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Où est Anne Frank !

Où est Anne Frank !

Spoiler : A la fois partout et nulle part. 

Une intrigue revisité au goût du jour 

Avec Où est Anne Frank ?, Ari Folman met en parallèle, non sans difficulté, l’époque de la Seconde Guerre mondiale dans un Amsterdam occupé et la vie actuelle dans cette même ville. Le film alterne les scènes représentant la vie d’Anne Frank partageant son quotidien et ses confidences à sa meilleure amie imaginaire Kitty. 

Tout commence lorsqu’un beau jour (non en fait il faisait très moche ce jour-là), s’échappe du journal d’Anne Frank entreposé dans son ancienne résidence devenue musée une incarnation physique de Kitty la meilleure amie imaginaire d’Anne Frank. Invisible dans l’immeuble comme un fantôme, elle ne devient visible qu’une fois hors des murs de l’immeuble. Se pensant toujours en 1945, Kitty se demande où est passée Anne, et se lance donc à sa recherche.

L’originalité du film réside dans le fait que Kitty prend vie dans l’Amsterdam moderne, sa quête pour retrouver son amie expose des travers, dénonçant l’omniprésence de la figure d’Anne Frank (la patinoire Anne Frank, la bibliothèque Anne Frank, la statue Anne Frank et le centre commercial Anne Frank…) mais l’absence des valeurs transmises au travers de son journal.

Des personnages vides

Anne Frank Amsterdam
Copyright Purple Whale Films

L’héroïne évolue dans un Amsterdam morose et hostile (autant sous l’occupation qu’à notre époque). Les décors sont gris et ternes, il pleut ! Les gens sont indifférents. Le sort des migrants est maladroitement mis en parallèle avec celui des Juifs durant la seconde guerre mondiale. Ce n’est pas très bien développé ni explicité, donnant ainsi l’impression d’un propos politique non assumé et/ou superficiel. Inquiétant d’autant plus que le film vise majoritairement un jeune public. Quel message retiendront-ils du film ? Le réalisateur s’est-il retrouvé prisonnier du label de diffusion pour les “publics scolaires” ? Pourtant habitué à s’adresser à un public adulte, le ton de ce film semble bien naïf. 

Kitty, lors de son périple, fait la rencontre de Peter un voyous au grand cœur, détrousseur de touriste mais engagé pour la défense des migrants. On en apprend peu sur ce personnage, comme la plupart des autres personnages qui sont peu développés. 

Kitty migrant Peter
Copyright Purple Whale Films

Définir les individus uniquement par leurs luttes et leurs conditions ne permet pas de développer de l’empathie, ce qui affaiblit le parallèle en rendant ses enjeux inégaux. En dehors de la relation Anne Kitty, les relations entre les personnages sont également mal développées. Certains sont juste des personnages fonction servant à articuler l’histoire. Ainsi “l’amour soudain” entre Peter et Kitty tombe comme un cheveux sur la soupe. 

Malgré ces défauts, le film jouit de belles scènes poétiques (le patinage, l’encre du journal, l’évaporation de Kitty qui lorsqu’elle s’éloigne trop du journal se met à disparaître…) et suscite parfois de vives émotions notamment lors de la découverte de la vérité par la protagoniste. Le passage d’une époque à l’autre se fait avec beaucoup de sens et est bien articulé. Les flash-back ne gênent pas l’évolution du récit et restent cohérents. 

Que reste-il du message d’Anne Frank ?

Critique du film Le Peuple Loup : Une nouvelle pierre à l’édifice qualitatif de Moore et Stewart

Critique du film Le Peuple Loup : Une nouvelle pierre à l’édifice qualitatif de Moore et Stewart

Note :3,5/5

Dans la continuité de ses précédentes créations, Tomm Moore (accompagné cette fois-ci de Ross Stewart) offre une nouvelle histoire sur le folklore irlandais dans lequel la magie de la nature cherche à communiquer avec l’Homme sous un angle enfantin. La narration souffre de quelques lacunes dans sa construction et son émotion, mais elle reste la plus maîtrisée de la filmographie de l’auteur. L’animation est plus terre à terre et moins lyrique que dans ses précédents travaux, mais les idées et effets visuels qu’elle propose restent très intéressants.

Après Brendan et le secret de Kells en 2009 et Le Chant de la mer en 2014, le nouveau film de Tomm Moore vient de sortir au cinéma. Il est accompagné pour la première fois de Ross Stewart pour la mise en scène, ayant déjà travaillé sur les deux productions citées comme directeur artistique ou artiste concepteur. Le duo a précédemment œuvré ensemble sur un segment du film d’animation Le Prophète en 2014. 

