoristiques dessus (que ce soit l’héritage sous la forme d’une statue de Ted chez BabyCorp ou la version adulte des enfants du film original). Toutefois, ce trop plein a également une grosse lacune : son incapacité à faire un choix entre les différentes pistes possibles. Une difficulté qui était déjà visible dans la suite de la franchise sur la famille pré-historique, Les Croods 2 : une nouvelle ère de Joel Crawford, un autre film DreamWorks sorti il y a quelques semaines au cinéma. Baby Boss 2 – une affaire de famille souhaite traiter trop de pistes en même temps. Voici les thématiques abordées dans cette suite (en vrac comme le long-métrage le fait) : la créativité face à la productibilité, la compétition dans le milieu scolaire, le manque de communication au sein d’une famille, le fait d’être accro aux nouvelles technologies, l’oubli de l’enfance dans le temps, la dureté du monde des adultes, la lutte des sexes au sein du milieu professionnel …

Le dosage entre ces propos reste dans l’ensemble correct, mais certaines idées intéressantes parasitent la cohérence globale du long-métrage. Prenons l’exemple d’une piste narrative importante dans la production : l’opportunité pour Ted, une fois redevenu enfant, de pouvoir aider sa fille à être plus créative, en se faisant passer pour un nouveau camarade de classe. La notion est aussi charmante et poétique que drôle, tout en rappelant le concept du premier volet de la trilogie culte de Zemeckis. Toutefois, la piste n’a pas vraiment sa place au sein de l’aventure des deux enfants contre le Dr. Erwin Armstrong (lui aussi présent pour mettre en place des idées plutôt qu’une personnalité cohérente). En essayant d’introduire une touche plus intimiste dans cette mission spectaculaire, le film n’obtient qu’un mélange laborieux entre des tons trop opposés. Conscient de cette réalité, la piste avec Tabitha Templeton est assez vite expédiée par le réalisateur et garde au final un aspect superficiel, en plus de son insertion bourrine dans le récit. Un regret car elle aurait pu mettre en avant plus d’émotion au sein de la production.

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Jeter le bébé avec l’eau du bain

Un dernier aspect problématique avec cette suite est son oubli concernant le concept à l’origine de la franchise. Baby Boss 2 – une affaire de famille ne met plus vraiment en scène un bébé patron. Même si le film nous rappelle l’idée par deux ou trois punchlines, toujours brillamment énoncées par Alec Baldwin, il met surtout en scène deux agents secrets au sein d’un nouveau milieu et face à un nouveau méchant. Encore une fois conscient de son concept assez faible, Tom McGrath semble l’effacer petit à petit. Même si le résultat est loin d’être inintéressant, cette suite devient alors assez anecdotique en supprimant son sujet original, qui a pourtant réussi à se démarquer en 2017 en explosant le box-office mondial. 

Baby Boss 2 : une affaire de famille
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Une déception car, tout en restant sur son concept à succès, le film propose des idées intéressantes comme le personnage de Baby Boss version féminine : Tina Timpleton. Mise en avant dans la promo du long-métrage comme équivalente au patron présent pour le premier volet, elle est finalement très secondaire par rapport aux deux héros. C’est un petit échec car l’œuvre pouvait aborder, via le personnage, la place de la femme dans un lieu professionnel dans un contexte post me too.

C’aurait été une approche actuelle et possible à mettre en scène pour un jeune public, l’œuvre de 2017 ayant déjà souligné les rapports de pouvoir absurdes dans le milieu de l’emploi. De plus, avec un saut de 30 ans, le nouvel opus avait un boulevard devant lui pour présenter une réflexion profonde chez ses protagonistes principaux, par rapport aux événements du premier volet. Par exemple, une mission similaire à la première œuvre mais exclusivement féminine cette fois-ci, avec le duo Tina/ Tabitha en espionnes et le duo Tim/Ted en faire-valoir expérimentés. Une idée permettant de mettre en avant une nouvelle réflexion sur le monde du travail avec cette touche féminine, des nouveaux personnages réellement mis en avant et un nouveau regard sur la franchise. Un mimétisme voulu par le réalisateur quand nous observons les deux âges des sœurs, identiques à ceux des frères dans le premier film. Cette piste est d’ailleurs esquissée dans la conclusion du long-métrage, mais encore une fois elle manque de temps elle aussi. Peut-être pour un troisième volet ?  

Assez décomplexé et loin d’être une suite insipide et honteuse pilotée par des financiers en costume cherchant avant tout de la rentabilité, à l’image de la caricature que représente le personnage du bébé patron, Baby Boss 2 : une affaire de famille est un bon divertissement pour l’été.

Critique du film Vivo – Un film récréatif à la structure trop classique

Critique du film Vivo – Un film récréatif à la structure trop classique

Vivo amuse avec ses personnages, son intrigue et son animation. Néanmoins, le long-métrage est enfermé dans sa structure classique aux péripéties calibrées. De plus, avec ses propos graves et sérieux, le film n’est jamais aussi léger et divertissant qu’il souhaiterait l’être. Une petite déception quand on connait le travail des personnes derrière le projet, notamment Kirk DeMicco et Lin-Manuel Miranda.

Après avoir joué le jeu des chaises musicales concernant une date de sortie en salles (le 18 décembre 2020 puis le 6 novembre 2020 puis le 16 avril 2021 puis le 4 juin 2021), Vivo tente la sortie sur plateforme face à l’impossibilité de diffuser correctement le long-métrage sur grand écran avec la pandémie du Covid-19. Troisième grosse production de Sony Pictures Animation à aller cette année sur Netflix après Les Mitchell contre les Machines et Le Dragon-Génie, le film est disponible depuis le 6 août 2021.  

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Vivo est la nouvelle création de Kirk DeMicco, co-réalisateur du premier film de la franchise Les Croods et responsable du scénario pour le deuxième volet, laissant à Joel Crawford la mise en scène. Le long-métrage sur la famille historique était la deuxième production du réalisateur après avoir fait en solo  Les Chimpanzés de l’espace en 2008. Avec sa dernière œuvre, DeMicco continue de mettre en scène la figure du singe, après avoir découvert l’espace dans son premier film et être un animal de compagnie durant la préhistoire dans son second. Pour son troisième projet, Vivo n’est pas vraiment un singe mais plus spécifiquement un kinkajou, mélange du raton laveur et du panda roux. Cependant, la nature de l’animal est utilisée comme un ressort comique, pour finalement le caractériser comme un petit primate. La particularité de la petite bête est d’aimer la musique, permettant alors au long-métrage d’y insérer quelques mélodies. Avec ce sujet central, le film bénéficie alors de l’aide de Lin-Manuel Miranda à l’enregistrement sonore.

