Mois : juillet 2021

Critique du film Space Jam – Nouvelle Ère Un très sage remake contemporain

Critique du film Space Jam – Nouvelle Ère Un très sage remake contemporain

Note film space jam

Dans la même veine que le premier opus de 1996, Space Jam – Nouvelle ère divertit par son côté grosse production décomplexée. Mais entre des Tunes trop sages et un LeBron coincé dans une histoire familiale très classique, le studio Warner n’oublie pas de rappeler qu’il reste avant tout la véritable et unique star du show. 

En 1996, Space Jam de Joe Pytka sortait au cinéma. Mettant en scène un match de basketball avec le plus grand joueur de l’époque Michael Jordan et les Looney Tunes, le film fut un énorme succès commercial (plus de 250 millions de dollars pour 80 de budget, des goodies, des partenariats avec de grandes marques,…). Sur une idée de l’agent du basketteur, après avoir vu le succès de quelques petits spots publicitaires entre le joueur et les personnages de la Warner Bros, Space Jam est devenu avec le temps une œuvre culte de la fin des années 1990. Malgré une animation bâclée et un scénario incohérent, le film avait rapidement obtenu la sympathie du public grâce à son ton décomplexé (blagues méta et clins d’œil aux dessins animés) et ses guests surprises (Bill Murray et d’autres sportifs célèbres du moment), sans oublier son pitch aussi amusant qu’original. 

affiche Space Jam 1996
Copyright 2021 Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved

Face au succès de Space Jam, une suite fut aussitôt en construction. Un premier projet rappelant Michael Jordan dans son rôle, et Joe Pytka à la réalisation, a été très vite annulé par le basketteur. Ensuite se succèdent pendant de nombreuses années plusieurs idées comme Spy Jam porté par Jackie Chan avec des arts martiaux à la place du basket ou Race Jam dans le milieu des courses automobiles avec le pilote Jeff Gordon. D’autres pistes sont explorées avec le golfeur Tiger Woods, puis le skateboarder Tony Hawk. Cependant, le résultat au box-office du film Les Looney Tunes passent à l’action de Joe Dante ne rassure pas le studio qui fait disparaître le projet d’un nouveau volet. 

Mais à Hollywood rien n’est jamais enterré définitivement, Warner Bros annonce donc en février 2014 la mise en chantier de la suite du film de 1996. Restant finalement sur le terrain familier du basketball, le joueur des Lakers LeBron James est annoncé pour remplacer Michael Jordan. Bien que ce dernier reste toujours le plus célèbre joueur de basket de tous les temps (il suffit d’observer le succès en 2020 de la série documentaire de Netflix/ESPN The Last Dance pour voir que la popularité de Jordan n’est pas prête de disparaître), le studio a choisi la fraîcheur de LeBron pour succéder au sportif des Bulls de Chicago après avoir vu sa performance au cinéma dans la comédie de Judd Apatow, Crazy Amy.  

Après le départ de Terence Nance au début du tournage pour « divergences créatives », Malcolm D. Lee (un habitué des suites avec Scary Movie 5 en 2013, The Best Man Holiday aussi en 2013 et Barbershop 3 en 2016) réalise alors ce nouvel opus intitulé Space Jam – Nouvelle Ère (pour nous faire comprendre subtilement que ce n’est pas vraiment une suite mais plutôt un reboot) qui sort aujourd’hui au cinéma. Production légère et divertissante comme le film de 1996 ou création sans idées à part celle d’exploiter la licence toujours lucrative des Looney Tunes, quel est le résultat de ce nouveau match ? 

Un nouveau joueur entre sur le terrain 

La grande nouveauté du film par rapport à son précédent opus est la présence de LeBron James sur le terrain, succédant 25 ans plus tard à Michael Jordan. Si le film de Joe Pytka se reposait surtout sur la célébrité de son joueur professionnel pour faire avancer l’histoire, le second volet choisit  d’insérer une véritable trame narrative à son basketteur vedette. Un choix qui peut aussi s’expliquer par le fait que James est une icône médiatique moins célèbre que Jordan, surtout hors Etats-Unis, pouvant rendre l’exploitation à l’international plus complexe.