Les films de Tomm Moore présentent des histoires en rapport avec les origines de son pays natal, l’Irlande, en piochant quelquefois dans le folklore anglais et écossais. Dans son premier film, il présentait un jeune moine de 11 ans dans une abbaye du IXème siècle. L’enfant espère devenir enlumineur, malheureusement son oncle aimerait surtout qu’il oublie sa sensibilité artistique pour des affaires plus concrètes comme la prochaine attaque du village par des Vikings. Dans son deuxième film, il mettait en avant l’univers maritime à partir d’une famille composée de Selkies et d’humains vivant dans un phare durant les années 1980. Lorsque sa petite sœur est kidnappée, Ben doit alors découvrir plus précisément ses origines familiales afin de la sauver. Toujours depuis le point de vue d’un enfant, Moore présente à chaque fois un univers historique et fantastique, proche des créations du studio Ghibli. Même si l’approche féérique prend le pas facilement sur la logique narrative à de trop nombreuses reprises, ce point de vue permet à l’auteur de nous immerger dans un monde visuellement absorbant. 

Pour cela, Tomm Moore met en scène ses histoires avec une animation originale, généralement en 2D avec des personnages aux traits simples. Toutefois, le décor des univers est bien plus précis et nuancé avec une utilisation de couleurs harmonieuses. Mettons également en avant l’utilisation de formes géométriques appuyées et un jeu de perspective. Tout cela offre alors des univers visuels uniques et extrêmement intéressants, sublimés par la mythologie qui se cache derrière eux. 

Avec Le Peuple Loup, Moore propose (avec Stewart) une œuvre dans la continuité des deux précédentes : point de vue enfantin, monde merveilleux rempli d’animaux sauvages, nature inquiétante, groupe puissant ancien et mythes irlandais. Une nomination à l’Oscar du meilleur film d’animation 2021, comme Brendan et le secret de Kells ou Le chant de la mer lors de leur sortie, démontre une fois de plus cette continuité qualitative. Observons-nous alors une redite ou une nouvelle incursion unique dans l’histoire de la culture celtique ?   

Les 2 filles nature Peuple loup

Continuité scénaristique

Le Peuple Loup se déroule au XVIIème siècle en Irlande (comme d’habitude chez Moore). Les Anglais cherchent à transformer la forêt en une nouvelle civilisation. Au cœur de ce changement, nous suivons une famille dissoute (comme d’habitude chez Moore) avec un adulte et un enfant, personnage central de l’intrigue (comme d’habitude chez Moore), face à une force d’opposition sous la forme d’un groupe dirigeant (comme d’habitude chez Moore). Mais l’enfant que nous allons suivre est une jeune fille (bouleversement chez Moore !). Si l’histoire est similaire aux autres œuvres de l’auteur, ce changement est notable, il met en scène un protagoniste féminin qui va se confronter à des oppositions masculines (son père, le chef du village, les gardes,…). Robyn (version féminine d’un certain mythe de la nature pas très célèbre…) va rencontrer Mebh dans la forêt. Ensemble, elles vont devenir de grandes amies, malgré tous les dangers qui les menacent : le fait que la nouvelle amie de Robyn se transforme une louve la nuit, la destruction de la forêt, la disparition de la mère de Mebh. Une situation qui va s’envenimer lorsque notre jeune héroïne se fait mordre par un loup, ce qui a pour effet de la transformer à son tour la nuit venue.

Une fois de plus, le véritable sujet du film de Moore (et Stewart) est l’opposition à une force brutale (la ville) par la sensibilité au sein du folklore irlandais (la nature). Une sensibilité incarnée par une jeune personne qui se découvre un lien unique avec l’environnement sylvestre. L’exploration de l’aspect mystérieux et sauvage de la forêt est l’élément fondamental de l’œuvre. Elle se fait par le biais du personnage de Robyn après avoir été mordue. Il est évident que Moore et Stewart sont avant tout captivés par cette atmosphère, à l’image de la séquence où les deux jeunes filles s’apprivoisent en s’amusant au sein de la verdure. Le cœur émotionnel du film se trouve dans cette amitié, magnifiquement retransmise à l’écran avec sobriété. 

Les deux réalisateurs présentent une histoire beaucoup moins lyrique et beaucoup plus terre à terre que les deux précédentes productions de Moore. Si un lâcher-prise total avec grandiloquence (une habitude chez Moore), ne figure pas à l’écran, c’est surtout dans le but de proposer une certaine poésie plus nuancée au sein du long-métrage. Avec cette retenue, Le Peuple Loup s’avère plus abouti que les précédentes réalisations de Moore, notamment dans son refus de cacher les facilités et incohérences scénaristiques derrière des envolées lyriques. Toutefois, malgré cette nouvelle direction, le film s’offre quelques grandes libertés, comme son spectaculaire final opposant deux forces destructrices. 

Continuité visuelle

Tout d’abord, si la narration s’inclue dans la continuité des créations de Moore, c’est plus encore le cas pour l’animation. Nous retrouvons la patte des deux auteurs à l’univers visuel si singulier dans le paysage de l’animation 2D. Pour commencer, les personnages sont représentés assez simplement. Ce qui permet de souligner la beauté du décor dans lequel ils évoluent, car celui-ci est extrêmement détaillé, rappelant qu’il reste le sujet central de l’œuvre. Comme à l’accoutumée, nous assistons à un jeu de perspective avec les formes,  notamment de nombreux split-screens qui offrent toujours plus de visuels à une même action (plutôt que de montrer plusieurs actions simultanément, comme c’est généralement le cas au cinéma). Pour finir sur les effets singuliers de Moore et Stewart, Le Peuple Loup propose une multitude de formes géométriques dissimulées au sein du long-métrage, offrant un décalage avec le reste du décor détaillé. Un effet déjà visible dans Le Chant de la mer, après des débuts laborieux dans Brendan et le secret de Kells. 

