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Aya et la Sorcière

Aya et la Sorcière

Le nouveau Ghibli qui ne propose rien à part son désaccord avec l’esprit Ghibli 

Avec Aya et la Sorcière, Gorō Miyazaki rompt totalement avec les traditions du studio de son père : animation 3D, très peu d’envolées lyriques, récit surtout pour les enfants, manque de créativité dans la mise en scène et aucune nouvelle idée. Ce nouveau Ghibli démontre surtout le conflit artistique qui existe au sein de la famille Miyazaki. Volonté d’innover au studio Ghibli…

Volonté d’innover au studio Ghibli…

Copyright Wild Bunch

Le studio Ghibli est enfin de retour avec, pour sa première fois, un film entièrement en animation 3D. Après de longues années à utiliser l’animation traditionnelle (soit des dessins à la main avant de passer par ordinateur), la structure de Hayao Miyazaki et Isao Takahata expérimente la création avec images de synthèse, malgré sa grande réticence pour ce procédé. Volonté d’innover ou de se mettre à niveau par rapport aux grands studios américains et leur vitesse de production ? Une remise en question du groupe qui ne date pas d’aujourd’hui. En 2019, le studio s’interrogeait déjà sur sa manière de construire des films à notre époque. Effectivement, âgé de 80 ans et utilisant une méthode de production lente, Hayao Miyazaki annonçait alors que son prochain film était très loin d’être fini. Après 3 ans de production, seulement 36 minutes d’animation sont terminées. Face à cette situation, il était prévisible que le studio recherche des alternatives afin de continuer d’offrir de nouvelles créations à son public tout en restant financièrement stable. Des solutions comme la production plus rapide de films en 3D, pour laquelle Aya et la sorcière sert aujourd’hui de test pour le studio. 

…tout en gardant certaines traditions !

Malgré son changement de format, le nouveau film Ghibli garde certaines coutumes propres au studio japonais. Pour commencer, Aya et la sorcière est l’adaptation du livre Earwig and the Witch de Diana Wynne Jones. Cette dernière a déjà vu une de ses œuvres adaptée par le studio en 2004 avec Le Château ambulant. De plus, Gorō Miyazaki, fils de Hayao, réalise le film. Une troisième réalisation pour le studio de son père, après Les contes de Terremer en 2006 et La colline aux coquelicots en 2011. Des créations assez éloignées des chefs-d’œuvre du studio, sans pour autant être des catastrophes artistiques. Par conséquent, avec ses films, Gorō Miyazaki est dans l’ensemble un artiste beaucoup moins apprécié (et attendu) que son père par les amateurs des créations Ghibli. 

Téléfilm pour la NHK au Japon à l’origine, le film bénéficie en France d’une sortie sur Netflix suite à l’annulation d’une diffusion dans les salles de cinéma. La sortie tombe après des séances spéciales au festival de Gérardmer 2021 (uniquement en ligne cette année), une avant-première au Festival Lumière 2020 et l’obtention du label «Festival de Cannes 2020» (label créé à la suite de l’annulation cette année du festival). 

Un passage à la 3D sans créativité

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Avec sa volonté d’innover, le studio brise totalement son style artistique unique dans le milieu de la production animée actuelle. Commençons par la remarque la plus prévisible du film : son visuel daté. Avec la disparition de son animation facilement reconnaissable au profit de la 3D, Ghibli offre à ses spectateurs un film visuellement banal et limité. Sur le même standard que les très gros studios américains comme Dreamworks ou Disney/Pixar, le studio mythique de Miyazaki et Takahata démontre ses nombreuses années de retard. Aya et la sorcière est limité par sa technique d’images de synthèse. À l’image de son personnage principal durant une grande partie du long-métrage, Aya et la sorcière est pris au piège par les incapacités de l’animation qu’il utilise. Outre l’animation, le film semble également limité par les envies de son metteur en scène. Plus que l’envie de raconter une histoire originale avec son nouveau film, Gorō Miyazaki cherche surtout à aller aux antipodes du style artistique de son père. Par conséquent, nous observons un récit très terre à terre par rapport aux autres œuvres du studio. Sans montées lyriques et sans univers riche en détails, il y a un très gros manque de créativité dans la mise en scène du long-métrage. Un manque qui rend l’histoire très peu attractive. L’investissement du spectateur dans le personnage d’Aya et sa lutte reste minime. 

La narration  la plus faible de l’univers Ghibli

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Aya et la sorcière raconte l’histoire d’Aya, une jeune orpheline de 10 ans très heureuse dans son foyer avec son ami Custard. Cependant, la petite vie paisible de la jeune fille va s’arrêter le jour où un couple étrange, composé de la robuste Bella Yaga et du silencieux Mandrake, va l’adopter. En entrant chez eux pour la première fois, Aya va découvrir un univers très particulier, avec des portes qui disparaissent et des plantes qui l’empêchent de s’échapper de la maison.  Bella Yaga lui explique être une sorcière qui a besoin d’aide dans sa préparation de sortilèges. Aya accepte de devenir son assistante malgré la maltraitance que sa mère adoptive lui inflige. Avec l’aide de Thomas, un chat noir qui parle, la jeune fille va trouver dans une pièce de la maison un vinyle du groupe «Earwig». Ce disque semble avoir un lien avec les origines familiales d’Aya. Avec cette histoire, nous avons un huis clos sur l’émancipation d’une jeune fille dans un univers mystérieux qui regorge de secrets. Un récit assez proche de plusieurs films du studio déjà existants comme Le Voyage de Chihiro avec des éléments récurrents tels qu’une fille de 10 ans comme personnage principal, une sorcière castratrice (Bella Yaga/Yubaba), un milieu sombre et l’envie de s’en échapper. Malheureusement, contrairement au film de 2001 de Hayao Miyazaki, Aya et la sorcière ne fait jamais avancer son intrigue  une fois passée la présentation des personnages et des enjeux. Avec un rythme trop lent et une histoire véritablement peu entraînante, le film tourne en rond. Toutes les pistes narratives sont sans conséquences, n’offrant aucune évolution au personnage. Une présentation de l’intrigue en contradiction avec le dernier acte du long-métrage. Ce dernier segment est extrêmement rapide dans le seul but de conclure le récit le plus vite possible. Tout cela malgré les potentielles pistes narratives et esthétiques intéressantes que cette partie de l’histoire propose très brièvement. Par conséquent, entre éléments sans pertinence et manque d’exploitation d’idées, la structure d’Aya et la sorcière est particulièrement inégale.  

Désaccords artistiques chez Ghibli 

Cette première création s’apparente plus à un essai qu’à une véritable transformation du studio japonais. Aya et la sorcière démontre avant tout le retard de Ghibli dans la technique d’animation 3D. Une technique dont le studio ne maîtrise pas encore très clairement tous les codes, surtout face aux productions américaines plus entrainées. Toutefois, face à de plus en plus de difficultés à survivre financièrement pour les studios, notamment avec l’apparition de nouveaux concurrents et une consommation plus ciblée du public, des films plus mineurs et faciles à produire comme Aya et la sorcière doivent forcément sortir. Aujourd’hui, un studio comme Ghibli, soit une structure qui ne produit qu’un film tous les 2 à 3 ans et ne comptant qu’un grand créateur à sa tête (depuis le décès de Isao Takahata en 2018), doit trouver des solutions pour survivre dans le milieu. Surtout lorsque son dernier créateur annonce régulièrement vouloir prendre sa retraite. 