Lin-Manuel Miranda est, depuis 5 ans, une personnalité de plus en plus importante dans le milieu du divertissement américain. Révélé par ses deux comédies musicales pour Broadway, In the Heights et Hamilton, Miranda enchaîne depuis 2015 les projets hollywoodiens structurés autour de la musique, qu’il supervise en même temps : Vaiana – La légende du bout du monde en 2016 de Ron Clements et John Musker, Le Retour de Mary Poppins en 2018 de Rob Marshall et l’adaptation en film pour la Warner de sa comédie musicale In the Heights il y a quelques mois, réalisée par Jon M. Chu. Ce boulimique du travail n’est pas prêt de s’arrêter, il a d’ici fin 2022 trois autres projets importants : la responsabilité des chansons du prochain film d’animation Disney Encanto, la réalisation du film musical Tick, Tick… Boom! pour Netflix et la participation à la production du nouveau remake en prise de vues réelles de La Petite Sirène, toujours pour Disney. 

Vivo s’offre une distribution très prestigieuse entre Zoe Saldana (Nyota Uhura dans la franchise Star Trek, Neytiri dans Avatar, Gamora dans les deux opus Les Gardiens de la Galaxie), Brian Tyree Henry (Paper Boi dans la série FX Atlanta), Michael Rooker (Merle Dixon dans la série AMC The Walking Dead, Yondu également dans les deux Gardiens de la Galaxie) et bien sûr, pour doubler le petit singe, Lin-Manuel Miranda lui-même. 

Avec autant de personnalités talentueuses issues du cinéma et de la télévision, que vaut ce film d’animation centré sur la musique qui sort quelques mois seulement après la mise en ligne de Soul sur Disney+, traitant du même thème ? 

Un scénario qui accumule les problèmes

Avant d’aborder ses qualités, mettons en avant le grand problème du nouveau long métrage de Kirk DeMicco : son scénario. Vivo raconte l’histoire d’un kinkajou amateur de musique. L’animal vit à Cuba avec son maître Andrés. Bien que très heureux avec son petit singe, ce dernier vit avec le regret de ne jamais avoir avoué à son premier amour, Marta, ce qu’il avait sur le cœur, le jour où cette dernière est partie pour Miami afin de développer sa carrière. Un jour, Andrés reçoit une invitation de Martha pour son dernier concert avant de prendre sa retraite. Fou de joie, il y voit la possibilité de réparer son erreur de jeunesse. Malheureusement, le vieil homme décède la nuit précédant son départ. Vivo, encore très affecté par cette disparition, décide de transmettre à Martha la chanson d’amour écrite par son maître à la chanteuse. Le voyage ne sera pas de tout repos quand Gabi, petit nièce d’Andrés, va s’inviter au voyage. 

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Construit sur la structure du road-movie, tout en y insérant des passages musicaux, le scénario est amusant et émouvant. Malheureusement, trois éléments d’écriture rendent l’histoire très indigeste à suivre. 

Premièrement, les dialogues sont sur-explicatifs à un très haut niveau. Ne laissant jamais de zones d’ombre ou notions à découvrir petit à petit, nous observons une intrigue ne souhaitant absolument pas perdre le spectateur en cours de route. Tout public, l’histoire demeure facilement compréhensible, même pour les plus jeunes. Avoir une multitude de flash-back pour expliquer les enjeux d’une scène ou des personnages se parlant à eux-mêmes (tous sans exception) afin de toujours mettre en avant les émotions ressenties n’étaient vraiment pas nécessaires pour clarifier cette aventure au public. Tout cela alourdit énormément l’écriture, sans parler des numéros musicaux qui remettent une couche d’explications, au cas où le voyage du duo nous aurait perdu…  

Deuxièmement, chaque péripétie rencontrée par le petit singe et la jeune fille est superficielle. Devant cette structure de road-movie, il nous semblait prévisible de voir deux personnages faire la route ensemble entre Cuba et Miami, en apprenant à mieux se connaître et en rencontrant des difficultés dans leur quête. Cependant, l’œuvre ne fait pas ce choix. Vivo et Gabi se retrouvent à Miami en moins de 30 minutes du long-métrage sans aucune difficulté. Par conséquent, l’écriture n’a pas un autre choix qu’inventer des péripéties assez faibles, dans le but de retarder le dénouement final. Nous rencontrons alors un serpent amateur de silence, deux spatules (l’oiseau, pas l’ustensile de cuisine) ayant des difficultés à déclarer leur amour et trois scoutes souhaitant libérer et vacciner le singe. Tous ces rebondissements sont assez vains et faciles à résoudre, ce qui rend l’aventure beaucoup moins spectaculaire et inoubliable. 

Troisièmement, l’intrigue reste dans l’ensemble extrêmement calibrée par rapport aux codes du road-movie. En plus des enjeux sur-expliqués et des péripéties peu pertinentes, il est très difficile d’être surpris par les pistes du long-métrage et notamment du dernier acte assez convenu. Les rares pistes innovantes abordées dans le long-métrage, comme l’entente entre les deux personnages principaux par la musique, ne sont pas assez exploitées pour surprendre le spectateur.   

Quelques idées sonores et visuelles

Toutefois, Vivo est réussi sur d’autres points. L’animation, bien que très familière par rapport aux standards de gros studios américains, innove sur certains aspects. Pour commencer, elle offre des personnages moins réalistes qu’à l’accoutumé, en appuyant notamment grossièrement sur les formes, présentant alors les protagonistes comme imparfaits. Ensuite, un travail est fourni sur les décors du long-métrage, n’ayant jamais peur de faire apparaître une dissonance dans la cohésion de l’univers en place. La Havane se pare de tons très pastel, les Everglades restent dans des couleurs très sombres et Miami se présente avec des couleurs de néons très flashy. À l’image de la tenue du personnage féminin principal, le film ose l’harmonie dans l’excès. Lors de ses passages musicaux, Vivo passe quelquefois d’une animation 3D à une 2D, jouant alors sur la perspective en se permettant d’aller vers un aspect moins vraisemblable, offrant un bel aspect lyrique à chaque scène. Même si les scènes rappellent très fortement Soul de Pete Docter et Kemp Powers, en plus d’apparaître d’une manière très attendue dès que la chansonnette retentit, des prises de risque sont toujours bienvenues dans un film aussi codifié… En outre, la nouvelle création de DeMicco met en scène un panel de sons divers. Entre la traditionnelle simplicité de la musique de Vivo et la modernité des instruments électroniques de Gabi,  le film permet au moins de faire voyager son spectateur musicalement.  La meilleure séquence du long-métrage étant la présentation de la jeune fille avec sa musique terrifiante pour le petit singe. 