LeBron et Titi
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Space Jam – Nouvelle Ère raconte l’histoire d’une IA maléfique, Al-G Rhythm (Don Cheadle), qui travaille dans un espace virtuel pour la Warner. Après s’être sentie insultée par le refus de LeBron James de participer à son projet, car il ne trouve aucun intérêt à y associer son image, l’IA décide de l’envoyer avec son fils au cœur du processeur. Pour en sortir, il devra le vaincre à un match de basket. Al-G Rhythm va rapidement se rendre compte de l’intérêt de garder le fils du joueur de la NBA proche de lui. Effectivement, le jeune homme est un passionné de technologie. Un intérêt que ne comprend pas son père, qui ne souhaite le voir qu’en futur grand joueur tout comme lui. Contrairement au film de 1996, cette fois-ci, ce sont les Tunes qui vont venir aider la célébrité plutôt que l’inverse. Le match devient alors une excuse pour offrir une confrontation familiale entre deux générations qui ne se comprennent plus. 

Si nous choisissons de présenter cette trame narrative d’une manière aussi précise, c’est qu’elle reste avant tout le véritable sujet du film (et non les Tunes). Ces derniers n’arrivent qu’au bout de 25 minutes du long-métrage. Bien que le film tente d’introduire des enjeux pour les mascottes de la Warner (surtout pour Bugs Bunny), elles ne prendront jamais le pas sur le différend des James. Si nous pouvons comprendre la difficulté de présenter une histoire solide centrée sur les Tunes, nous étions loin de nous douter que celle du basketteur serait aussi présente. Même si l’ajout de profondeur n’est jamais inintéressant dans une grosse production tout public américaine, nous attendons surtout du film un divertissement autour d’une star mondiale et de héros de l’animation. Avec cette volonté d’insérer un drame familial au sein de l’œuvre, le résultat est une écriture lourde et pleine de défauts : des actes très prévisibles, des dialogues creux, une morale très niaise, des retournements de situation superficiels,… La narration du film rend l’œuvre extrêmement classique et longue, un comble pour une production qui cherche avant tout à n’être que divertissante. Même la folie toonesque n’y fait rien pour rendre le résultat plus imprévisible et loufoque. 

LeBron ballon de basket
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La version upgradée des Looney Tunes

Abordons maintenant l’esthétique du film. Space Jam – Nouvelle Ère propose trois visuels : de la prise de vues réelles (premier acte du film), de l’animation 2D (deuxième acte) et un mélange prise de vues réelles/animation 3D (troisième acte). Passons rapidement sur la première catégorie qui n’est utilisée que pour présenter l’intrigue banale de LeBron James d’une manière extrêmement conventionnelle pour nous focaliser sur l’animation du long-métrage. 

LeBron en 2D
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Avant l’affrontement final sur le terrain de basket, le recrutement et l’entraînement des personnages du film se déroulent en une animation 2D très fidèle à celle des Looney Tunes que nous avons découvert dès les années 1940. Si en 80 ans le design des protagonistes a un peu évolué, le long-métrage de Malcolm D. Lee n’offre lui aucune nouvelle idée visuelle. Les seules améliorations notables se jouent sur la vivacité des couleurs et la fluidité des mouvements, en plus de nous présenter LeBron dans la même esthétique 2D, afin de faciliter ses échanges avec Bugs Bunny et sa bande. Si nous regrettons le peu de nouveauté en 2D (l’idée étant surtout de rester fidèle), c’est avant tout parce que le travail de l’équipe technique était focalisé sur la 3D, acte ultime du long métrage. 

Les personnages expressions
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Transformer en 3D avec extrêmement de détails de célèbres franchises animées, connues principalement en 2D, est la grande idée actuelle afin d’innover superficiellement. Avec Space Jam – Nouvelle Ère, c’est au tour des Looney d’y passer. La transformation est extrêmement travaillée au niveau de la texture, un accomplissement qui reste très agréable pour les yeux. Mettons toutefois un petit bémol sur le faciès des personnages bourré de défauts (le strabisme de Lola Bunny, les grimaces étranges de Bugs,…), rappelant que le passage de la 2D à la 3D n’est pas uniquement qu’une question de formes. 