Un téléfilm vendu comme une grande œuvre de cinéma

Aujourd’hui, Aya et la sorcière sort sur Netflix avec discrétion. Un choix qui semble pertinent étant donné la qualité artistique du film, tout en rappelant que la plateforme au N rouge sert souvent de porte de sortie pour les mauvaises créations cinématographiques. Une sortie qui, même avec des arguments commerciaux comme les labels «Festival de Cannes 2020», «Festival Lumière 2020» et «Festival Gérardmer 2021», le nom de Gorō, la présence d’une technique innovante et la marque Ghibli, n’impressionne personne avec la 3D. 

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Par ailleurs, avec Aya et la Sorcière, nous n’avons pas affaire à une création de Hayao Miyazaki mais de Gorō Miyazaki, soit un réalisateur qui recherche encore son style, tout en étant étouffé par son lourd héritage. Étant donné son modèle de production (financements TV, choix de la 3D, volonté de produire rapidement), Aya et la sorcière n’avait ni la possibilité ni l’ambition de se mettre au niveau des autres créations du studio (Mon voisin Totoro, Princesse Mononoke ou Le Voyage de Chihiro). 

Au final, retrouver le film sur la célèbre plateforme a du sens. L’œuvre est à l’origine destinée à la télévision, ce que représente clairement Netflix aujourd’hui (qualité variable incluse). 

Aya et la sorcière est une tentative qui ne semble pas faire la joie d’Hayao Miyazaki. En plus de son silence lors de la sortie du film, le père de Gorō a plus d’une fois été en désaccord avec le travail artistique de son fils. Ce nouveau long-métrage est-il de trop pour le clan Miyazaki ?    

Devant ce premier échec du studio avec l’animation 3D, nous ne pouvons que nous rassurer en sachant que la prochaine création de Ghibli, Comment vivez-vous ?, sera plus proche du ton original du groupe, avec un retour à de l’animation classique et Hayao Miyazaki à la réalisation. Même si nous devons encore attendre au minimum 2 ans avant de pouvoir découvrir le film (et pas le téléfilm) sur grand écran. 

Retour sur La Famille Addams 2 – Une virée d’enfer

Retour sur La Famille Addams 2 – Une virée d’enfer

L’âme de la franchise

La Famille Addams est une des dernières franchises américaines encore innovante et intéressante aujourd’hui. Depuis la fin des années 1930, la famille est passée par de nombreuses formes artistiques : sitcom dans les années 1960, dessin animé dans les années 1970-1990, film en live action dans les années 1990 et même comédie musicale à Broadway et à Paris ces dernières années (sans oublier une série Netflix prochainement). Toujours à la recherche d’un nouveau mode d’expression artistique, toujours à la recherche d’un nouveau public, la franchise a réussi à s’adapter afin de ne jamais devenir obsolète. Plus populaire dans son pays d’origine qu’en France, les Addams sont toutefois connus de tous. Avec les Simpson et les Pierrafeu, ils sont une des familles américaines les plus reconnaissables du divertissement grand public.  

La Famille Addams 2 : une virée d'enfer
Copyright 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved.

La franchise Famille Addams apporte toujours autant d’argent au box-office. Le premier film d’animation sorti en 2019 a rapporté 204 millions de dollars, soit plus de 8 fois son budget de production. La mise en route d’un second volet pour une sortie prévue à nouveau autour d’Halloween afin de coller avec l’ambiance macabre n’est pas surprenante.

Cette suite conserve son équipe artistique solide : à la réalisation Conrad Vernon et Greg Tiernan (ensemble ils ont travaillé chez Dreamworks, Colombia Pictures et Vanguard Animation pour Shrek 2, Happily N’Ever After, Monstres contre Aliens, Madagascar 3, Sausage Party) et au casting vocal Oscar Isaac (la postlogie Star Wars, le Dune de Denis Villeneuve), Charlize Theron (Mad Max : Fury Road), Chloë Grace Moretz (Kick-ass et sa suite, Dark Shadows), Finn Wolfhard (Stranger Things). Mais au-delà de ces aspects artistiques et financiers, sur quoi se repose la franchise pour toujours intéresser le public américain après 80 années d’existence ? 

Morticia Addams et son mari
Copyright 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved

Pour répondre à cette question, il faut revoir les ambitions mises en place lors de la création de la célèbre famille gothique. Créée en 1938 par Charles Addams, sous la forme de dessins humoristiques pour le magazine The New Yorker, le groupe met en avant différents personnages aussi étranges que macabres (l’idée de famille viendra bien plus tard).

Outre l’attirance qu’ils partagent pour la mort, les Addams se moquent des codes de la bonne conduite en société. Très excentrique lui-même, Charles Addams représente une famille nucléaire américaine extrêmement classique, à un souci près : ils ont des penchants morbides. Pointés du doigt et vus comme des monstres par le reste de la société, ils vivent pourtant heureux en harmonie, contrairement à la majorité des familles américaines « normales ». Dans une société qui impose de plus en plus de règles de conduite et de pensées, les Addams s’avèrent finalement bien moins horribles que certains de leurs voisins. 

Depuis les années 1960, les différents productions émanant de la famille de Charles Addams s’insèrent dans la même lignée esthétique, tout en prenant en compte le public visé (plus enfantin avec les dessins animés, plus tourné vers un humour noir adulte avec les films de Sonnenfeld). Qu’en est-il de ces deux films d’animation ? 

Passons très rapidement sur la qualité artistique des deux productions afin de nous intéresser surtout à leur place dans la franchise : La Famille Addams et La Famille Addams 2 : une virée d’enfer présentent les pires travers de l’animation américaine actuelle grand public. Avec une animation 3D extrêmement vulgaire et bâclée proche du visuel de la précédente création des deux réalisateurs qu’est Sausage Party, un scénario qui suscite très peu d’intérêt chez ses spectateurs en délivrant une histoire lambda et des digressions inutiles, un rythme affolant par peur d’ennuyer, un humour bas du front orienté uniquement vers un public enfantin perçu avec condescendance, un doublage d’une fadeur incroyable, l’idée est surtout de perpétuer la célèbre licence sans jamais se soucier de qualité artistique. 

Puggsley Addams
Copyright 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved

Mais force est de constater que ces deux films sont bien des membres de la franchise Famille Addams. L’esprit du dessinateur trouve sa place au sein des deux créations animées. Avec de nombreuses blagues à l’humour noir et pleines d’allusions macabres, les productions de 2019 et 2021 proposent des antagonistes humains plus monstrueux que nos héros, démontrant que malgré leur aspect, les Addams demeurent plus respectables que le reste de la population. Toutefois, même si l’âme de la franchise reste, elle est noyée, entre beaucoup trop de blagues de mauvais goût hors-sujet et une volonté de ne surtout pas faire évoluer la marque si rentable. 

Dans une période où le cinéma américain mainstream ne se tourne que vers des franchises par peur d’échouer au box-office, avec le lot de créations fades et déshumanisées mais rentables que ça implique (Space Jam 2 – Nouvelle ère, Tom & Jerry, Bob l’éponge – le film : Eponge en eaux troubles, Scooby !), La Famille Addams ne fait pas vraiment exception à la règle. 