Le film impersonnel de DeMicco et Miranda

Cependant, malgré ces quelques innovations visuelles et sonores, Vivo reste assez semblable à de nombreux autres films d’animation déjà vus. Les éléments novateurs n’arrivent pas à effacer les problèmes d’écriture. Sans être à aucun moment détestable, le film manque cruellement d’originalité (voire d’âme), un constat perceptible tout d’abord par une absence d’émotion. Devant les nombreux thèmes tragiques mis en avant dans la production (Gabi et son problème de sociabilité, la mort d’Andrés pour Vivo, les regrets de jeunesse de Martha, les difficultés de la mère de Gabi à éduquer sa fille sans son mari,…), la mise en scène souhaite surtout les expédier rapidement. Comme si l’œuvre voulait avant tout n’être que divertissante et rassurante. Une envie compréhensible mais impossible avec les sujets abordés, cachés ou non. De plus, face à cette volonté de légèreté, Kirk DeMicco nous offre très peu d’éléments comiques dans sa création. Un aspect assez intriguant après deux réalisations portées essentiellement sur le rire (surtout Les Chimpanzés de l’espace). Pour finir, sans être dissonant, le travail musical de Lin-Manuel Miranda n’est en rien exceptionnel. Harmonieuses et rythmées, ses chansons ne permettent pas au spectateur de s’émouvoir facilement. Nous sommes très loin de son exécution parfaite pour Disney avec Vaiana. Un bilan surprenant quand nous observons dans Vivo certains thèmes importants pour le mélomane comme la culture de l’Amérique latine. Toutefois, un rendu sonore moins séduisant qu’attendu était déjà perceptible dans la précédente production cinématographique de Miranda, à savoir l’adaptation de sa comédie musicale à Broadway In The Heights.   

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La parenthèse enchantée du studio Sony Pictures Animation reste sympathique à l’œil et à l’oreille. Mais sa précédente création pour la plateforme Netflix sous la forme d’un road-movie, Les Mitchell contre les machines, était beaucoup plus aboutie avec son ton véritablement décontracté. Toutefois, bien que léger et peu pertinent, Vivo réussit à mettre la musique au cœur de son intrigue avec moins de difficultés que l’avant-dernière production de Pixar, Soul.  De quoi redonner la banane !

Critique du film Space Jam – Nouvelle Ère Un très sage remake contemporain

Critique du film Space Jam – Nouvelle Ère Un très sage remake contemporain

Note film space jam

Dans la même veine que le premier opus de 1996, Space Jam – Nouvelle ère divertit par son côté grosse production décomplexée. Mais entre des Tunes trop sages et un LeBron coincé dans une histoire familiale très classique, le studio Warner n’oublie pas de rappeler qu’il reste avant tout la véritable et unique star du show. 

En 1996, Space Jam de Joe Pytka sortait au cinéma. Mettant en scène un match de basketball avec le plus grand joueur de l’époque Michael Jordan et les Looney Tunes, le film fut un énorme succès commercial (plus de 250 millions de dollars pour 80 de budget, des goodies, des partenariats avec de grandes marques,…). Sur une idée de l’agent du basketteur, après avoir vu le succès de quelques petits spots publicitaires entre le joueur et les personnages de la Warner Bros, Space Jam est devenu avec le temps une œuvre culte de la fin des années 1990. Malgré une animation bâclée et un scénario incohérent, le film avait rapidement obtenu la sympathie du public grâce à son ton décomplexé (blagues méta et clins d’œil aux dessins animés) et ses guests surprises (Bill Murray et d’autres sportifs célèbres du moment), sans oublier son pitch aussi amusant qu’original. 

affiche Space Jam 1996
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Face au succès de Space Jam, une suite fut aussitôt en construction. Un premier projet rappelant Michael Jordan dans son rôle, et Joe Pytka à la réalisation, a été très vite annulé par le basketteur. Ensuite se succèdent pendant de nombreuses années plusieurs idées comme Spy Jam porté par Jackie Chan avec des arts martiaux à la place du basket ou Race Jam dans le milieu des courses automobiles avec le pilote Jeff Gordon. D’autres pistes sont explorées avec le golfeur Tiger Woods, puis le skateboarder Tony Hawk. Cependant, le résultat au box-office du film Les Looney Tunes passent à l’action de Joe Dante ne rassure pas le studio qui fait disparaître le projet d’un nouveau volet. 

Mais à Hollywood rien n’est jamais enterré définitivement, Warner Bros annonce donc en février 2014 la mise en chantier de la suite du film de 1996. Restant finalement sur le terrain familier du basketball, le joueur des Lakers LeBron James est annoncé pour remplacer Michael Jordan. Bien que ce dernier reste toujours le plus célèbre joueur de basket de tous les temps (il suffit d’observer le succès en 2020 de la série documentaire de Netflix/ESPN The Last Dance pour voir que la popularité de Jordan n’est pas prête de disparaître), le studio a choisi la fraîcheur de LeBron pour succéder au sportif des Bulls de Chicago après avoir vu sa performance au cinéma dans la comédie de Judd Apatow, Crazy Amy.  

Après le départ de Terence Nance au début du tournage pour « divergences créatives », Malcolm D. Lee (un habitué des suites avec Scary Movie 5 en 2013, The Best Man Holiday aussi en 2013 et Barbershop 3 en 2016) réalise alors ce nouvel opus intitulé Space Jam – Nouvelle Ère (pour nous faire comprendre subtilement que ce n’est pas vraiment une suite mais plutôt un reboot) qui sort aujourd’hui au cinéma. Production légère et divertissante comme le film de 1996 ou création sans idées à part celle d’exploiter la licence toujours lucrative des Looney Tunes, quel est le résultat de ce nouveau match ? 

Un nouveau joueur entre sur le terrain 

La grande nouveauté du film par rapport à son précédent opus est la présence de LeBron James sur le terrain, succédant 25 ans plus tard à Michael Jordan. Si le film de Joe Pytka se reposait surtout sur la célébrité de son joueur professionnel pour faire avancer l’histoire, le second volet choisit  d’insérer une véritable trame narrative à son basketteur vedette. Un choix qui peut aussi s’expliquer par le fait que James est une icône médiatique moins célèbre que Jordan, surtout hors Etats-Unis, pouvant rendre l’exploitation à l’international plus complexe.