Au-delà d’offrir les codes habituels des deux artistes, Moore et Stewart innovent sur de nombreux aspects. Pour commencer, la nature visible dans le long-métrage est très archaïque avec des effets au crayon de papier (croquis visibles sous la couche au propre, courbes rajoutées sous la forme de traces, saccades dans l’action avec moins d’images par seconde visible). Tout ceci permet de souligner la singularité et l’aspect sauvage de la forêt face à une civilisation bien plus propre et soignée (un effet déjà utilisé cette année avec réussite dans Les Mitchells contre les Machines). Une dissonance entre la civilisation et la vie sauvage encore plus visible lorsque Robyn va se rapprocher de sa nouvelle amie et commencer à être affublée des mêmes effets visuels impropres. Toujours à la recherche d’innovation, plusieurs effets dans la même continuité sont présents durant le long-métrage afin d’appuyer cette différence entre les deux mondes,  comme le feu illustré par des gribouillis au stylo rouge, témoignant de la réflexion des deux artistes visant à offrir un visuel toujours plus enivrant aux spectateurs. Cet effet illustre l’impossibilité d’arracher à la nature son aspect simple mais pourtant surprenant même lorsque celle-ci meurt. 

la mére louve, sa fille et les loup

Continuité problématique

Face à ces nouveautés narratives et visuelles, Le Peuple Loup souffre toutefois des mêmes problèmes que Le chant de la mer ou Brendan et le secret de Kells. Pour commencer, l’œuvre pâtit de sa structure : une très longue introduction, un développement qui n’arrive pas à faire avancer l’intrigue et un dénouement trop précipité. Néanmoins, Moore et Stewart réussissent à corriger certaines difficultés liées à cette forme. Le film bâcle moins son final que les précédentes œuvres. Le fait d’avoir un film de 1h43 plutôt que 1h15 ou 1h33 aide grandement à prendre le temps qu’il faut pour conclure l’intrigue. De plus, le final avec les animaux de la forêt menacés d’extinction propose bien mieux ses enjeux d’une manière claire et prenante. Tout ceci en offrant un visuel très impressionnant, ce qui permet de terminer à son avantage la dernière partie du long-métrage, plutôt que le transformer en une anecdote comme les œuvres de 2009 et 2014. Le Peuple Loup illustre un véritablement dénouement émotionnel, rappelant que la nature sentimentale de l’Homme reste centrale pour l’histoire.

Malgré un final prenant, le reste de l’histoire est assez prévisible dans son déroulé, une histoire qui aurait pu donner encore plus d’ampleur à sa fin si elle emportait le spectateur dès le début de son intrigue. L’œuvre peine à décoller pour trois raisons : 

Premièrement, Le Peuple Loup propose un ensemble de personnages assez peu profonds dont le seul but reste fonctionnel au sein d’une intrigue. Le père de l’héroïne, figure masculine et castratrice, n’est qu’un exemple de cet aspect problématique, tantôt mou tantôt opposant et retournant précipitamment sa veste durant l’intrigue pour la faire évoluer. 

Deuxièmement, les deux réalisateurs se doivent de raconter une histoire, au-delà de leur volonté de mettre en scène une jeune fille découvrant la liberté sous le prisme de la faune et la flore. Déjà problématique dans les deux précédentes créations de Moore, la narration ne met en scène qu’une accumulation de mystères assez simplistes et peu profonds dans le seul but de faire avancer son histoire, afin de mettre surtout en scène de nouveaux décors animés. 

Troisièmement, l’histoire reprend la sempiternelle intrigue de deux univers opposés et voués à se disputer un pouvoir, observée sous le prisme d’un personnage qui est amené à comprendre le camp adverse, décidant alors de dissoudre la lutte fatale. Un schéma novateur visuellement mais pas scénaristiquement. 

Face aux dernières catastrophes naturelles que nous subissons (inondations, feux de forêts, pandémie mondiale) remettant petit à petit en question nos certitudes et choix de vie, Moore et Stewart nous rappellent avec sensibilité que la nature reste infiniment puissante sur Terre.  Malheureusement, en s’opposant toujours plus à elle, le résultat ne sera sans doute pas aussi beau que le film. 

fille qui et loup
Critique de la saison 1 de la série Monstres et Cie : Au travail

Critique de la saison 1 de la série Monstres et Cie : Au travail

Du chef d’œuvre cinématographique au contenu pour plateforme

Note : 2/5 ★★☆☆☆

Si l’idée d’offrir une suite au classique de 2001, sous la vision d’un nouveau employé bouleversé par les événements du long-métrage, était intéressante, le résultat attriste. Entre un scénario peu travaillé et une animation qui l’est encore moins, la première saison de Monstres et Cie : Au travail ne cache pas sa volonté d’exploiter la marque pour faire la promotion de Disney+, sans jamais développer réellement l’univers de la franchise. 