Nous pouvons également nous attrister de voir, finalement ici aussi, un visuel très fidèle à l’esthétique des Tunes déjà en place avec la 2D. Le but est de ne surtout pas prendre le risque d’innover même un peu le design des mascottes. La réaction du public face au premier design de Sonic en 2020 ou de Bob l’éponge et sa bande en 2015 ont définitivement coupé les envies des studios de proposer quelque chose de nouveau dans ce domaine.  

Concernant l’humour propre des Tunes, soit une violence absurde ultra forte tout en restant toujours très enfantine et malicieuse, il reste peu exploité dans ce long-métrage. Jamais mauvais, il semble néanmoins très sage, à l’image du personnage de LeBron James qui demande constamment à ses nouveaux amis de jouer au basket d’une manière réaliste et sans folie. Nous observons la bande de Bugs sans déplaisir, mais nous devons avouer qu’elle ne détonne jamais réellement. La meilleure scène des Tunes restera la séance d’entraînement dans le vaisseau qui mélange idées loufoques et rythme effréné sans jamais être illisible. Même si la créativité des personnages reste retenue, elle demeure toujours au-dessus d’un bon nombre de blagues ratées venant des autres protagonistes du film, comme les deux présentateurs du match. 

La véritable déception de cette nouvelle version animée est surtout de ne pas proposer beaucoup de nouveaux gags, pourtant possibles avec ce nouveau format, mais de se rattacher à l’humour cartoonesque classique des célèbres personnages. Nous pouvons également regretter de ne pas avoir un jeu entre les différentes animations mais plutôt des parties bien distinctes, à l’instar du scénario du film très structuré en actes. Cette version upgradée n’apporte finalement aucune évolution à la franchise des Looney Tunes, à part nous rappeler qu’elle appartient à la Warner. 

Bugs qui fait la grimace
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Quel est le nom du studio derrière le projet déjà ? 

Waner Bros

La véritable nouveauté du long-métrage est finalement de présenter les Tunes comme une franchise Warner, une idée qui s’oriente vers de l’humour méta, un genre comique très populaire au cinéma en ce moment (la franchise Deadpool, les films Lego, la série Community,…). Le concept apporte alors de nombreux gags amusants comme faire apparaître les Looney dans d’autres créations populaires de la Warner ou montrer des protagonistes connus du groupe dans les gradins du match de basket (le film ne dira jamais s’ils sont des PNJ ou les véritables personnages des franchises afin d’éviter la comparaison avec Ready Player One). Par cette conception, le studio démontre également à son public l’omniprésence de son image par rapport aux autres studios américains, tout en surfant sur les modes actuelles (les plateformes de jeux en ligne, Fortnite, la VR, les services de streaming,…)  sans les mépriser, comme le faisait Tom & Jerry (2021, Tim Story), précédente production de Warner dans le même genre.  

Néanmoins, même si l’exercice amuse, nous pouvons y percevoir une pointe de cynisme, visible par trois éléments. 

Premièrement, le choix des franchises n’est absolument pas fait au hasard. Nous observons surtout des clins d’œil pour des franchises ayant une prochaine sortie sur HBO Max ou au cinéma : Mémé dans Matrix à quelques mois de la présentation du quatrième volet de la saga, Bip-Bip et Coyote dans Mad Max : Fury Road en attendant le long-métrage spin-off sur Furiosa, Charlie le coq déguisé en Daenerys pour rappeler les nombreuses séries Game of Thrones qui approchent. Nous sommes tellement dans le teasing constant que nous sommes presque étonnés de ne pas avoir un petit bonus sur Dune, prochain gros blockbuster très attendu du groupe. Un petit sourire également au passage de Sam le pirate dans Casablanca, pour ne pas oublier que Warner est un acteur historique du 7ème art. 

Deuxièmement, les créations choisies ne sont que des franchises très aimées et jamais parodiées, le but étant de ne surtout pas les désacraliser. Prenons l’exemple de la Justice League qui n’est présentée que via les séries animées classiques et les films de Patty Jenkins, productions beaucoup plus appréciées d’une manière générale que celles de Zack Snyder ou David Ayer. 