LeBron et Titi
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Space Jam – Nouvelle Ère raconte l’histoire d’une IA maléfique, Al-G Rhythm (Don Cheadle), qui travaille dans un espace virtuel pour la Warner. Après s’être sentie insultée par le refus de LeBron James de participer à son projet, car il ne trouve aucun intérêt à y associer son image, l’IA décide de l’envoyer avec son fils au cœur du processeur. Pour en sortir, il devra le vaincre à un match de basket. Al-G Rhythm va rapidement se rendre compte de l’intérêt de garder le fils du joueur de la NBA proche de lui. Effectivement, le jeune homme est un passionné de technologie. Un intérêt que ne comprend pas son père, qui ne souhaite le voir qu’en futur grand joueur tout comme lui. Contrairement au film de 1996, cette fois-ci, ce sont les Tunes qui vont venir aider la célébrité plutôt que l’inverse. Le match devient alors une excuse pour offrir une confrontation familiale entre deux générations qui ne se comprennent plus. 

Si nous choisissons de présenter cette trame narrative d’une manière aussi précise, c’est qu’elle reste avant tout le véritable sujet du film (et non les Tunes). Ces derniers n’arrivent qu’au bout de 25 minutes du long-métrage. Bien que le film tente d’introduire des enjeux pour les mascottes de la Warner (surtout pour Bugs Bunny), elles ne prendront jamais le pas sur le différend des James. Si nous pouvons comprendre la difficulté de présenter une histoire solide centrée sur les Tunes, nous étions loin de nous douter que celle du basketteur serait aussi présente. Même si l’ajout de profondeur n’est jamais inintéressant dans une grosse production tout public américaine, nous attendons surtout du film un divertissement autour d’une star mondiale et de héros de l’animation. Avec cette volonté d’insérer un drame familial au sein de l’œuvre, le résultat est une écriture lourde et pleine de défauts : des actes très prévisibles, des dialogues creux, une morale très niaise, des retournements de situation superficiels,… La narration du film rend l’œuvre extrêmement classique et longue, un comble pour une production qui cherche avant tout à n’être que divertissante. Même la folie toonesque n’y fait rien pour rendre le résultat plus imprévisible et loufoque. 

LeBron ballon de basket
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La version upgradée des Looney Tunes

Abordons maintenant l’esthétique du film. Space Jam – Nouvelle Ère propose trois visuels : de la prise de vues réelles (premier acte du film), de l’animation 2D (deuxième acte) et un mélange prise de vues réelles/animation 3D (troisième acte). Passons rapidement sur la première catégorie qui n’est utilisée que pour présenter l’intrigue banale de LeBron James d’une manière extrêmement conventionnelle pour nous focaliser sur l’animation du long-métrage. 

LeBron en 2D
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Avant l’affrontement final sur le terrain de basket, le recrutement et l’entraînement des personnages du film se déroulent en une animation 2D très fidèle à celle des Looney Tunes que nous avons découvert dès les années 1940. Si en 80 ans le design des protagonistes a un peu évolué, le long-métrage de Malcolm D. Lee n’offre lui aucune nouvelle idée visuelle. Les seules améliorations notables se jouent sur la vivacité des couleurs et la fluidité des mouvements, en plus de nous présenter LeBron dans la même esthétique 2D, afin de faciliter ses échanges avec Bugs Bunny et sa bande. Si nous regrettons le peu de nouveauté en 2D (l’idée étant surtout de rester fidèle), c’est avant tout parce que le travail de l’équipe technique était focalisé sur la 3D, acte ultime du long métrage. 

Les personnages expressions
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Transformer en 3D avec extrêmement de détails de célèbres franchises animées, connues principalement en 2D, est la grande idée actuelle afin d’innover superficiellement. Avec Space Jam – Nouvelle Ère, c’est au tour des Looney d’y passer. La transformation est extrêmement travaillée au niveau de la texture, un accomplissement qui reste très agréable pour les yeux. Mettons toutefois un petit bémol sur le faciès des personnages bourré de défauts (le strabisme de Lola Bunny, les grimaces étranges de Bugs,…), rappelant que le passage de la 2D à la 3D n’est pas uniquement qu’une question de formes. 

Nous pouvons également nous attrister de voir, finalement ici aussi, un visuel très fidèle à l’esthétique des Tunes déjà en place avec la 2D. Le but est de ne surtout pas prendre le risque d’innover même un peu le design des mascottes. La réaction du public face au premier design de Sonic en 2020 ou de Bob l’éponge et sa bande en 2015 ont définitivement coupé les envies des studios de proposer quelque chose de nouveau dans ce domaine.  

Concernant l’humour propre des Tunes, soit une violence absurde ultra forte tout en restant toujours très enfantine et malicieuse, il reste peu exploité dans ce long-métrage. Jamais mauvais, il semble néanmoins très sage, à l’image du personnage de LeBron James qui demande constamment à ses nouveaux amis de jouer au basket d’une manière réaliste et sans folie. Nous observons la bande de Bugs sans déplaisir, mais nous devons avouer qu’elle ne détonne jamais réellement. La meilleure scène des Tunes restera la séance d’entraînement dans le vaisseau qui mélange idées loufoques et rythme effréné sans jamais être illisible. Même si la créativité des personnages reste retenue, elle demeure toujours au-dessus d’un bon nombre de blagues ratées venant des autres protagonistes du film, comme les deux présentateurs du match. 

La véritable déception de cette nouvelle version animée est surtout de ne pas proposer beaucoup de nouveaux gags, pourtant possibles avec ce nouveau format, mais de se rattacher à l’humour cartoonesque classique des célèbres personnages. Nous pouvons également regretter de ne pas avoir un jeu entre les différentes animations mais plutôt des parties bien distinctes, à l’instar du scénario du film très structuré en actes. Cette version upgradée n’apporte finalement aucune évolution à la franchise des Looney Tunes, à part nous rappeler qu’elle appartient à la Warner. 

Bugs qui fait la grimace
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Quel est le nom du studio derrière le projet déjà ? 