En 2001, soit il y a 20 ans cette année, sortait au cinéma Monstres et Cie. Quatrième film d’animation de Pixar, le premier long-métrage de Pete Docter (sans oublier David Silverman et Lee Unkrich à la co-réalisation) narrait l’histoire de deux monstres, Bob et Sully, travaillant dans une usine de conditionnement de cris d’enfants afin de fournir de l’électricité à la ville de Monstropolis. Mais lorsque le duo se retrouve avec une fillette sur les bras, les deux collègues vont commencer à remettre en question le bien-fondé du fonctionnement de l’usine. Œuvre brillantissime par son écriture maline, son jeu de tons entre le comique et le tragique, ses personnages attachants et surtout son univers présenté et exploité avec pertinence et intelligence, Monstres et Cie reste encore aujourd’hui une des meilleures (et des plus appréciées) créations du studio. Grâce à son concept, le long-métrage a donné lieu à de nombreuses autres œuvres comme des attractions, des jeux-vidéos (4 au total), la préquelle de 2013 de Dan Scanlon Monstres Academy et une série sur Disney+ Monstres et Cie : Au travail, la production qui nous intéresse aujourd’hui. 

Présentée le 9 novembre 2017 par Robert Iger (alors président exécutif et président du conseil d’administration de la Walt Disney Company) dans un lot de plusieurs projets sur des franchises célèbres comme Star Wars (The Mandalorian), le MCU (WandaVision, Falcon et le Soldat de l’Hiver, Loki et actuellement What If…?) et High School Musical (High School Musical : La Comédie Musicale, la série), pour promouvoir la plateforme Disney+, Monstres et Cie : Au travail a beaucoup interrogé, quant à l’intérêt du programme, surtout après la préquelle de 2013. 

Depuis l’annonce du projet, nous avons appris le retour de John Goodman et Billy Crystal au doublage de Bob et Sully. Par la suite, après le report de diffusion de la série à cause du ralentissement de la production des épisodes dû à la pandémie, Roberts Gannaway, showrunner de la série, a révélé que le programme irait vers des pistes encore inconnues de l’univers Monstres et Cie. Le retour des voix originales vient alors se poser en contradiction avec cette volonté d’innovation. Par conséquent, nous pouvions légitiment craindre une série rapidement fignolée visuellement et aux enjeux artistiques discordants, avec pour but surtout d’exploiter une franchise qualitative.  

La diffusion de la première saison a commencé le 7 juillet pour s’achever le 1er septembre, après 10 épisodes sortis sur un rythme hebdomadaire. Vendue à son public en catimini a contrario des autres productions Disney+ comme les séries Marvel ou The Mandalorian, il est temps de revenir dessus. Les annonces contradictoires et les modalités de diffusion sont-elles prémonitoires du résultat final du show ? 

Tylor aux portes de la vie

Serie Monstres & Cie : Au travail – Saison 1

La série met en scène Taylor, une terreur qui sort tout juste de l’université que le spectateur découvrait lors du film de 2013. Très fier d’avoir été accepté dans la même usine que Bob et Sully, le monstre arrive, pour son premier jour de travail, quelques semaines après les événements de la quatrième production Pixar. Les terreurs récoltent maintenant du rire plutôt que de la peur pour produire de l’électricité. Très mauvais comique, Taylor se retrouve à travailler à la maintenance de l’usine, avec Fritz, Val, Cutter et Duncan comme collègues de travail. Loin d’être heureux dans ce nouvel environnement, l’ancien étudiant va devoir se former à nouveau, cette fois pour devenir humoriste. Pendant ce temps, Bob et Sully sont devenus les nouveaux directeurs du groupe. Ils doivent gérer les responsabilités liées à cette nouvelle fonction, en plus de s’occuper de la restructuration de l’usine. Le quotidien des deux célèbres monstres va alors souvent croiser celui de Tylor. 

Comme le nouvel opus des Indestructibles en 2018, la série suit directement l’œuvre originale. Avec un enjeu fort comme la réorganisation du célèbre lieu de Monstres et Cie, la série en profite pour faire de nombreux clins d’œil (sans oublier la préquelle d’il y a 8 ans). Toutefois, même avec une fidélité envers l’œuvre de 2001 et un nouvel angle d’approche, l’histoire de Taylor déçoit. 

Pour commencer, la série déçoit par son personnage principal. La nouvelle terreur est trop peu développée pour succéder aux deux sympathiques monstres du premier film. Un manque d’épaisseur qui n’est pas résolu par ses nouveaux amis, aussi peu caractérisés que Taylor. Dénués de sens, tous ces nouveaux personnages ne sont que des figures déjà vues de nombreuses fois sans une once de nouveauté (le chef, le sous-chef sournois, la bonne copine, le collègue âgé détaché des événements). 