Troisièmement, nous remarquons surtout des choix qui sont le résultat de négociations avec les détenteurs des accords d’utilisation des œuvres. Si vous vous demandez pourquoi la scène de Lola Bunny à Themyscira est en animation ou pourquoi les Tunes se déguisent en personnages célèbres plutôt que de converser avec eux, c’est avant tout parce que les acteurs qui interprètent les héros ou les droits d’images des films étaient trop chers. Si la présence des Tunes met du temps à arriver dans le long-métrage, au profit de longues scènes avec LeBron James et sa famille, c’est aussi parce que c’est moins long et coûteux à produire. Si ce n’est que lors du match final que nous observons les Looney en 3D, c’est toujours une question d’argent. Pour conclure, tout ceci reste assez calculé et limite grandement l’interaction folle des Tunes avec les autres univers du groupe. 

décor match de basket
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Remake version 2021 du film de Pytka, Space Jam – Nouvelle Ère n’offre pas plus qu’une animation sans grande nouveauté, une dramaturgie lourde autour de la star LeBron James et un zapping frénétique utilisé comme une bande-annonce géante des prochaines productions de la Warner. Un peu plus d’originalité dans ce divertissement était attendue, un état général qui rappelle au public l’absence de prises de risques de nos jours sur les grosses cartouches des puissants studios américains, cherchant plus à se rentabiliser qu’à innover. Nous pouvons espérer, avec le succès en salles actuellement aux Etats-Unis de Space Jam – Nouvelle ère, que Warner soit rassuré afin d’avoir envie, lors d’un éventuel troisième volet, de se diriger vers un univers plus inédit. Parmi les projets évoqués dans le cas d’une suite, celui avec Dwayne Johnson sort du lot, The Rock a déjà démontré plus d’une fois dans ses films être extrêmement à l’aise avec l’autodérision. Cet opus se déroulerait dans le milieu  très superficiel et encore assez peu exploité au cinéma du catch, un endroit parfait pour les absurdes violences cartoonesques des Looney Tunes .

Mamie Looney Tunes et son Martini
Cannes | Satoshi Kon par Pascal-Alex Vincent

Cannes | Satoshi Kon par Pascal-Alex Vincent

(c) Laurent Koffel

Dans le cadre de la prestigieuse programmation Cannes Classics, le public cannois a pu découvrir en avant-première mondiale, le documentaire de Pascal-Alex Vincent sur la légende de l’animation japonaise Satoshi Kon.

Mangaka et réalisateur de quatre films devenus immédiatement cultes (Perfect Blue, Millennium Actress, Tokyo Godfathers, et Paprika), il a été fauché au tout début de sa carrière pourtant très prometteuse en 2010. Pour un festival qui a toujours autant de difficultés à donner sa juste place à l’animation (cette édition ne dément pas ce constat), la présence de ce documentaire est très signifiante. Le réalisateur n’a d’ailleurs pas manqué de souligner le caractère inédit de la projection à Cannes, des images du réalisateur japonais.

La reconnaissance de ses pairs

Les intervenants questionnés par Pascal-Alex Vincent sont tantôt producteurs, tantôt animateurs, tantôt d’autres réalisateurs avec lesquels il a travaillé ou qu’il a inspirés. Si une constante se lit à travers les différents retours, c’est l’admiration de tous ces artisans de l’animation et du cinéma pour Satoshi Kon.

On découvre ainsi qu’il a inspiré de très grands noms comme Darren Aronofsky (Requiem for a dream), Marc Caro (La Cité des enfants perdus), Rodney Rothman (Spider-Man : New Generation) ou Jérémy Clapin (J’ai perdu mon corps). Aucun ne tarit d’éloges à propos de l’œuvre du réalisateur. C’est un visionnaire qui allait au-delà des codes de l’animation japonaise qui avaient cours jusqu’alors. Il a su définir en quelques films une “patte Satoshi Kon” si singulière. Ses œuvres s’absolvent du médium de l’animation, en proposant une mise en scène et une réalisation entreprenantes et précurseurs. Satoshi Kon s’est par ailleurs particulièrement illustré dans son dernier long métrage Paprika, adaptation d’un roman japonais réputé inadaptable.

Une personnalité ambivalente

C’est un grand poncif, les génies sont difficiles. Satoshi Kon ne déroge pas vraiment à la règle, malgré un côté attachant que toutes et tous s’accordent à lui attribuer. En effet, c’est un “sale type”, tous ses collaborateurs (chacun avec ses propres mots) ont été obligés de l’admettre. 