Avec un deuxième volet au succès beaucoup moins retentissant au cinéma que le premier (même sous le contexte du Covid-19), nous pouvons qu’espérer que les créations de Greg Tiernan et Conrad Vernon s’inspirent de celles de Sonnenfeld, c’est-à-dire qu’elles s’arrêtent au dyptique. Une trilogie c’est trop banal pour les Addams. 

Gomez Addals
Copyright 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved

« The Inventor » recrute

« The Inventor » recrute

Actuellement en pré-production, The Inventor continue son recrutement. Le 19 novembre, la directrice de l’animation Kim Keukeleire lançait une nouvelle vague d’annonces afin de trouver des animateur·ices pour rejoindre l’équipe.

Leonardo, Jim Capobianco (2009)

Ce long métrage en stop motion et animation 2D est issu d’un court métrage de Jim Capobianco. En 2009 il révélait son premier court métrage indépendant Leonardo, l’histoire d’un inventeur dont vous avez du entendre parler, qui rêvait de pouvoir voler. Le film était en dessins animés mais le design du personnage principal se retrouve aujourd’hui dans The Inventor. Au Festival de Rennes 2021 déjà, l’équipe présentait au public ce projet ambitieux qui compte de grands noms, autant au casting qu’à l’animation.

Le scénariste de Ratatouille a tissé l’histoire de Léonard De Vinci et de la princesse Marguerite. Après avoir quitté l’Italie, l’inventeur se rend à la cour du roi de France pour expérimenter, étudier et inventer. Il est rejoint par la princesse dans ses aventures, et ces dernières le mèneront vers le “sens de la vie”.

Une équipe de folie

Ainsi on retrouve aux côté de Jim Campobianco (nommé aux Oscars pour le scénario de Ratatouille, mais aussi réalisateur du générique de Wall-E), des personnes comme la character designer Annette Marnat, illustratrice de livres pour enfants qui a travaillé pour de nombreux studio (Folimage, Laïka, Disney, Illumination …). Kim Keukeleire (ou Kim Kong), la directrice de l’animation, est aussi une animatrice qui a de la bouteille. Elle a travaillé avec Wes Anderson, Tim Burton, Nick Park et Peter Lord … Dans son CV on peut trouver L’île aux chiens, Ma vie de courgette, Frankenweenie, Fantastic Mister Fox ou Chicken Run.

Alex Mandel sera le compositeur, il est l’auteur notamment de Vers le ciel et Soleil brûlant dans Rebelle mais aussi de la musique de The Girl in the Hallway de Valérie Barnhart, documentaire animé plongeant dans l’histoire de l’enlèvement d’une fillette qui a secoué beaucoup de festivals (Annecy, Ottawa, Raindance, …). 

Léonard sera doublé par le grand Stephen Fry et Marguerite, quant à elle, sera incarnée par Daisy Ridley.

Une production indépendante

La production regroupe Foliascope en France, Mélusine Production au Luxembourg, Curiosity Studio en Irlande et Leo & King aux États-Unis. Pour aider à financer la production loin des gros studio, l’équipe avait lancé un kickstarter en août 2020. Ils ont ainsi réussi à rassembler la somme de 102 065 $ sur un objectif initial de 50 000$. Près de 650 donateurs ! Les contreparties étaient particulièrement alléchantes : film en avant-première, accessoires visuels originaux du film, masterclass avec l’équipe, accès virtuel au plateau … En effet, l’équipe souhaite inclure pleinement les contributeurs à la réalisation et l’aboutissement du projet. Néanmoins la campagne étant close, il n’est plus possible aujourd’hui d’en bénéficier.

Visuel du long métrage The Inventor

La production sera lancée en février ou mars 2022 et durera 8 mois. Le site internet theinventorfilm.com regorge de tout un tas d’images qui vous feront patienter avant la sortie du film !

Gorillaz prépare un film d’animation pour Netflix

Gorillaz prépare un film d’animation pour Netflix

Alors qu’il donnait une interview à Apple Music pour la sortie de son dernier album, Damon Albarn a révélé à Zane Lowe la préparation d’un long métrage d’animation estampillé Gorillaz.

L’annonce ne sort pas de nulle part, Albarn en avait effectivement déjà parlé à Radio.com en octobre 2020. Lui et Jamie Hewlett ont signé avec Netflix pour un film d’animation mettant en scène les membres du groupe virtuel.

Le groupe n’en est pas à son coup d’essai

Les membres du groupe virtuel Gorillaz

2D, Murdoc, Noodle et Russel  (dont on doit l’esthétique à Jamie Hewlett) étaient déjà présents dans la série animée Song Machine. Un épisode sortait chaque jeudi sur la chaîne Youtube de Gorillaz de janvier à octobre 2020. Le programme était composé de neuf clips musicaux réalisés en collaborations avec de grands noms de la musique, et 18 courtes vidéos intitulées Machine Bitez qui présentaient des interviews, sketchs, et discussions entre les membres du groupe et les invités. Les neuf musiques avaient ainsi données lieu à l’album Song Machine, Season One : Strange Timez, sorti le 23 octobre 2020.

C’était à l’occasion de la sortie de l’album que Damon Albarn avait révélé que les deux fondateurs de Gorillaz préparaient un long métrage d’animation ainsi qu’une saison 2 à Song Machine

Jamie Hewlett et Damon Albarn

Un projet qui mûrit depuis longtemps

Depuis nous n’avions plus de nouvelles. Mais visiblement le projet continue son bonhomme de chemin. Le musicien annonçait en effet qu’il allait à Malibu pour une session d’écriture. Il n’a rien pu dire de plus mais son enthousiasme débordait du studio d’enregistrement de Los Angeles. C’est apparemment un projet qui leur tient à cœur depuis longtemps et dans lequel ils mettent beaucoup d’espoir. Albarn avait même comparé leurs ambitions aux créations du studio Ghibli lorsqu’il parlait à Radio.com.

Le mystère reste néanmoins épais, aucune information sur le scénario ou la sortie pour l’instant. Le projet est assurément très excitant sachant la qualité de leurs clips, dont l’animation 2D était précurseur dans le milieu. 

Damon Albarn

One Piece : le 1000ème épisode diffusé en salle

One Piece : le 1000ème épisode diffusé en salle

Ce dimanche 21 novembre est diffusé à la télévision le 1000ème épisode de l’anime One Piece. Une diffusion qui a donné lieu à différents événements sur le territoire français pour célébrer avec les fans l’incroyable longévité de cette série dont la diffusion a commencé en 1990.

Un événement sur tout le territoire français

Début décembre ce sera le 100ème tome de Eiichiro Oda qui sortira dans les librairies. Éditées à environ 250 000 exemplaires par Glénat, le tome et ses versions collector sont en prévente depuis des mois. À l’occasion de la diffusion du 1000ème chapitre de la série, la Toei Animation Europe, en collaboration avec CGR Events, a programmé une sortie salle sur le territoire français et belge. Ce sont pas moins de 174 cinémas qui proposeront ce Marathon 1000 Logs. Entre les salles Kinépolis, CGR, Mégarama et le Grand Rex, les fans ont l’embarras du choix ! Pour peu qu’ils aient réservé à temps …

L’épisode suivra le film One Piece : Strong World et du court métrage inédit One Piece Characters Log : Monkey D. Luffy. D’autres surprises devraient ponctuer la programmation, mais les organisateurs les ont gardées secrètes.