De plus, la série n’arrive pas à se détacher de son succès passé pour offrir de la nouveauté. Nous observons les mêmes lieux et mécanismes présents que dans le film de 2001. Le fait de créer de nouveaux personnages identiques aux originaux (un Bob bleu et une Gladys avec des couleurs différentes, ou l’art de créer à bas coûts ?) n’aide pas non plus. L’univers ne cherche pas à être plus développé. Un état qui est caractérisé par l’omniprésence du duo connu de Monstres et Cie. Si nous pouvons applaudir l’agréable mélange de la trame narrative de la nouvelle terreur et de celle de Bob et Sully, l’assiduité de ces deux derniers est problématique. Secondaires à l’intrigue, ils restent néanmoins très présents pour ne pas laisser l’entière responsabilité à Taylor de diriger la franchise, tout en étant morne (surtout Sully) voire détestable par moments (surtout Bob). Le résultat est donc une œuvre incapable de se décider entre sa volonté d’innover et sa volonté d’exploiter son héritage.  

En outre, la série met en scène à chaque épisode une nouvelle situation, offrant un semblant d’enjeu aux monstres de l’usine, plutôt qu’une aventure étirée sur toute la saison. Ce qui est dommage car, par sa durée plus importante, une série est souvent l’occasion d’offrir une narration plus profonde. Se basant sur un détail concernant le fonctionnement de l’univers connu (une porte endommagée, des coupures d’électricité, une journée portes ouvertes…) afin d’en découvrir une nouvelle partie, le développement du détail est toujours illustré par du déjà-vu, de l’absurdité et du non-sens, une absence d’approfondissement et de nombreuses facilités scénaristiques. Tout ceci rend alors le concept original de Monstres et Cie poliment ennuyeux.   

Une animation flanquée à la porte

La mise en scène de l’aventure de Taylor ne rattrape pas ses faiblesses narratives. L’animation de la série est très en dessous du niveau des productions Disney/Pixar, soulignant le désintérêt du studio pour la série. Gardant le visuel des deux films de la franchise, son application face à l’action est loin d’être identique. Les personnages de la série sont limités dans leurs mouvements et ont peu d’interactions entre eux. La présence des protagonistes dans un lieu est souvent peu soignée au niveau des surfaces, des ombres et du jeu possible avec les différents objets sur place. Un visuel qui, comme nous pouvions nous y attendre avec les annonces pré-sortie de la saison, semble avoir été travaillé rapidement et avec peu de concertations entre les différentes équipes. Ce résultat n’est pas aidé par la mise en scène, ayant pour unique tâche d’être démonstrative, plutôt que créative. De plus, les comédiens choisis au doublage sont très peu inspirés pour donner de la vie aux protagonistes qu’ils incarnent. 

Pour finir sur le visuel, un dernier élément mérite d’être également mis en avant. L’ensemble des couleurs du show est beaucoup plus lumineux que l’œuvre originale. Nous sommes loin du jeu de tons entre un univers inquiétant et un humour malicieux visible dans la première création de Pete Docter. Volonté de rendre le programme plus joyeux pour le jeune public ou de donner un minimum d’âme à une création qui en manque cruellement ? Dans tous les cas, ce dernier détail démontre encore une fois une volonté d’économie de temps et de moyens.

Disney laisse quelque chose à la porte

Le véritable problème de cette série est sa raison d’être. Offrir un programme sur une franchise forte pour mettre en avant la nouvelle plateforme de streaming du groupe Disney n’est pas un défaut en soi. Mais le fait de présenter une œuvre aussi peu développée (ses personnages, ses intrigues, ses enjeux) l’est. Un élément démontre cette absence d’investissement. En VO, le personnage de Bob Razowski se nomme Mike Wazowski. Un changement effectué au début des années 2000 afin que le prénom de la boule verte soit plus facile à prononcer pour les enfants français (Bob étant d’ailleurs le diminutif de Robert, difficile de faire plus franchouillard). Cette modification oblige alors à retravailler certains éléments visuels (nom sur les documents, présence au générique, panneaux de présentation), un travail que fait généralement Disney afin d’offrir les programmes les plus accueillants possibles pour un jeune public. Dans Monstres et Cie – Au travail, aucun effort n’est fait pour accompagner ce changement linguistique. Une absence d’application encore plus marquante lors du sketch de fin pour chaque épisode (du 2 au 9 pour être plus précis)où un carton présente une blague de « Bob » avec son nom américain « Mike ». Ce détail demeure minime mais illustre la volonté du studio de ne pas soigner sa production pour le public international lors de sa parution.  

Pour continuer sur la thématique des enfants, la visée de la série est également conflictuelle. Cette saison 1 est clairement orientée pour des spectateurs jeunes, notamment par son humour souvent bas du front (même s’il joue sur certaines notes installées par l’œuvre originale comme la présence de sarcasme, la mise en avant d’absurdités et l’utilisation d’un tempo rapide). Dans l’ensemble, les éléments comiques de la série sont peu réfléchis, une aberration quand nous nous rappelons que le rire est le sujet principal du show. De plus, ce choix d’avoir un public-cible plus enfantin est en décalage avec l’image de la franchise. Cette dernière n’a jamais vraiment été caractérisée comme telle (Arlo est, par exemple, une création Disney/Pixar beaucoup plus orientée vers une audience teen). 

Si une qualité est à souligner pour cette création Disney+, c’est sa manière de rappeler à quel point le film de 2001 était réussi sous tous ses aspects. Monstres et Cie ne se démarquait pas uniquement par son concept original, mais par sa manière de le développer brillamment avec humour et réflexion, tout en laissant percevoir un univers plus riche au-delà de l’histoire des deux monstres. Un univers à laisser au placard si c’est pour le développer comme le fait cette série, en espérant qu’un monstre ne s’y cache pas.