Waner Bros

La véritable nouveauté du long-métrage est finalement de présenter les Tunes comme une franchise Warner, une idée qui s’oriente vers de l’humour méta, un genre comique très populaire au cinéma en ce moment (la franchise Deadpool, les films Lego, la série Community,…). Le concept apporte alors de nombreux gags amusants comme faire apparaître les Looney dans d’autres créations populaires de la Warner ou montrer des protagonistes connus du groupe dans les gradins du match de basket (le film ne dira jamais s’ils sont des PNJ ou les véritables personnages des franchises afin d’éviter la comparaison avec Ready Player One). Par cette conception, le studio démontre également à son public l’omniprésence de son image par rapport aux autres studios américains, tout en surfant sur les modes actuelles (les plateformes de jeux en ligne, Fortnite, la VR, les services de streaming,…)  sans les mépriser, comme le faisait Tom & Jerry (2021, Tim Story), précédente production de Warner dans le même genre.  

Néanmoins, même si l’exercice amuse, nous pouvons y percevoir une pointe de cynisme, visible par trois éléments. 

Premièrement, le choix des franchises n’est absolument pas fait au hasard. Nous observons surtout des clins d’œil pour des franchises ayant une prochaine sortie sur HBO Max ou au cinéma : Mémé dans Matrix à quelques mois de la présentation du quatrième volet de la saga, Bip-Bip et Coyote dans Mad Max : Fury Road en attendant le long-métrage spin-off sur Furiosa, Charlie le coq déguisé en Daenerys pour rappeler les nombreuses séries Game of Thrones qui approchent. Nous sommes tellement dans le teasing constant que nous sommes presque étonnés de ne pas avoir un petit bonus sur Dune, prochain gros blockbuster très attendu du groupe. Un petit sourire également au passage de Sam le pirate dans Casablanca, pour ne pas oublier que Warner est un acteur historique du 7ème art. 

Deuxièmement, les créations choisies ne sont que des franchises très aimées et jamais parodiées, le but étant de ne surtout pas les désacraliser. Prenons l’exemple de la Justice League qui n’est présentée que via les séries animées classiques et les films de Patty Jenkins, productions beaucoup plus appréciées d’une manière générale que celles de Zack Snyder ou David Ayer. 

Troisièmement, nous remarquons surtout des choix qui sont le résultat de négociations avec les détenteurs des accords d’utilisation des œuvres. Si vous vous demandez pourquoi la scène de Lola Bunny à Themyscira est en animation ou pourquoi les Tunes se déguisent en personnages célèbres plutôt que de converser avec eux, c’est avant tout parce que les acteurs qui interprètent les héros ou les droits d’images des films étaient trop chers. Si la présence des Tunes met du temps à arriver dans le long-métrage, au profit de longues scènes avec LeBron James et sa famille, c’est aussi parce que c’est moins long et coûteux à produire. Si ce n’est que lors du match final que nous observons les Looney en 3D, c’est toujours une question d’argent. Pour conclure, tout ceci reste assez calculé et limite grandement l’interaction folle des Tunes avec les autres univers du groupe. 

décor match de basket
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Remake version 2021 du film de Pytka, Space Jam – Nouvelle Ère n’offre pas plus qu’une animation sans grande nouveauté, une dramaturgie lourde autour de la star LeBron James et un zapping frénétique utilisé comme une bande-annonce géante des prochaines productions de la Warner. Un peu plus d’originalité dans ce divertissement était attendue, un état général qui rappelle au public l’absence de prises de risques de nos jours sur les grosses cartouches des puissants studios américains, cherchant plus à se rentabiliser qu’à innover. Nous pouvons espérer, avec le succès en salles actuellement aux Etats-Unis de Space Jam – Nouvelle ère, que Warner soit rassuré afin d’avoir envie, lors d’un éventuel troisième volet, de se diriger vers un univers plus inédit. Parmi les projets évoqués dans le cas d’une suite, celui avec Dwayne Johnson sort du lot, The Rock a déjà démontré plus d’une fois dans ses films être extrêmement à l’aise avec l’autodérision. Cet opus se déroulerait dans le milieu  très superficiel et encore assez peu exploité au cinéma du catch, un endroit parfait pour les absurdes violences cartoonesques des Looney Tunes .

Mamie Looney Tunes et son Martini
Critique : Les Croods 2 – Un second volet qui a de la suite dans les idées

Critique : Les Croods 2 – Un second volet qui a de la suite dans les idées

Note : 3/5 ★★★☆☆

Loin d’un échec artistique, comme on aurait pu le supposer en raison de la production chaotique du film, Les Croods 2 : Une nouvelle ère s’inscrit dans la continuité du précédent opus divertissant, drôle et rythmé. Néanmoins, contrairement au premier volet de la franchise, cette suite manque d’une véritable ligne directrice, permettant de faire évoluer réellement notre famille préhistorique, tout en donnant un authentique intérêt artistique plutôt que commercial à ce second film.

Huit ans après le premier volet, les Croods reviennent pour une nouvelle aventure. À la suite des événements du premier film, notre famille recherche maintenant un lieu paisible où se reposer. Durant cette recherche, Eep et son copain Guy commencent à vouloir de plus en plus s’émanciper du reste de la famille, une volonté que ne supporte pas Grug, le père d’Eep et chef du clan. Cependant, cette divergence d’opinion va être remise en question lorsque les Croods vont découvrir un autre groupe d’individus plus évolués qu’eux, les Betterman. Ces derniers, en plus d’être des connaissances de Guy, semblent habiter dans un endroit paradisiaque. Alors qu’une menace rôde autour de ce nouveau lieu, cette rencontre entre les deux clans risque de faire des étincelles.  

Un développement qui date de la préhistoire

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Avant de s’intéresser à cette suite, il est important de se rappeler les nombreuses difficultés qu’a rencontré le film de Dreamworks avant de sortir enfin en salles. La suite des Croods est annoncée rapidement en avril 2013, avec le retour de Chris Sanders et Kirk DeMicco à la réalisation et au scénario, à la suite du succès commercial du premier volet. C’est en juin 2014 que le film présente comme date de sortie le 3 novembre 2017, la première d’une longue liste.

Effectivement, en août 2016, le film disparaît du calendrier des sorties de la 20th Century Fox, face au rachat du studio par le groupe Comcast. Une diffusion en salles par Universal Pictures (filiale de Comcast) est alors évoquée pour le courant 2018. De plus, il est annoncé à cette période, une réécriture du scénario par Dan et Kevin Hageman, le travail de Kirk De Micco et Chris Sanders ne convenait pas au studio. Au total, 6 personnes seront annoncées au scénario. En novembre 2016, le film est annulé après des doutes exprimés par Dreamworks quant à l’intérêt du projet, doutes déjà présents avant le rachat du studio. Toutefois, le film est reconfirmé en septembre 2017 pour une sortie en septembre 2020, avec un changement au niveau de la réalisation. Pour finir, en octobre 2017, Joel Crawford est annoncé à la réalisation, en plus d’un changement des producteurs derrière le film, présents néanmoins depuis le premier volet.  Notons aussi que le budget de cette suite est de 65 millions au total, alors que le premier opus présentait un budget entre 135 et 175 millions. 