Très sûr de ce qu’il voulait et très exigeant, il ne mâchait pas ses mots et parlait avec une grande franchise. Un trait de caractère assez peu commun au Japon, où le tatemae (très grande politesse dont les Japonais font preuve dans leurs relations publiques, ndlr.) est toujours très implanté, notamment au travail. Sa personnalité lui a également valu des déconvenues dans ses collaborations. On citera entre autres le manga inachevé qu’il écrivait avec Mamoru Oshii (Seraphim) ou le refus du compositeur de Paprika de participer à son prochain film The dreaming machine (qui ne verra finalement jamais le jour).

Son engagement pour l’industrie de l’animation

Au-delà de son caractère assez particulier, Satoshi Kon était un grand défenseur des travailleurs de l’animation. On peut ainsi trouver dans Perfect Blue tout un discours sur les conditions de travail des idoles japonaises et les dérives de ce milieu. Mais on peut entre autres y lire un parallèle avec le milieu de l’animation au Japon. Après tout, Satoshi Kon avait raconté à une animatrice avec qui il travaillait, que le personnage principal était une représentation de lui-même.

Son engagement n’est d’ailleurs pas resté purement symbolique puisque pendant la production de ses films Satoshi Kon s’évertuait à payer ses animateurs à un prix décent. Une volonté qui ne va évidemment pas sans problématiques financières (Kon ayant déjà des difficultés à faire produire ses films sachant le petit succès qu’avaient ses œuvres auprès du grand public).

Le film aura une sortie événement en France puis une diffusion sur OCS à partir du 4 août (le documentaire étant estampillé OCS Signature). On vous encourage fortement à sauter sur l’occasion pour voir ce documentaire. Mais aussi et surtout, on vous encourage à aller découvrir les films et série de Satoshi Kon dès que vous le pouvez. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir son œuvre !

Tokyo Godfathers, Satoshi Kon (2003)

Critique : Les Croods 2 – Un second volet qui a de la suite dans les idées

Critique : Les Croods 2 – Un second volet qui a de la suite dans les idées

Note : 3/5 ★★★☆☆

Loin d’un échec artistique, comme on aurait pu le supposer en raison de la production chaotique du film, Les Croods 2 : Une nouvelle ère s’inscrit dans la continuité du précédent opus divertissant, drôle et rythmé. Néanmoins, contrairement au premier volet de la franchise, cette suite manque d’une véritable ligne directrice, permettant de faire évoluer réellement notre famille préhistorique, tout en donnant un authentique intérêt artistique plutôt que commercial à ce second film.

Huit ans après le premier volet, les Croods reviennent pour une nouvelle aventure. À la suite des événements du premier film, notre famille recherche maintenant un lieu paisible où se reposer. Durant cette recherche, Eep et son copain Guy commencent à vouloir de plus en plus s’émanciper du reste de la famille, une volonté que ne supporte pas Grug, le père d’Eep et chef du clan. Cependant, cette divergence d’opinion va être remise en question lorsque les Croods vont découvrir un autre groupe d’individus plus évolués qu’eux, les Betterman. Ces derniers, en plus d’être des connaissances de Guy, semblent habiter dans un endroit paradisiaque. Alors qu’une menace rôde autour de ce nouveau lieu, cette rencontre entre les deux clans risque de faire des étincelles.  

Un développement qui date de la préhistoire

Copyright 2020 DreamWorks Animation LLC. All Rights Reserved.

Avant de s’intéresser à cette suite, il est important de se rappeler les nombreuses difficultés qu’a rencontré le film de Dreamworks avant de sortir enfin en salles. La suite des Croods est annoncée rapidement en avril 2013, avec le retour de Chris Sanders et Kirk DeMicco à la réalisation et au scénario, à la suite du succès commercial du premier volet. C’est en juin 2014 que le film présente comme date de sortie le 3 novembre 2017, la première d’une longue liste.