La diffusion sera bien sûr également télévisée. Elle sera un peu partout à la TV et sur les plateformes le 21 novembre (11h au Japon, 9h en France) : J-One, Wakanim, Crunchyroll, …

ADN sera aussi de la fête

Elle sera aussi sur la chaîne d’ADN dans le cadre de son One Piece 1000 Fest’. Un événement retransmis en direct ce weekend, avec les 100 premiers joueurs du jeu Le Log Pose de l’île perdue. La journée commencera le dimanche avec la diffusion des épisodes 998 et 999 puis du 1000ème en direct sur Youtube. S’en suivront des interviews, des tables rondes et d’autres surprises, comme le documentaire One Piece en route vers l’épisode 1000 disponible sur leur site internet.


One Piece est désormais entré dans le très select club des animes de plus de 1000 épisodes, qui compte parmi ses membres des vétérans comme Detective Conan, Ojarumaru ou encore Nintama Rantarō.

Retour sur Rick et Morty – Saison 5 Vers une simpsonification

Retour sur Rick et Morty – Saison 5 Vers une simpsonification

Information Rick et Morty

Note : 3,5/5

Le 2 décembre 2013 sortait le premier épisode de la série d’animation Rick et Morty sur Adult Swim. Création de Dan Harmon et Justin Roiland en 2D avec quelques incrustations 3D, elle offre à son spectateur une version nihiliste et pessimiste du duo iconique Doc/Marty de la trilogie de Zemeckis Retour vers le futur, sous une esthétique visuelle proche des créations de Matt Groening (Les Simpson, Futurama, Désenchantée). Il est question dans le show de Rick, le grand-père alcoolique, génie de la science et (un peu) sociopathe de Morty, son petit-fils aussi timide qu’innocent souvent obligé de le suivre contre son gré dans des voyages spatiaux. D’autres compagnons se greffent au duo, majoritairement le reste de la famille : Summer la sœur superficielle, Jerry le père looser et Beth la mère autoritaire. 8 ans plus tard, le show a déjà 5 saisons à son actif, soit 51 épisodes. La série est devenue un véritable phénomène de pop culture en moins de 10 ans. De nombreux concepts, épisodes ou slogans tels que « I’m pickle Rick ! », « Wubba Lubba Dub Dub », « Get Schwifty » ou « I’m Mr. Meeseeks, look at me » sont aujourd’hui des classiques de la télévision et des sources inépuisables de mèmes sur internet. Avec un contrat de diffusion signéacté en mai 2018 pour 70 épisodes (soit 7 saisons),  Rick et Morty n’est pas prête de s’arrêter. Toutefois, avec la sortie de la dernière saison du programme cet été, une tendance assez péjorative commence à se faire ressentir. Retour sur la saison 5 de Rick et Morty !

Rick et Morty
Copyright FR_tmdbSerie Rick et Morty – Saison 5

Diffusée en France du 21 juin au 6 septembre 2021, le résultat de la nouvelle saison est en demi-teinte. Si nous ne pouvons qu’applaudir ces 10 nouveaux épisodes pour leur humour corrosif, leur histoire bourrée de nouveaux concepts et leur rythme effréné, ils ne sont pas aussi corrosifs que les premières saisons du show. Un résultat qui apparaît malgré la volonté d’offrir des nouvelles pistes narratives innovantes comme les mondes parallèles. Cette sensation vient surtout de trois circonstances. Premièrement, le concept de l’irrévérence n’est plus une nouveauté.  Elle est maintenant la marque classique de la série et peine à se renouveler dans son manque de respect envers le spectateur. Deuxièmement, les pistes scénaristiques présentées dans chaque épisode sont beaucoup moins poussées dans leurs derniers retranchements qu’avant. Elles se reposent un peu trop souvent sur des clins d’œil ou parodies de concepts de science-fiction sans pour autant les réutiliser d’une manière nouvelle à la sauce Rick et Morty. Troisièmement, les trames narratives sur l’évolution des personnages n’existent plus. Vendue comme une série d’animation pour adultes déroulants une petite narration sur toute une saison en plus des histoires de chaque nouvel épisode, la série n’offre plus maintenant de développement sur le long terme à ses protagonistes  (Rick reste ingrat, Morty peureux, Jerry idiot,…). Et les clins d’œil à d’anciens épisodes ou les maigres révélations sur le passé de Rick ne suffisent pas à faire avancer l’univers de la série, ce dernier étant d’ailleurs de plus en plus complexe à suivre avec l’apparition des mondes parallèles. Tout ceci au profit d’épisodes stand-alone classiques comme Les Simpson, dont les créateurs de Rick et Morty n’ont jamais caché s’en inspirer. Sauf qu’à vouloir trop lui ressembler, il semblerait que la série de Adult Swim se pare également des mêmes travers que le show des personnages jaunes de Springfield.  

Famille Rick et Morty
Copyright FR_tmdbSerie Rick et Morty – Saison 5

Avec encore 4 saisons minimum au compteur, la série Rick et Morty commence à se « simpsonifier ». Maintenant une marque importante de la pop-culture avec ses t-shirts, mugs et posters, elle doit garder son image de qualité tout en étant toujours présente à la télévision. Malheureusement, les épisodes d’aujourd’hui n’ont plus la sève d’hier. Il suffit d’observer les phrases et épisodes cultes du show pour remarquer qu’ils ne proviennent pas des derniers épisodes diffusés. La qualité narrative de la série n’est plus mise en avant. Le programme compte maintenant sur des effets d’annonce autour de visuels innovants, de la présence de guests toujours plus importants et de clins d’œil de moins en moins subtils pour que ses spectateurs parlent de lui. Des solutions que la série de Matt Groening a trouvé depuis plusieurs années pour susciter encore un intérêt chez son public. Des effets d’annonce encore plus importants depuis que la série de plus de 30 ans est devenue une marque promotionnelle pour Disney+ avec le rachat de la Fox en 2018. Le dernier court-métrage bonus de la série, mettant en scène Tom Hiddleston dans son rôle de Loki pour Marvel, démontre bien cette volonté publicitaire, tout en ayant très peu d’intérêt artistique. Malencontreusement, Rick et Morty s’offre les mêmes torts, comme nous pouvons l’observer avec l’apparition de l’interprète de Doc, Christopher Lloyd, dans le rôle de Rick. Avec ce teaser de fin de saison, nous avons un bingo gagnant : visuels innovants (live au lieu d’une animation 2D), guest important (l’acteur de Retour vers le futur quand même), clin d’œil peu subtil (le personnage de Rick étant un hommage à Doc). Si l’idée prête à sourire (ce qui est le cas, ne boudons pas notre plaisir), elle désole quand nous réalisons que ces gros coups de coude ne sont là que pour pallier au manque de qualité de la dernière saison et nous fait regretter l’époque où nous réagissions au show uniquement pour ses ingéniosités scénaristiques. Le gag de Lloyd en Rick est d’ailleurs une resucée d’un gag déjà bien assez connu du grand public (Pickle Rick !), démontrant la volonté d’aller vers des classiques que d’en inventer des nouveaux.  

Gif Pickle Rick

Une tendance qui ne risque pas de s’atténuer avec d’autres propositions irrévérencieuses (Solar Opposites sur Hulu, Paradise Police sur Netflix,…) de plus en plus nombreuses (mais de moins bonne facture) et des enjeux marketing qui ne cessent de s’agrandir (faut bien les vendre les flasques, parapluies et chaussons à l’effigie du show). I’m Mr. Goodies, look at me !