Critique du film Vivo – Un film récréatif à la structure trop classique

Critique du film Vivo – Un film récréatif à la structure trop classique

Vivo amuse avec ses personnages, son intrigue et son animation. Néanmoins, le long-métrage est enfermé dans sa structure classique aux péripéties calibrées. De plus, avec ses propos graves et sérieux, le film n’est jamais aussi léger et divertissant qu’il souhaiterait l’être. Une petite déception quand on connait le travail des personnes derrière le projet, notamment Kirk DeMicco et Lin-Manuel Miranda.

Après avoir joué le jeu des chaises musicales concernant une date de sortie en salles (le 18 décembre 2020 puis le 6 novembre 2020 puis le 16 avril 2021 puis le 4 juin 2021), Vivo tente la sortie sur plateforme face à l’impossibilité de diffuser correctement le long-métrage sur grand écran avec la pandémie du Covid-19. Troisième grosse production de Sony Pictures Animation à aller cette année sur Netflix après Les Mitchell contre les Machines et Le Dragon-Génie, le film est disponible depuis le 6 août 2021.  

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Vivo est la nouvelle création de Kirk DeMicco, co-réalisateur du premier film de la franchise Les Croods et responsable du scénario pour le deuxième volet, laissant à Joel Crawford la mise en scène. Le long-métrage sur la famille historique était la deuxième production du réalisateur après avoir fait en solo  Les Chimpanzés de l’espace en 2008. Avec sa dernière œuvre, DeMicco continue de mettre en scène la figure du singe, après avoir découvert l’espace dans son premier film et être un animal de compagnie durant la préhistoire dans son second. Pour son troisième projet, Vivo n’est pas vraiment un singe mais plus spécifiquement un kinkajou, mélange du raton laveur et du panda roux. Cependant, la nature de l’animal est utilisée comme un ressort comique, pour finalement le caractériser comme un petit primate. La particularité de la petite bête est d’aimer la musique, permettant alors au long-métrage d’y insérer quelques mélodies. Avec ce sujet central, le film bénéficie alors de l’aide de Lin-Manuel Miranda à l’enregistrement sonore.

Lin-Manuel Miranda est, depuis 5 ans, une personnalité de plus en plus importante dans le milieu du divertissement américain. Révélé par ses deux comédies musicales pour Broadway, In the Heights et Hamilton, Miranda enchaîne depuis 2015 les projets hollywoodiens structurés autour de la musique, qu’il supervise en même temps : Vaiana – La légende du bout du monde en 2016 de Ron Clements et John Musker, Le Retour de Mary Poppins en 2018 de Rob Marshall et l’adaptation en film pour la Warner de sa comédie musicale In the Heights il y a quelques mois, réalisée par Jon M. Chu. Ce boulimique du travail n’est pas prêt de s’arrêter, il a d’ici fin 2022 trois autres projets importants : la responsabilité des chansons du prochain film d’animation Disney Encanto, la réalisation du film musical Tick, Tick… Boom! pour Netflix et la participation à la production du nouveau remake en prise de vues réelles de La Petite Sirène, toujours pour Disney. 

Vivo s’offre une distribution très prestigieuse entre Zoe Saldana (Nyota Uhura dans la franchise Star Trek, Neytiri dans Avatar, Gamora dans les deux opus Les Gardiens de la Galaxie), Brian Tyree Henry (Paper Boi dans la série FX Atlanta), Michael Rooker (Merle Dixon dans la série AMC The Walking Dead, Yondu également dans les deux Gardiens de la Galaxie) et bien sûr, pour doubler le petit singe, Lin-Manuel Miranda lui-même. 

Avec autant de personnalités talentueuses issues du cinéma et de la télévision, que vaut ce film d’animation centré sur la musique qui sort quelques mois seulement après la mise en ligne de Soul sur Disney+, traitant du même thème ? 

Un scénario qui accumule les problèmes

Avant d’aborder ses qualités, mettons en avant le grand problème du nouveau long métrage de Kirk DeMicco : son scénario. Vivo raconte l’histoire d’un kinkajou amateur de musique. L’animal vit à Cuba avec son maître Andrés. Bien que très heureux avec son petit singe, ce dernier vit avec le regret de ne jamais avoir avoué à son premier amour, Marta, ce qu’il avait sur le cœur, le jour où cette dernière est partie pour Miami afin de développer sa carrière. Un jour, Andrés reçoit une invitation de Martha pour son dernier concert avant de prendre sa retraite. Fou de joie, il y voit la possibilité de réparer son erreur de jeunesse. Malheureusement, le vieil homme décède la nuit précédant son départ. Vivo, encore très affecté par cette disparition, décide de transmettre à Martha la chanson d’amour écrite par son maître à la chanteuse. Le voyage ne sera pas de tout repos quand Gabi, petit nièce d’Andrés, va s’inviter au voyage. 