Effectivement, en août 2016, le film disparaît du calendrier des sorties de la 20th Century Fox, face au rachat du studio par le groupe Comcast. Une diffusion en salles par Universal Pictures (filiale de Comcast) est alors évoquée pour le courant 2018. De plus, il est annoncé à cette période, une réécriture du scénario par Dan et Kevin Hageman, le travail de Kirk De Micco et Chris Sanders ne convenait pas au studio. Au total, 6 personnes seront annoncées au scénario. En novembre 2016, le film est annulé après des doutes exprimés par Dreamworks quant à l’intérêt du projet, doutes déjà présents avant le rachat du studio. Toutefois, le film est reconfirmé en septembre 2017 pour une sortie en septembre 2020, avec un changement au niveau de la réalisation. Pour finir, en octobre 2017, Joel Crawford est annoncé à la réalisation, en plus d’un changement des producteurs derrière le film, présents néanmoins depuis le premier volet.  Notons aussi que le budget de cette suite est de 65 millions au total, alors que le premier opus présentait un budget entre 135 et 175 millions. 

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Après cette promenade de santé au niveau de la production, le film doit faire face à une nouvelle difficulté lors de sa sortie : l’épidémie du Covid-19.  Face à cette situation,  le studio décide alors de sortir le film aux États-Unis le 25 novembre 2020, puis rapidement en vidéo à la demande le jour de Noël, afin de profiter des vacances de fin d’année. Une stratégie risquée face au contexte sanitaire, mais cohérente avec un terrain dégagé de films familiaux de la part des autres studios américains au moment de la sortie (notons cependant la sortie sur Disney+ le 25 décembre également du dernier film Pixar, Soul, qui contrairement à notre famille préhistorique, n’a pas eu de diffusion en salles avant sa sortie SVOD). En France, la sortie du film était prévue pour le 2 décembre 2020, avant d’être repoussée au 23 décembre 2020, puis au 27 janvier 2021, puis au 7 avril 2021 pour profiter des vacances de Pâques, pour finalement s’arrêter sur la date du 7 juillet 2021 pendant les grandes vacances d’été.  

Après ces 8 années de péripéties, Les Croods 2 est-il à la hauteur de cette attente ou est-il une nouvelle production américaine qui cherche désespérément à profiter d’un précédent succès (en plus de créer au passage une franchise, avec toutes les difficultés qui peuvent aller avec, comme celle d’une production chaotique que le film coche déjà) ?  

Une évolution défectueuse

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Pour commencer, précisons que le film n’est pas une catastrophe comme on pouvait le penser à cause de sa création difficile. Néanmoins, il n’arrive pas à la hauteur du premier volet. N’oublions pas que, sans être le chef d’œuvre de l’animation de 2013, Les Croods a eu un très bon succès à sa sortie (aussi bien selon les spectateurs que selon la critique) donnant le sourire au studio Dreamworks après leur précédente production, Les Cinq Légendes, et son accueil un peu tiède. Le premier opus des Croods n’était pas, au niveau de son scénario, d’une grande originalité, mais il était très bien présenté, avec des réflexions malignes (comme l’allégorie de la caverne de Platon) et une intrigue prenante. De plus, le film de 2013 avait d’autres marqueurs de qualité comme un humour bien dosé, une belle direction artistique et une identité propre (ce qui était un vrai challenge face à de nombreuses œuvres similaires au concept du film : L’Âge de Glace, Dinosaure, La Famille Pierrafeu,…). Par conséquent, si la suite du film de 2013 déçoit un peu, c’est avant tout parce qu’un véritable défi était à surmonter.

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Le plus grand échec de cette suite, qui ne l’aide pas à atteindre le niveau du premier opus, est son incapacité  à présenter un enjeu clair et important pour notre famille préhistorique, permettant de la faire évoluer. Le film n’oublie pourtant pas de nous présenter, dès son introduction, deux pistes scénaristiques : la volonté d’Eep et Guy de s’émanciper de la famille (à la grande déception du chef du groupe) et l’envie de trouver un lieu paisible où pourra vivre le reste du clan. Toutefois, face à la découverte de l’habitation des Betterman, présentant une réflexion sur le jardin d’Eden comme le premier opus offrait sur la caverne de Platon, ces deux pistes vont se retrouver bouleversées. Eep souhaite alors rester avec les Betterman (ce qui annule le désir d’émancipation du jeune couple) et le reste de la famille Croods a trouvé un lieu où vivre (ce qui annule la quête de la tranquillité du groupe). Devant cette rencontre entre les deux familles, qui bloque les deux uniques enjeux présentés au début du long-métrage, le film doit pourtant continuer d’avancer.