Tous en scène 2 : une nouvelle bande annonce

Tous en scène 2 : une nouvelle bande annonce

Au cinéma ce 22 décembre, cinq ans après le premier volet, Tous en scène 2 nous révélait ce 4 novembre une toute nouvelle bande annonce.

Tous en scène 2

Vous pouvez découvrir sur la chaîne Youtube du groupe Universal France ce nouveau teaser qui nous montre un peu plus le personnage du lion Clay Calloway, ancienne star qui refuse depuis des années de se montrer sur scène. La vidéo révèle des visuels spectaculaires qui laissent espérer un show haut en couleur pour cette nouvelle aventure de la troupe, un véritable show à la Broadway qui sera probablement autant un défi pour les personnages qu’il l’a été pour Illumination, qui est derrière les deux opus.

Au casting on retrouve des très grands noms comme Bono (chanteur de U2) qui interprétera Clay Calloway, son premier rôle d’animation. Se joindront à la fête Pharell Williams, Hasley, Letitia Wright (Black Panther), Eric Andre et Chelsea Peretti. Au casting français ce sera Gérard Lanvin qui interprétera le lion meurtri, Fatoumata Kaba (humoriste, influenceuse et actrice franco-guinéenne qu’on a pu voir dans Validé sur Canal+) qui doublera Letitia Wright et Lola Dubini qui doublera Hasley.

On vous laisser avec la bande annonce, attention les yeux !

Fantastic Mr. Fox : Unique adaptation réussie de Roald Dahl au cinéma

Fantastic Mr. Fox : Unique adaptation réussie de Roald Dahl au cinéma

Mr fox le renard
Copyright Twentieth Century Fox FranceFilm Fantastic Mr. Fox

Adapter du Roald Dahl sur grand écran n’est pas une mince affaire. Auteur anglais populaire pour ses ouvrages destinés à la jeunesse, il mélange avec précision l’humour et la cruauté, tout en réutilisant des personnages ou des codes de contes populaires. Avec plus de 250 millions de livres vendus à ce jour dans les librairies, tout le monde connaît l’auteur de Matilda. Une popularité que le cinéma cherche à s’accaparer en adaptant depuis 65 ans son travail. Face au challenge artistique que représente la transformation de ses textes en images mouvantes, de grands noms du 7ème art se sont lancés comme Tim Burton avec Charlie et la Chocolaterie (2005), Steven Spielberg avec Le Bon Gros Géant (2016) et dernièrement Robert Zemeckis avec Sacrées Sorcières (2020). Des productions souvent décevantes, autant du point de vue de l’adaptation, que venant de l’artiste qui adapte. Seul un cinéaste a réussi le tour de force d’adapter une œuvre de Dahl avec pertinence pour les salles obscures, tout en révélant un nouvel aspect de son talent : Wes Anderson en 2009 avec Fantastic Mr. Fox !

Depuis plus de 10 ans, Wes Anderson cherchait à adapter Fantastique Maître Renard, qui n’avait jusqu’alors jamais été adapté sur grand écran. En choisissant cette œuvre de Dahl, le réalisateur de La Famille Tenenbaum a plus de liberté que ses autres collègues cinéastes. Le texte, qui présente une famille de renards coincée dans un terrier par trois fermiers souhaitant leur mort, est une des plus courtes et légères créations de l’auteur anglais. Par conséquent, ne pouvant pas suivre à la lettre le livre, le réalisateur (également scénariste avec Noah Baumbach) devait proposer de nouvelles pistes originales afin d’étoffer l’histoire pour un long-métrage d’1h20. La phobie des loups du personnage principal, l’antagoniste Foxy le rat, la présence du neveu Kristofferson : ces éléments ont été créés de toutes pièces, mais respectent absolument le ton de l’œuvre originale, surprenamment macabre tout en restant à hauteur d’enfants. Des idées qu’Anderson a développé en séjournant dans l’ancien cabinet de travail de l’auteur pour enfants à Great Missenden, avec l’accord de la veuve de Dahl, Felicity (le même prénom que Mrs. Fox !). Mais plus qu’adapter avec de grandes prises de liberté le livre, le réalisateur offre également au public une création très personnelle, démontrant la singularité du cinéaste dans le paysage audiovisuel. 

Si Fantastic Mr. Fox est une réussite, c’est avant tout car Anderson a réalisé cette adaptation dans la même lignée que ses autres productions. Avec son premier film d’animation, le cinéaste nous présente une fois de plus une famille dysfonctionnelle comme sujet principal. Même animale, cette famille garde un aspect humain, notamment en donnant aux personnages des habits et des emplois. Entre une comédie de Frank Capra et d’Howard Hawks, le metteur en scène nous montre, même derrière ces animaux en stop motion, la fragilité humaine. Préférant l’animation à la main plutôt qu’en images de synthèse, ce choix permet de mettre en avant la parfaite imperfection des protagonistes. Cette esthétique, proche de l’esprit de Dahl, aide alors à contrôler au millimètre près les détails présents dans le cadre. Pour finir, Anderson en profite pour y insérer ses gimmicks de mise en scène comme ses gros plans ou ses lents mouvements de caméra. Des choix artistiques à l’opposé des codes classiques de l’animation, cherchant toujours à être dans un mouvement d’ensemble. 

Tout en restant dans le ton du texte de l’auteur populaire anglais, Wes Anderson imprègne son premier film en animation de toutes ses inspirations, rendant l’œuvre aussi inclassable qu’unique.

Wes Anderson Smile GIF By 20th Century Fox Home Entertainment

La Traversée : Voyage au cœur d’un dispositif pictural singulier

La Traversée : Voyage au cœur d’un dispositif pictural singulier

Avec une animation constituée majoritairement de peinture, chaque plan du premier long-métrage de Florence Miailhe offre une idée visuelle, et ainsi une stimulation intellectuelle permanente pour le spectateur. Avec la collaboration de Marie Desplechin au scénario, la narration offre également de nombreuses pistes pertinentes, alors qu’elle aurait pu être en retrait face à l’importance du dispositif pictural, comme souvent dans ce genre de création. Toutefois, La traversée souffre parfois de sa singularité au sein du paysage de la production animée française.

Florence Miailhe

La Traversée est le premier long-métrage de Florence Miailhe. Réalisatrice innovante dans le milieu du cinéma d’animation en France, elle réalise ses projets à base de peinture, sable, crayon ou pastel. Avec un style visuel aussi personnel, son travail s’est rapidement fait remarquer dans de nombreux festivals et a obtenu plusieurs prix : César du meilleur court-métrage en 2002 pour Au premier dimanche d’août, Mention spéciale au Festival de Cannes en 2006 pour Conte de Quartier, Cristal d’honneur au Festival international de film d’animation d’Annecy en 2015 pour l’ensemble de ses créations. La Traversée a déjà obtenu la Mention du jury à la dernière édition du Festival d’Annecy, le Prix du meilleur scénario au Festival premiers plans d’Angers en 2010 et a été lauréat de la Fondation Gan pour le cinéma en 2017 toujours pour son scénario.