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Construit sur la structure du road-movie, tout en y insérant des passages musicaux, le scénario est amusant et émouvant. Malheureusement, trois éléments d’écriture rendent l’histoire très indigeste à suivre. 

Premièrement, les dialogues sont sur-explicatifs à un très haut niveau. Ne laissant jamais de zones d’ombre ou notions à découvrir petit à petit, nous observons une intrigue ne souhaitant absolument pas perdre le spectateur en cours de route. Tout public, l’histoire demeure facilement compréhensible, même pour les plus jeunes. Avoir une multitude de flash-back pour expliquer les enjeux d’une scène ou des personnages se parlant à eux-mêmes (tous sans exception) afin de toujours mettre en avant les émotions ressenties n’étaient vraiment pas nécessaires pour clarifier cette aventure au public. Tout cela alourdit énormément l’écriture, sans parler des numéros musicaux qui remettent une couche d’explications, au cas où le voyage du duo nous aurait perdu…  

Deuxièmement, chaque péripétie rencontrée par le petit singe et la jeune fille est superficielle. Devant cette structure de road-movie, il nous semblait prévisible de voir deux personnages faire la route ensemble entre Cuba et Miami, en apprenant à mieux se connaître et en rencontrant des difficultés dans leur quête. Cependant, l’œuvre ne fait pas ce choix. Vivo et Gabi se retrouvent à Miami en moins de 30 minutes du long-métrage sans aucune difficulté. Par conséquent, l’écriture n’a pas un autre choix qu’inventer des péripéties assez faibles, dans le but de retarder le dénouement final. Nous rencontrons alors un serpent amateur de silence, deux spatules (l’oiseau, pas l’ustensile de cuisine) ayant des difficultés à déclarer leur amour et trois scoutes souhaitant libérer et vacciner le singe. Tous ces rebondissements sont assez vains et faciles à résoudre, ce qui rend l’aventure beaucoup moins spectaculaire et inoubliable. 

Troisièmement, l’intrigue reste dans l’ensemble extrêmement calibrée par rapport aux codes du road-movie. En plus des enjeux sur-expliqués et des péripéties peu pertinentes, il est très difficile d’être surpris par les pistes du long-métrage et notamment du dernier acte assez convenu. Les rares pistes innovantes abordées dans le long-métrage, comme l’entente entre les deux personnages principaux par la musique, ne sont pas assez exploitées pour surprendre le spectateur.   

Quelques idées sonores et visuelles

Toutefois, Vivo est réussi sur d’autres points. L’animation, bien que très familière par rapport aux standards de gros studios américains, innove sur certains aspects. Pour commencer, elle offre des personnages moins réalistes qu’à l’accoutumé, en appuyant notamment grossièrement sur les formes, présentant alors les protagonistes comme imparfaits. Ensuite, un travail est fourni sur les décors du long-métrage, n’ayant jamais peur de faire apparaître une dissonance dans la cohésion de l’univers en place. La Havane se pare de tons très pastel, les Everglades restent dans des couleurs très sombres et Miami se présente avec des couleurs de néons très flashy. À l’image de la tenue du personnage féminin principal, le film ose l’harmonie dans l’excès. Lors de ses passages musicaux, Vivo passe quelquefois d’une animation 3D à une 2D, jouant alors sur la perspective en se permettant d’aller vers un aspect moins vraisemblable, offrant un bel aspect lyrique à chaque scène. Même si les scènes rappellent très fortement Soul de Pete Docter et Kemp Powers, en plus d’apparaître d’une manière très attendue dès que la chansonnette retentit, des prises de risque sont toujours bienvenues dans un film aussi codifié… En outre, la nouvelle création de DeMicco met en scène un panel de sons divers. Entre la traditionnelle simplicité de la musique de Vivo et la modernité des instruments électroniques de Gabi,  le film permet au moins de faire voyager son spectateur musicalement.  La meilleure séquence du long-métrage étant la présentation de la jeune fille avec sa musique terrifiante pour le petit singe. 

Le film impersonnel de DeMicco et Miranda

Cependant, malgré ces quelques innovations visuelles et sonores, Vivo reste assez semblable à de nombreux autres films d’animation déjà vus. Les éléments novateurs n’arrivent pas à effacer les problèmes d’écriture. Sans être à aucun moment détestable, le film manque cruellement d’originalité (voire d’âme), un constat perceptible tout d’abord par une absence d’émotion. Devant les nombreux thèmes tragiques mis en avant dans la production (Gabi et son problème de sociabilité, la mort d’Andrés pour Vivo, les regrets de jeunesse de Martha, les difficultés de la mère de Gabi à éduquer sa fille sans son mari,…), la mise en scène souhaite surtout les expédier rapidement. Comme si l’œuvre voulait avant tout n’être que divertissante et rassurante. Une envie compréhensible mais impossible avec les sujets abordés, cachés ou non. De plus, face à cette volonté de légèreté, Kirk DeMicco nous offre très peu d’éléments comiques dans sa création. Un aspect assez intriguant après deux réalisations portées essentiellement sur le rire (surtout Les Chimpanzés de l’espace). Pour finir, sans être dissonant, le travail musical de Lin-Manuel Miranda n’est en rien exceptionnel. Harmonieuses et rythmées, ses chansons ne permettent pas au spectateur de s’émouvoir facilement. Nous sommes très loin de son exécution parfaite pour Disney avec Vaiana. Un bilan surprenant quand nous observons dans Vivo certains thèmes importants pour le mélomane comme la culture de l’Amérique latine. Toutefois, un rendu sonore moins séduisant qu’attendu était déjà perceptible dans la précédente production cinématographique de Miranda, à savoir l’adaptation de sa comédie musicale à Broadway In The Heights.   