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Après cette promenade de santé au niveau de la production, le film doit faire face à une nouvelle difficulté lors de sa sortie : l’épidémie du Covid-19.  Face à cette situation,  le studio décide alors de sortir le film aux États-Unis le 25 novembre 2020, puis rapidement en vidéo à la demande le jour de Noël, afin de profiter des vacances de fin d’année. Une stratégie risquée face au contexte sanitaire, mais cohérente avec un terrain dégagé de films familiaux de la part des autres studios américains au moment de la sortie (notons cependant la sortie sur Disney+ le 25 décembre également du dernier film Pixar, Soul, qui contrairement à notre famille préhistorique, n’a pas eu de diffusion en salles avant sa sortie SVOD). En France, la sortie du film était prévue pour le 2 décembre 2020, avant d’être repoussée au 23 décembre 2020, puis au 27 janvier 2021, puis au 7 avril 2021 pour profiter des vacances de Pâques, pour finalement s’arrêter sur la date du 7 juillet 2021 pendant les grandes vacances d’été.  

Après ces 8 années de péripéties, Les Croods 2 est-il à la hauteur de cette attente ou est-il une nouvelle production américaine qui cherche désespérément à profiter d’un précédent succès (en plus de créer au passage une franchise, avec toutes les difficultés qui peuvent aller avec, comme celle d’une production chaotique que le film coche déjà) ?  

Une évolution défectueuse

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Pour commencer, précisons que le film n’est pas une catastrophe comme on pouvait le penser à cause de sa création difficile. Néanmoins, il n’arrive pas à la hauteur du premier volet. N’oublions pas que, sans être le chef d’œuvre de l’animation de 2013, Les Croods a eu un très bon succès à sa sortie (aussi bien selon les spectateurs que selon la critique) donnant le sourire au studio Dreamworks après leur précédente production, Les Cinq Légendes, et son accueil un peu tiède. Le premier opus des Croods n’était pas, au niveau de son scénario, d’une grande originalité, mais il était très bien présenté, avec des réflexions malignes (comme l’allégorie de la caverne de Platon) et une intrigue prenante. De plus, le film de 2013 avait d’autres marqueurs de qualité comme un humour bien dosé, une belle direction artistique et une identité propre (ce qui était un vrai challenge face à de nombreuses œuvres similaires au concept du film : L’Âge de Glace, Dinosaure, La Famille Pierrafeu,…). Par conséquent, si la suite du film de 2013 déçoit un peu, c’est avant tout parce qu’un véritable défi était à surmonter.

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Le plus grand échec de cette suite, qui ne l’aide pas à atteindre le niveau du premier opus, est son incapacité  à présenter un enjeu clair et important pour notre famille préhistorique, permettant de la faire évoluer. Le film n’oublie pourtant pas de nous présenter, dès son introduction, deux pistes scénaristiques : la volonté d’Eep et Guy de s’émanciper de la famille (à la grande déception du chef du groupe) et l’envie de trouver un lieu paisible où pourra vivre le reste du clan. Toutefois, face à la découverte de l’habitation des Betterman, présentant une réflexion sur le jardin d’Eden comme le premier opus offrait sur la caverne de Platon, ces deux pistes vont se retrouver bouleversées. Eep souhaite alors rester avec les Betterman (ce qui annule le désir d’émancipation du jeune couple) et le reste de la famille Croods a trouvé un lieu où vivre (ce qui annule la quête de la tranquillité du groupe). Devant cette rencontre entre les deux familles, qui bloque les deux uniques enjeux présentés au début du long-métrage, le film doit pourtant continuer d’avancer.

L’œuvre met alors en place de nouvelles sous-intrigues avec de trop nombreux personnages, comme la volonté émancipatrice de la jeune Betterman ou l’envie de Mme. Betterman de marier sa fille avec Guy. Des pistes qui se retrouveront rapidement dans une impasse pour trois raisons : la difficulté de toutes les développer correctement sans allonger drastiquement la durée du film, l’absence de résolutions faciles et l’obligation d’opposer les personnages les uns aux autres sans bouleverser leur personnalité. Devant cette nouvelle impasse scénaristique, le film choisit de mettre en place, une fois de plus, une nouvelle intrigue, mais plus grande et plus trépidante, afin d’effacer le plus possible les précédents problèmes du scénario. Les pistes présentées avant cette dernière intrigue seront par conséquent réglées le plus rapidement possible, par de petites discussions entre deux scènes d’action vers la fin du film.

Avec cette nouvelle piste (permettant néanmoins de faire véritablement émerger un esprit d’aventure qui manquait), le film commence alors à accumuler les défauts propres à une intrigue qui démarre trop tard : un rythme effréné, un intérêt minime pour la nouvelle menace, des enjeux faibles,… Ayant conscience qu’une réelle implication des spectateurs devient trop difficile dans sa dernière partie, le film cherche alors à s’en dédouaner, en y apportant une importante quantité d’humour.  

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De plus, le film ne s’abstient pas de montrer à l’écran un problème de plus en plus présent dans le cinéma américain à grand spectacle de ces dernières années, soit une menace toujours plus grande et mal amenée, afin de proposer un combat toujours plus titanesque en guise de conclusion, en espérant au passage y cacher toutes les absurdités du film.

Aux origines de la réussite

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Néanmoins, cette suite présente beaucoup de qualités, à côté de ses nombreux défauts d’écriture. Pour commencer, le film est visuellement à la hauteur de son premier volet. Les Croods 2 a l’intelligence de ne pas se reposer uniquement sur les améliorations qu’il y a eu depuis 8 ans au niveau des effets spéciaux dans l’animation mais propose, comme l’œuvre de 2013, une inventivité sur ses décors. Avec son ton coloré, il offre définitivement un style unique à cette franchise cinématographique. L’animation reste extrêmement agréable à observer et bourrée de petites idées, même devant des scènes complexes à suivre comme l’affrontement final spectaculaire. 