Marie Desplechin

L’écriture du long-métrage est également co-dirigée par Marie Desplechin, romancière à succès dans le domaine du livre pour la jeunesse (Prix Tam-Tam et Jacques-Asklund pour Verte en 1996, Prix de la Semaine Paul Hurtmans pour La Prédiction de Nadia en 1997 ou Pépite du livre d’art au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil pour Mon Petit théâtre de Peau d’âne en 2011) comme pour les adultes (Prix Médicis essai avec Lydie Violet pour La vie sauve en 2005). Quelques ouvrages pour enfants de Desplechin figurent également dans la bibliothèque idéale du Centre National de la Littérature pour la jeunesse. Plusieurs de ses textes ont été adaptés en albums, au cinéma ou à la télévision comme Danbé, ayant obtenu le Prix du meilleur film au festival de la fiction TV de La Rochelle en 2014. Elle est également scénariste depuis 2001 avec Le Voyage en Arménie de Robert Guédiguian ou Sans moi d’Olivier Panchot d’après son propre roman. L’écrivaine a collaboré avec Florence Miailhe sur la plupart de ses créations. 

Avec une animation faite principalement de peinture capturée directement par l’œil de la caméra en passant par un recouvrement, Miailhe est habituée à travailler seule sur ses projets. Mais pour son premier long-métrage, l’envergure du travail était telle, que la réalisatrice a dû former une équipe autour d’elle : quinze animateurs dans trois studios différents sur trois pays différents (France, République Tchèque et Allemagne) pour une production qui a duré trois ans au total. 

Figure innovante dans le milieu de l’animation, Florence Miailhe promettait avec La Traversée de l’originalité dans sa forme, comme de l’intérêt dans son fond, au vu de la participation de Marie Desplechin à l’écriture et des nombreuses récompenses depuis 2010. Qu’en est-il du résultat ?  

Une narration aussi riche que son visuel

La Traversée met en scène le voyage vers la liberté de deux enfants, Kyona et Adriel, sœur et frère. Le duo cherche à rejoindre des lointains membres de la famille dans une zone géographique plus calme, après avoir perdu leurs parents lors d’un contrôle routier alors qu’ils quittaient leur village pillé. Le film montre alors un voyage initiatique de l’enfance à l’adolescence, en passant par de nombreuses embûches comme un groupe de trafiquants d’enfants, un couple tortionnaire, un cirque ambulant et une prison encastrée dans les montagnes. 

Afin de rendre l’intrigue la plus universelle possible, la réalisatrice joue à brouiller les différentes pistes d’interprétation possibles. Que ce soit avec une carte aux repères peu identifiables, avec des objets et costumes de différentes époques ou régions ou avec des climats météorologiques très variables, le cheminement des deux enfants semble aussi complexe et laborieux que le passage d’un enfant au monde des adultes. 

Toutefois, même si l’intrigue reste imprécise sur certains aspects, cette dernière est singulière et fondée sur du vécu tant elle est éprouvante. L’histoire du film s’inspire du vécu familial de la réalisatrice : les arrière-grands-parents de Miailhe ont fui Odessa en Ukraine au début du XXè siècle ainsi que sa mère et son grand frère pour gagner la zone libre en France en 1940. Tout ceci apporte un réalisme et une sensibilité aux  propos et comportements des personnages face à la traversée qu’ils doivent entreprendre au mépris de leurs oppresseurs.  La production met en avant la mémoire de plusieurs générations familiales de l’artiste en un road-movie, tout en gardant une certaine clarté et précision. 

Cette narration mélangeant vraisemblance et imaginaire est accentuée par l’apparition de nombreuses thématiques et contes folkloriques plus ou moins nuancés : les oiseaux comme une masse tyrannique à la manière d’Alfred Hitchcock, une sorcière similaire à une Baba Yaga, les gens du voyage avec l’univers du cirque, le merveilleux avec les frères Grimm (Hansel et Gretel ) ou Charles Perrault (Le Petit Poucet), le nazisme avec la tenue des différents tyrans rencontrés. Toutes ces nombreuses notions sont accueillies dans le récit et digérées par le spectateur avec bienveillance, notamment grâce à un enchaînement parfaitement maîtrisé. Tout en restant dans la nuance, ces propos offrent alors une lecture simple pour le jeune public mais également une plus réfléchie pour le public aguerri.

Un visuel débordant d’idées

Avec son premier long-métrage, Florence Miailhe mélange les différents moyens d’expression : peinture, dessin au crayon ou fusain, aquarelle,… Un mélange qui joue avec le spectateur en apparaissant quelquefois au sein même d’un même plan, rendant la perception visuelle du spectateur complexe, surtout quand un moyen d’expression cherche à simuler le résultat d’un autre. Majoritairement à la peinture, les images de la réalisatrice sont extrêmement intéressantes à observer par les différentes esthétiques présentées, entre formes synthétiques voire simplistes et très grand réalisme.

Chaque plan offre une idée visuelle, permettant au spectateur d’être stimulé constamment par les images qui se déroulent face à lui. Très souvent cette question émerge : comment l’artiste a réussi à rendre une ombre aussi transparente, une lumière aussi lumineuse ou un reflet dans l’eau aussi apaisant ? Des questionnements qui démontrent le talent de la réalisatrice. Avec une forme picturale et un univers narratif qui offrent aussi peu de réalisme à l’écran, un accès à l’œuvre peut être difficile pour le public. Toutefois, en innovant constamment, Miailhe fait en sorte que le spectateur ne puisse pas se lasser du dispositif particulier qu’il observe. 

En plus d’un jeu avec la technique de représentation, nous constatons également un jeu direct avec la représentation elle-même. Chaque séquence regorge de concepts ou pistes de réflexion. Ceci est perceptible dans la forme de quelques tyrans (sous la forme de monstres inhumains) ou la transformation d’un opposant à un allié (du loup sauvage au chien affectueux) pour ne donner que deux exemples. Par cette vision imprécise, l’intrigue nous rappelle qu’elle est présentée à travers les yeux d’une enfant. Une des plus magnifiques séquences de l’œuvre étant un mélange de réalisme et de contemplation lors d’un spectacle d’acrobaties sous un chapiteau. Miailhe n’a pas peur d’aller, au sein d’une histoire grave et sérieuse, dans une poésie lyrique jouant sur les formes. Des envolées qui ne sont jamais malvenues dans le long-métrage grâce au dispositif et à la narration.

Des impératifs de production trop voyants

Toutefois, malgré les grandes qualités du long-métrage, aussi bien narratives que visuelles, La Traversée souffre de quelques défauts liés, de près ou de loin, à l’écosystème de la production d’animation en France. 

Pour commencer, l’œuvre est, dans son ensemble, beaucoup moins impressionnante esthétiquement que les précédentes créations de Miailhe. Un résultat que nous pouvons expliquer par le passage d’une démarche expérimentale courte à un premier long-métrage devant s’acclimater au système classique de production. Avec une plus lourde équipe derrière le projet, nous observons un besoin d’homogénéiser la forme artistique pour obtenir un délai de création raisonnable. 

Avec cette idée précise, le film est passé de 24 images par seconde à 12. Un choix assumé par la réalisatrice face à un budget et un temps limités. La présence d’impératifs économiques est toujours intrinsèquement liée à l’œuvre cinématographique. Toutefois, le travail d’un auteur est de ruser pour que les impératifs ne soient pas néfastes (voire qu’ils s’adaptent) à la vision artistique du projet. En passant de 24 à 12 images, les mouvements sont beaucoup moins fluides, surtout à une époque où de plus en plus de grosses productions américaines expérimentent le 48 images par seconde. Par conséquent, plutôt que de s’attarder sur le mouvement, il est nécessaire au créateur de s’attarder sur la fixité du plan. C’est un élément très visible pour de nombreuses créations en stop-motion plus ou moins importantes. Un concept très bien compris par Miailhe mais avec toutefois quelques lacunes, notamment avec les moyens de locomotion aux mouvements très saccadés comme les voitures. Paradoxe de La Traversée, film qui traite avec son sujet du mouvement mais qui doit le limiter. 