L’œuvre met alors en place de nouvelles sous-intrigues avec de trop nombreux personnages, comme la volonté émancipatrice de la jeune Betterman ou l’envie de Mme. Betterman de marier sa fille avec Guy. Des pistes qui se retrouveront rapidement dans une impasse pour trois raisons : la difficulté de toutes les développer correctement sans allonger drastiquement la durée du film, l’absence de résolutions faciles et l’obligation d’opposer les personnages les uns aux autres sans bouleverser leur personnalité. Devant cette nouvelle impasse scénaristique, le film choisit de mettre en place, une fois de plus, une nouvelle intrigue, mais plus grande et plus trépidante, afin d’effacer le plus possible les précédents problèmes du scénario. Les pistes présentées avant cette dernière intrigue seront par conséquent réglées le plus rapidement possible, par de petites discussions entre deux scènes d’action vers la fin du film.

Avec cette nouvelle piste (permettant néanmoins de faire véritablement émerger un esprit d’aventure qui manquait), le film commence alors à accumuler les défauts propres à une intrigue qui démarre trop tard : un rythme effréné, un intérêt minime pour la nouvelle menace, des enjeux faibles,… Ayant conscience qu’une réelle implication des spectateurs devient trop difficile dans sa dernière partie, le film cherche alors à s’en dédouaner, en y apportant une importante quantité d’humour.  

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De plus, le film ne s’abstient pas de montrer à l’écran un problème de plus en plus présent dans le cinéma américain à grand spectacle de ces dernières années, soit une menace toujours plus grande et mal amenée, afin de proposer un combat toujours plus titanesque en guise de conclusion, en espérant au passage y cacher toutes les absurdités du film.

Aux origines de la réussite

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Néanmoins, cette suite présente beaucoup de qualités, à côté de ses nombreux défauts d’écriture. Pour commencer, le film est visuellement à la hauteur de son premier volet. Les Croods 2 a l’intelligence de ne pas se reposer uniquement sur les améliorations qu’il y a eu depuis 8 ans au niveau des effets spéciaux dans l’animation mais propose, comme l’œuvre de 2013, une inventivité sur ses décors. Avec son ton coloré, il offre définitivement un style unique à cette franchise cinématographique. L’animation reste extrêmement agréable à observer et bourrée de petites idées, même devant des scènes complexes à suivre comme l’affrontement final spectaculaire. 

Une autre qualité de cette suite de la franchise The Croods est son humour. Pas aussi bon que le premier volet, notamment car le film se repose un peu trop souvent sur le même type d’humour qui consiste à montrer des objets préhistoriques destinés par la suite à devenir de grandes inventions (par exemple, l’idée d’observer une fenêtre trop longtemps depuis un canapé comme une métaphore de la télévision à notre époque), il reste dans l’ensemble aussi astucieux que bien dosé. Cet aspect comique va de pair avec une autre qualité : le rythme. Même si ce dernier présente quelques défauts, il reste agréable au visionnage et contribue grandement à effacer certaines imperfections scénaristiques comme les trop nombreuses pistes sous-exploitées en 1h30. 

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Pour finir, impossible de ne pas évoquer la famille Betterman, élément central de cette suite. Les trois personnages  ne sont pas exceptionnels mais très loin de la caricature que présentaient les trailers avant la sortie du film. Une caricature évitée grâce à un peu de profondeur, de la subtilité et de réelles motivations pour les trois membres de cette nouvelle famille. Toutefois, la mise en place de cette famille, avec celle des Croods, donne encore plus d’éléments à exploiter dans un scénario qui a déjà des difficultés à s’orienter et se fixer une ligne directrice pertinente. 

Loin d’être fade ou honteuse, cette suite aux Croods de 2013 reste divertissante. Elle présente de l’originalité et de nouveaux personnages, tout en montrant une évolution chez les protagonistes principaux. Néanmoins, même si elle regorge d’idées, la structure bancale du scénario dans son ensemble n’aide pas ce nouvel opus. Avec sa volonté d’offrir, dans un premier temps, une confrontation intime entre deux familles aux modes de vie différents, et dans un deuxième temps, une menace hors-norme afin de dénouer les blocages du scénario, nous observons un film hybride aux enjeux et volontés contradictoires. Un résultat pour cette suite qu’on pouvait pressentir dès ses origines chaotiques en production. Un comble pour un film d’animation sur les origines de l’Homme !

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