Une autre qualité de cette suite de la franchise The Croods est son humour. Pas aussi bon que le premier volet, notamment car le film se repose un peu trop souvent sur le même type d’humour qui consiste à montrer des objets préhistoriques destinés par la suite à devenir de grandes inventions (par exemple, l’idée d’observer une fenêtre trop longtemps depuis un canapé comme une métaphore de la télévision à notre époque), il reste dans l’ensemble aussi astucieux que bien dosé. Cet aspect comique va de pair avec une autre qualité : le rythme. Même si ce dernier présente quelques défauts, il reste agréable au visionnage et contribue grandement à effacer certaines imperfections scénaristiques comme les trop nombreuses pistes sous-exploitées en 1h30. 

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Pour finir, impossible de ne pas évoquer la famille Betterman, élément central de cette suite. Les trois personnages  ne sont pas exceptionnels mais très loin de la caricature que présentaient les trailers avant la sortie du film. Une caricature évitée grâce à un peu de profondeur, de la subtilité et de réelles motivations pour les trois membres de cette nouvelle famille. Toutefois, la mise en place de cette famille, avec celle des Croods, donne encore plus d’éléments à exploiter dans un scénario qui a déjà des difficultés à s’orienter et se fixer une ligne directrice pertinente. 

Loin d’être fade ou honteuse, cette suite aux Croods de 2013 reste divertissante. Elle présente de l’originalité et de nouveaux personnages, tout en montrant une évolution chez les protagonistes principaux. Néanmoins, même si elle regorge d’idées, la structure bancale du scénario dans son ensemble n’aide pas ce nouvel opus. Avec sa volonté d’offrir, dans un premier temps, une confrontation intime entre deux familles aux modes de vie différents, et dans un deuxième temps, une menace hors-norme afin de dénouer les blocages du scénario, nous observons un film hybride aux enjeux et volontés contradictoires. Un résultat pour cette suite qu’on pouvait pressentir dès ses origines chaotiques en production. Un comble pour un film d’animation sur les origines de l’Homme !

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Critique : Luca – Vacances romaines version Pixar, l’oisiveté en moins

Critique : Luca – Vacances romaines version Pixar, l’oisiveté en moins

Note : 3/5 ★★★☆☆

Malgré le grand amour d’Enrico Casarosa pour son pays natal, une direction artistique soignée et les nombreuses références présentes (Vacances romaines, Call me by your name, La Petite Sirène), Luca déçoit. Présenté comme une parenthèse enchantée italienne sans prétention, la nouvelle production Pixar est plutôt un film classique avec des faux enjeux dramatiques mal amenés et des personnages peu profonds. Après Soul, jugé trop adulte, voici Luca, trop enfantin. 

Il y a 11 ans que Toy Story 3 est sorti. Cela fait donc plus d’une décennie que le studio Pixar, en collaboration avec Disney, n’a pas offert un nouveau chef d’œuvre de l’animation à son public. Loin de dire que les 12 films qui ont suivi le troisième volet des aventures de Buzz l’éclair et du cowboy Woody sont de mauvaises productions artistiques, mais le niveau des grandes créations du groupe comme 1001 Pattes (1998), Monstres et Cie (2001) ou Là-Haut (2009) n’a plus été égalé depuis longtemps. Depuis 2010, les œuvres du studio pourraient se répartir en 3 catégories : les films avec un concept/univers très intéressant mais pas assez exploité voire simplifié (Vice-versa en 2015, Coco en 2017, En Avant en 2020, Soul en 2020), les films assez oubliables (Rebelle en 2012, Le Voyage d’Arlo en 2015) et les films qui exploitent un succès précédent, sans réussir à être à son niveau, afin de garantir la stabilité financière au groupe (Cars 2 en 2011, Monstres Academy en 2013, Le monde de Dory en 2016, Cars 3 en 2017, Les Indestructibles 2 en 2018, Toy Story 4 en 2019). Ces films sont réussis dans l’ensemble. Cependant, Pixar nous a tellement habitués à enchaîner les chefs d’œuvres durant ses 15 premières années que les critiques comme les spectateurs sont devenus très (trop ?) exigeants devant chaque nouvelle création du studio. Avec Luca, premier long-métrage d’animation d’Enrico Casarosa, Pixar et Disney ont-ils changé la donne ? 

Les vacances romaines d’Ariel

Cette nouvelle production raconte l’histoire de Luca, monstre marin qui souhaite s’évader de son milieu aquatique. Avec son nouvel ami Alberto, il va découvrir le monde des humains, plus particulièrement celui des Italiens, et y faire la connaissance de Guilia, en vacances chez son père pour l’été. Tous les trois, ils vont s’entraîner pour gagner la course annuelle, dont le prix leur permettra d’acheter une moto Vespa, grâce à laquelle ils pourront s’évader toujours plus loin dans ce pays d’Europe du sud. Avec cette histoire, Pixar cherche à mettre en avant deux concepts. 

Le premier concept est une confrontation entre deux civilisations, celle qui habite la Terre et celle qui habite la mer. Un choc illustré par les deux garçons, qui cherchent à cacher leurs origines marines afin de découvrir les occupations du monde au-dessus de l’eau. Une approche qui rappelle un classique de Disney : La Petite Sirène (1989) de Ron Clements et John Musker. Cependant, pour créer une rencontre entre deux univers, il faut pouvoir démontrer clairement les différences de chaque espèce. Si le monde des humains est traité, notamment en présentant les traditions italiennes (nous allons y revenir), le monde sous l’océan est bien trop vite expédié dans l’introduction du long-métrage. Comment nous intéresser à Luca alors que ses origines, qui amènent le garçon à s’émanciper, sont aussi peu exploitées ? Ce problème de caractérisation est malheureusement présent pour tous les personnages. Enfants comme adultes, les protagonistes du long-métrage ne sont que des notions ou idées, plutôt que de véritables âmes élaborées. La trame narrative du monstre marin se déroule alors sans émotion, le résultat d’une écriture peu réfléchie. Casarosa cherche à présenter un moment de vie dans une Italie idéalisée. Pour cela, il ne faut pas confondre enjeux légers avec écriture légère. Cet état est-il toujours lié aux créatures marines ? La Petite Sirène manquait également de profondeur dans son écriture. Cependant, Luca se distingue d’Ariel par son décor, deuxième concept du film. 