PRAGUE, 26/03/2018. La réalisatrice française d’animation et artiste , Florence Miailhe, lors de la production de son long-métrage « La traversée » avec l’équipe tchèque. Produit par Les Films de l’Arlequin.

Toujours dans des problématiques économiques, la nature du public visé est une interrogation. Le film est confronté à sa volonté de parler en même temps à un public jeune et âgé. Plutôt que de faire le choix d’une vision limitée, La Traversée se veut universelle. Une volonté noble et envisageable mais qui ici apporte quelques fautes de goût à la création picturale. Un élément désagréable à mentionner : la voix-off. Apportant plus de singularité et d’honnêteté à l’œuvre (notamment car ce sont les paroles de la réalisatrice), l’élément extra-diégétique reste néanmoins trop présent, ne permettant pas au spectateur de se détacher de sa position d’observateur pour être transporté dans l’univers. En plus d’offrir une distanciation forte à son public, cette voix-off est beaucoup trop explicative. Elle appuie des propos déjà compréhensibles à l’écran ou en offre d’autres qui auraient pu apparaître plus efficacement par la mise en scène ou les dialogues. C’est une solution de facilité afin de s’assurer la compréhension de tous les publics, rendant l’œuvre plus sonore qu’audiovisuelle. Néanmoins, n’oublions pas que La Traversée n’est pas la première dans le paysage cinématographique français à utiliser cette solution.

Cependant, face à cette problématique du tout public, l’œuvre regorge d’idées pour y remédier. L’histoire est observée sous le point de vue d’une jeune fille, permettant de jouer sur la perception de la violence. Cachée dans un premier temps, elle devient de plus en plus crue au fur et à mesure de l’œuvre, dépeignant la fin  de l’enfance du personnage principal. Tout en jouant avec les différentes possibilités visuelles qu’offre la peinture, la réalisatrice réfléchit sa violence. Un abus de force complexe à insérer dans un film d’animation à l’aspect réaliste et proposé à partir de 11 ans pour des raisons de rentabilités financières. De nombreuses œuvres animées du même genre doivent faire ce choix, allant vers de l’inventivité dans la mise en scène avec J’ai perdu mon corps (Jérémy Clapin, 2019) ou une dissimulation très assumée avec Les hirondelles de Kaboul (Zabou Breitman & Eléa Gobbé-Mévellec, 2019). 

Avec ces quelques contraintes économiques prenant le pas sur l’artistique, La Traversée souffre de sa singularité dans le paysage cinématographique animé. Malgré cela, nous ne pouvons que nous satisfaire de ce genre de défaut, démontrant le caractère unique du premier long-métrage de Florence Miailhe. 

Le Sommet des Dieux : Un film à la hauteur du manga

Le Sommet des Dieux : Un film à la hauteur du manga

Pour sa première réalisation en solo, Patrick Imbert adapte le manga Le Sommet des Dieux de Jirô Taniguchi et Baku Yumemakura en un film d’animation innovant. Au sein d’un visuel 2D, nous observons un jeu entre simplicité pour les personnages et grande précision pour les décors, offrant une immensité toujours plus grande aux montagnes à gravir. Si dans un premier temps le long-métrage souffre de devoir adapter plus de 1500 pages en une heure et demi, l’œuvre se fluidifie dans un deuxième temps pour offrir ses meilleurs moments. 

Il y a 4 ans, Patrick Imbert coréalisait Le grand méchant renard et autres contes avec Benjamin Renner, auteur des bandes dessinées dont le film est l’adaptation. Reprenant le visuel de l’œuvre d’origine, soit des formes avec un aspect proche de l’esquisse au crayon et un mélange de couleurs très nuancé, l’esthétique du long-métrage s’apparentait fortement à l’adaptation cinématographique de 2012 des livres Ernest et Célestine (dont Benjamin Renner était déjà coréalisateur et Patrick Imbert directeur de la photographie). Le grand méchant renard et autres contes était une réussite narrative (notamment grâce à des dialogues savoureux) et visuelle (notamment grâce à une animation soignée à l’humour slapstick proche des dessins animés Looney Tunes et La bande à Picsou), permettant à l’œuvre d’obtenir le César du meilleur film d’animation en 2018 tout comme Ernest et Célestine en 2013. Toutefois, il est difficile d’observer le talent de Patrick Imbert dans le film. L’œuvre de 2017 est divisée en trois court-métrages : Un bébé à livrer, Le grand méchant renard, Il faut sauver Noël.  Le principal segment (le deuxième, comme le suppose le titre du film) est réalisé par Benjamin Renner. En plus de sauvegarder l’esthétique des BD fidèlement, Imbert s’occupait donc uniquement des deux parties mineures du long-métrage. 

Pour sa première réalisation en solo, Imbert adapte à nouveau une œuvre dessinée. Cette fois-ci, il s’agit du manga Le sommet des dieux de Jirō Taniguchi, adapté du roman du même titre de Baku Yumemakura. Publié entre 2000 et 2003, le manga met en scène le journaliste Fukamachi Makoto qui retrouve dans une boutique l’appareil photo de George Mallory. Derrière l’objet se cache peut-être la vérité sur la disparition de son propriétaire et d’Andrew Irvine, lors de la première  ascension du mont Everest en 1924. Une vérité qui pourrait bouleverser l’histoire de l’escalade himalayen. Dans son enquête, le journaliste rencontre Habu Jôji, célèbre alpiniste très mystérieux. La recherche de Makoto est ainsi un prétexte pour découvrir ce milieu très méconnu, son esprit de compétition, ses associations, ses sponsors, ses modes de vie, et surtout ses grandes prouesses physiques. L’œuvre dépeint de célèbres figures du milieu, en plus d’y ajouter des personnages fictifs. Entre une enquête qui souhaite s’effacer mais jamais totalement et de trop nombreuses

explications extradiégétiques, la narration de l’œuvre se distingue toutefois par la mise en place de grandes figures complexes, à l’image du personnage Habu Jôji. Si Le sommet des dieux réjouit dans le milieu du manga, c’est surtout pour ses dessins. Le travail d’adaptation effectué par Jirō Taniguchi en images fixes, met en scène des protagonistes avec relativement peu de détails dans de très grands espaces montagnards dépeints avec une extrême minutie. Le lecteur est alors en immersion totale. C’est en étant absorbé voire enivré par l’univers graphique de l’ouvrage que nous comprenons pourquoi Baku Yumemakura souhaitait avant tout le mangaka Jirō Taniguchi pour adapter son travail. Le roman graphique a déjà été l’objet d’une transposition dans un autre medium artistique, le live action en 2016 sous la supervision de Hideyuki Hirayama, mais jamais en film d’animation jusqu’à ce jour. 

Illustration du manga par Jirō Taniguchi

Après un premier travail d’adaptation réussi du texte de Yumemakura en images par Taniguchi, le renouvellement d’un tel exploit, cette fois-ci en film d’animation, se révèle complexe. Si avec Le grand méchant renard et autres contes, Patrick Imbert nous a déjà démontré ses capacités à adapter à l’écran une œuvre graphique avec succès, il s’agissait toutefois d’un tout autre registre. Que vaut la première création solo de Patrick Imbert ?

Adaptation, défauts inclus

Tout comme gravir l’Everest, adapter le manga Le sommet des dieux ayant environ 1500 pages au total en un film d’animation d’une heure et demi est une tâche ardue. Ce constat est visible dans les premières minutes du long-métrage d’Imbert. L’œuvre de Baku Yumemakura et Jirō Taniguchi se veut plus une découverte du milieu de l’escalade que la simple aventure d’un homme face à la montagne. Durant ses différents tomes, le roman graphique présente plusieurs époques, personnages et réflexions autour de ce milieu méconnu. Par conséquent, en l’adaptant en une courte création animée, Patrick Imbert (mais également Jean-Charles Ostoréro et Magali Pouzol) avait devant lui une épreuve complexe pour le scénario. Loin

de nous l’idée de faire un comparatif entre les événements du livre et ceux du film (ceci étant un travail fastidieux et plutôt inintéressant dans l’ensemble), mais le long-métrage prend évidemment beaucoup de raccourcis. Un constat qui se remarque dès le début dans la mise en scène de l’œuvre : rythme effréné, caractérisation des personnages très rapide, gravité des événements difficilement perceptible. Une situation qui offre alors moins de profondeur aux personnages, aux épreuves et aux enjeux de l’univers de Baku Yumemakura.

Loin d’être inintéressante ou superficielle, l’œuvre d’Imbert souffre de ce survol de la narration d’origine. Toutefois, la mission reste réussie dans l’ensemble. Si la suite d’éléments présentés rapidement peut rebuter certains grands amateurs du manga dans un premier temps, il faut reconnaître que l’ensemble est retranscrit avec réflexion et pertinence. Les choix d’adaptation sont cohérents et permettent à l’œuvre cinématographique de ne pas être indigeste. Conscient des éléments les plus importants du texte, Patrick Imbert se permet, dans sa frénésie introductive, de s’arrêter sur des moments-clés à ne pas négliger, comme les événements dramatiques avec le jeune Kishi Buntarô, construisant au passage la psychologie du personnage d’Habu Jôji. En calmant le grand rythme des premières scènes de l’œuvre, ces moments aident le spectateur à comprendre les enjeux principaux, tout en insérant des émotions au sein de la masse d’informations qu’introduit le long-métrage. 

Ayant un fort respect pour le manga, le film donne à son public les mêmes défauts. La création d’Imbert ne peut pas s’empêcher de surexpliquer son propos ou surprésenter ses protagonistes à travers la présence d’une voix-off. Un choix déjà problématique dans le livre graphique mais qui ici donne aux spectateurs plus de difficulté à se laisser pénétrer par l’univers montagnard. Creuser un peu plus la réflexion sur la mythologie des ascensions hivernales, afin de véritablement montrer un univers bien plus riche qu’une simple enquête journalistique, aurait été une plus-value au résultat final. Mais ce manque à gagner était encore une fois déjà perceptible dans l’œuvre de Taniguchi et Yumemakura. 

Ces quelques défauts, que nous venons de mettre en avant, ne sont finalement que le résultat d’un (trop ?) grand respect pour un matériel d’origine un peu trop riche dans le cadre d’une création animée d’une heure et demi.

Adaptation, qualités incluses

Si le travail de Taniguchi et Yumemakura apporte son lot de difficultés au film d’Imbert, il apporte bien évidemment également de nombreuses qualités. Pour commencer, le co-réalisateur de Le grand méchant renard et autres contes a eu la pertinence de ne pas bêtement transposer en animation les graphismes du manga, mais d’offrir un visuel véritablement innovant, tout en gardant les mêmes intentions derrière les croquis sur papier. Lorsque Jirō Taniguchi  a adapté à l’aube des années 2000 la création de Baku Yumemakura, le dessinateur souhaitait mettre en avant surtout les infranchissables montagnes enneigées. Les graphismes montrent ainsi une forte différence entre la simplicité des hommes ayant assez peu de détails, face à l’immensité de la nature devant eux ayant de nombreux détails. Tout ceci donnait l’atmosphère d’une quête de l’infini au lecteur. Cette perspective est très bien comprise par le réalisateur du

film d’animation. En mettant en place une 2D assez simple pour les personnages et très réaliste pour les décors, l’ampleur de l’univers resurgit. C’est encore plus notable car les personnages du film ont encore moins de caractéristiques visuelles que ceux du manga. Toutefois, même si le physique des protagonistes du long-métrage semble simpliste, un lourd travail est apporté pour leur donner malgré cela une large palette d’expressions humaines. Une solution qui rattrape quelques fois le manque de profondeur concernant l’intrigue. 

Un véritable moment de cinéma

Dans cette même volonté d’équilibre entre très grand respect pour le matériel d’origine et envie d’apporter sa touche personnelle et unique, Patrick Imbert se permet quelques envolées dans la seconde partie de son film. Cette dernière est la lutte sportive tant attendue de nos deux protagonistes principaux contre l’Everest. Après avoir mis en place tous les éléments permettant de comprendre les enjeux de cette ascension, la création animée prend de la hauteur et offre un véritable moment de cinéma. Moins perturbée par les éléments narratifs à installer, l’histoire se focalise enfin sur son

véritable sujet : la prouesse physique et irrationnelle des Hommes face à l’adversité. Avec un rythme plus lancinant, le film se concentre sur une ascension exceptionnelle plutôt que sur l’intrigue journalistique (pointée enfin par le réalisateur comme minime face à ces nouveaux enjeux). La narration se concentre beaucoup plus sur les sentiments et les efforts de ses protagonistes que sur les événements factuels du milieu de la montée sportive. Un changement d’axe difficile mais pourtant accompli avec maîtrise. Enchaînant événements éprouvants et visuels particulièrement novateurs, soulignés avec le travail musical d’Amine Bouhafa (déjà remarqué en 2015 avec le César de la meilleure musique pour Timbuktu), l’ensemble permet de rendre les exploits physiques des grimpeurs surhumains. Le dernier acte de la production aide le spectateur à oublier facilement l’introduction laborieuse de l’œuvre entre les nombreux protagonistes et faits présentés. Un rattrapage réussi par cette envie de montrer que la véritable lutte des personnages

n’est pas physique mais avant tout mentale. Un grand effort sur les sentiments est alors apporté, permettant de faire ressentir aux spectateurs la difficulté de tenir face à la solitude, la hauteur, le vide, ou tout simplement face aux conditions climatiques comme le vent, la neige et le froid. Patrick Imbert démontre par là que l’appel de la montagne est le sens de la vie pour certains (une révélation soulignée avec justesse lors d’une conversation  entre  Habu Jôji et Fukamachi Makoto). Les dialogues sont d’ailleurs plutôt rares dans la dernière partie du film, mais n’ont jamais été aussi maîtrisés et vecteurs de sens par rapport aux enjeux présentés. 

Malgré quelques défauts dû au matériel d’origine et grâce à de nombreuses qualités cinématographiques, la première œuvre solo de Patrick Imbert innove dans l’animation française. Si le lecteur se demande encore s’il doit voir l’œuvre Le Sommet des Dieux au cinéma, la réponse est la même que celle de la question posée dans le manga « Pourquoi des hommes grimpent depuis toujours en haut d’une montagne? » : Parce qu’elle est là.