L’univers du long-métrage est très chaleureux, avec ses couleurs mais également avec ses nombreux détails, qui font vivre toujours plus l’âme du pays. L’animation de Luca permet de mettre en avant cette atmosphère lumineuse et surnaturelle en mélangeant de la 3D, utilisée surtout pour les personnages, et de la 2D, utilisée surtout pour les espaces. De cet effet résulte alors des protagonistes très vivants dans un lieu particulièrement figé, ce qui permet d’appuyer la parenthèse enchantée que souhaite offrir le réalisateur. Un choix visuel très réussi qui donne souvent l’impression aux spectateurs de se retrouver dans de véritables peintures. Cette esthétique nous fait alors facilement oublier la superficialité de l’univers offert par Pixar. Une superficialité néanmoins très tenace, notamment avec les trop nombreux stéréotypes sur la culture italienne, ou le décor qui reste une toile de fond plutôt que le véritable sujet du film. Toutefois, l’univers méditerranéen de Luca se distingue par son envie d’émerveiller. Contrairement à la sphère de la sirène du royaume d’Atlantica, aussi dense qu’une glace au soleil, celle de Luca est riche de détails. Avec son premier long-métrage, Enrico Casarosa souhaite présenter son pays natal, l’Italie, sous toutes ses formes. Foot, pâtes et café, tout y est pour nous rappeler ce lieu d’Europe du Sud. Un décor observé sous les prismes du soleil, des vacances et de l’amitié. Néanmoins, cette oisiveté sous le climat italien est très vite rattrapée par des impératifs commerciaux. 

Un film avec trop d’enjeu pour être léger

Le film de Casarosa se veut être une parenthèse enchantée qui rime avec évasion. Ce n’est pas un hasard si Luca cumule les clins d’œil à Vacances romaines (1953, William Wyler) ou que le réalisateur cite souvent Call me by your name (2017, Luca Guadagnino) durant les interviews. Ces deux long-métrages représentent cette même mouvance dans un décor identique. Si on peut applaudir l’envie du metteur en scène d’offrir à son public une création fine et sobre sans d’importants enjeux narratifs, on est déçu de remarquer que le film n’assume pas son propos sur la longueur. Cette légèreté est présente au début de l’œuvre, avec une amitié qui se construit de jour en jour entre Luca et Alberto, parallèlement au véhicule qui rapproche les deux garçons. Ces moments sont par ailleurs les plus beaux passages de la production.

Cependant, le film s’essouffle rapidement avec cette approche et décide de mettre en place un récit plus familier pour y remédier. On oublie l’amitié naissante entre deux enfants afin de proposer des éléments classiques avec moins de prises de risques. Nous observons alors la création d’un but commun (gagner une course), des antagonistes sans profondeur (la terreur Ercole), une nouvelle alliée (Guilia), une pression générale (l’ensemble des habitants de la ville, dont le père de Guilia et son chat, pouvant découvrir la véritable origine des deux garçons) et une menace constante (les parents de Luca). Face à tous ces éléments, le film trace alors sa route sans difficultés, enchaînant pistes prévisibles (la découverte du secret, le résultat de la course) et absurdités scénaristiques (la course reste équitable pour le jury alors qu’on peut y participer seul ou à plusieurs, on mélange des épreuves gustatives et sportives et on s’étonne ensuite que des participants comme Guilia vomissent,…). Finalement, Luca a les mêmes problèmes que la précédente production Pixar : Soul. Réalisant que le concept du film est trop délicat pour entrer dans les codes du divertissement classique tout public, la production opère un changement rapide d’axe afin de devenir plus traditionnel. Dans la création de Pete Docter et Kemp Powers, on sort du monde des âmes avec ses réflexions sur le sens de la vie pour avoir sur Terre un buddy movie plus léger et comique. Dans la création de Enrico Casarosa, on sort de l’intimité d’une amitié naissante afin de mettre en place une course entre enfants comme nouvelle trame narrative, plus structurée que l’oisiveté des deux garçons. Dans les deux cas, il n’y a pas une rupture avec les propos mis en avant, mais une trahison avec la manière de les traiter pour plus de facilité et d’universalité.

Luca, un film Pixar ?

Pour finir, malgré la très belle direction artistique du film, ce dernier manque un brin de folie. Le studio Pixar est connu pour mettre en place de véritables univers narratifs et esthétiques, partant d’un high-concept pour l’exploiter le plus possible. Dans cette recherche surviennent alors des propos très profonds (le sens de la vie, l’amitié, la mort,…). Une approche qui, par les créations du groupe, bouleverse enfant comme adulte. Cette volonté est la patte connue de tous du studio. Malheureusement, elle n’est pas vraiment présente dans Luca. Une scène représente le parfait exemple de ce manque d’émerveillement : la confrontation finale entre Luca et Ercole lors de l’épreuve à vélo. Véritable climax à l’intrigue, très attendu par les spectateurs, cette lutte dans les rues italiennes devait amener autant d’exaltation que de poids aux enjeux présents lors de cette scène. Finalement, nous avons un combat très vite expédié, qui utilise très peu le potentiel d’une course dans un lieu aussi riche, avant de finir sur son dénouement prévisible et trop niais. Pixar a-t-il perdu sa magie pour l’aventure ? À titre de comparaison, en 2011, John Lasseter et Bradford Lewis présentaient dans Cars 2 une course de voiture dans un décor identique avec beaucoup plus d’ingéniosité et d’objectifs dramatiques. 

Néanmoins, ne boudons pas notre plaisir. Si Luca est problématique dans son écriture et ses enjeux, il reste divertissant et agréable pour les yeux. Enrico Casarosa se permet même quelques envolées lyriques à travers les pensées de son personnage principal. Certes, elles coupent trop brutalement la trame narrative du long-métrage, ne sont pas vraiment nécessaires à l’intrigue et sont mal dosées via une présence trop forte au début pour totalement disparaître ensuite… Néanmoins, elles rappellent cette volonté du studio de chercher à surprendre toujours son spectateur par l’imagination. 

L’avenir de Pixar est plus que jamais incertain. Avec son rachat en 2006 par Mickey, qui se fait de plus en plus ressentir avec la création de la plateforme Disney+, cherchant à proposer toujours plus de contenus peu travaillés sur les succès passés du groupe (avons-nous vraiment besoin d’une série sur Doug, le chien de Là-haut, ou sur un inconnu qui travaille dans la même société que Bob et Sulli ?), l’âme de Pixar est en train de devenir un produit d’appel comme les autres. Un studio qui se retrouve en plus bouleversé, depuis 2 ans, dans sa structure par le départ de son directeur artistique, John Lasseter, après plusieurs accusations d’harcèlement sexuel.  Ayant encore une place très importante dans le monde de l’animation, l’usine à chefs d’œuvre qu’était le studio à la fin des années 1990 et dans les années 2000 est-elle en voie d’extinction ? Est-il temps de prendre des vacances définitives (mais méritées) en Italie ?