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La parenthèse enchantée du studio Sony Pictures Animation reste sympathique à l’œil et à l’oreille. Mais sa précédente création pour la plateforme Netflix sous la forme d’un road-movie, Les Mitchell contre les machines, était beaucoup plus aboutie avec son ton véritablement décontracté. Toutefois, bien que léger et peu pertinent, Vivo réussit à mettre la musique au cœur de son intrigue avec moins de difficultés que l’avant-dernière production de Pixar, Soul.  De quoi redonner la banane !

Unicorn Wars, Work in Progress à Annecy

Unicorn Wars, Work in Progress à Annecy

À l’abri du soleil brûlant annécien, dans la salle Pierre Lamy, s’est réunie ce 16 juin, une partie de l’équipe de Unicorn Wars. Le réalisateur parle de ses inspirations et des ambitions de ce nouveau long métrage toujours en production, qui devrait sortir courant 2022. 

Les oursons et les licornes sont en guerre depuis toujours. Le soldat Célestin convoite le sang des licornes, car le boire rend éternellement beau. Son frère Bouboule est obsédé par la nourriture et ne cherche qu’à être aimé par son frère et ses camarades de régiment. Une unité d’oursons peu préparée quitte le camp pour une mission dans la Forêt Magique, qui déclenchera la terrible bataille finale.

Alberto Vazquez est un nom qui vous dira peut-être quelque chose puisqu’il y a quelques années il réalisait le poétique et sombre Psiconautas (2015). Un long métrage dans lequel il retrouvait les personnages animaliers de sa bande-dessinée du même titre. Éditée par Rackham, elle avait déjà fait l’objet d’une adaptation en court métrage en 2011 (Birdboy). Un an plus tard, Vazquez révélait Decorado un court métrage d’une dizaine de minutes mettant à nouveau en scène des animaux anthropomorphes à la tête lourde, entravés dans un décor de théâtre dont ils n’ont pas conscience. Mais il est surtout important de citer qu’en 2013, Alberto Vazquez réalisait Unircorn Blood, court métrage relatant l’histoire de deux frères oursons pendant une chasse à la licorne. Ce sont ces deux frères qui seront les personnages principaux du film que présentait l’équipe au festival d’Annecy le 16 juin dernier.

Un conte sombre et universel

Le projet, dont l’idée initiale provient là aussi d’une bande dessinée du réalisateur, voit le point de départ de sa diégèse dans le court métrage évoqué plus haut et cumule de nombreuses influences. Alberto Vazquez les a passées en revue lors de ce Work in Progress. Unicorn Wars est un film de guerre, pas de mystère ici. Conséquemment, Vazquez est allé puiser dans les classiques du genre comme Apocalypse Now, Platoon et Full Metal Jacket. Mais il s’est également inspiré d’œuvres moins intuitives comme Bambi ou la Bible.

La thématique de la religion sera assez importante puisque les oursons, en conflit armé avec les licornes, vénèrent aveuglément un livre sacré et s’engagent, suite à une prophétie, dans un combat pour lequel ils ne sont décidément pas très doués. Sur fond de guerre ancestrale, le spectateur suivra l’errance de deux frères eux aussi les deux parties prenantes d’une guerre intérieure pour l’amour de leur mère, s’aimant et se détestant à la fois. Le décor sylvestre évoluera ainsi en écho aux évolutions des deux personnages, tous deux support d’un propos sur les relations familiales toxiques et la violence qui s’y cache.
L’iconographie tire également une bonne partie de son inspiration des tapisseries et illustrations médiévales, mais également dans la série animée Bisounours connue pour ses boules d’amour dégoulinantes de mièvrerie.

Sans surprise, ce projet iconoclaste ne séduit pas tous les financeurs.

Un montage financier compliqué

La production se répartit entre l’Espagne (Galicie), la France et la Belgique. Vazquez retrouve des productions avec lesquelles il a déjà travaillé : Uniko, Abano Producions et Autour de Minuit, mais également Borderline Films (anciennement Schmuby) qui s’engouffre pour la première fois dans la production de long métrage avec Unicorn Wars. Le projet a d’ores et déjà un distributeur pour l’international (Charades) mais tous les aspects financiers ne sont pas encore résolus. L’équipe n’est pas parvenue à obtenir l’aide du CNC, toujours difficilement convaincu par de l’animation qui ne serait pas à destination du jeune public. Le projet est néanmoins soutenu par la région Nouvelle Aquitaine, mais le producteur Nicolas Schmerkin ne cache pas son agacement de faire toujours face aux mêmes réticences de la part des financeurs et des chaînes télévisées françaises face à des productions d’animation pour adultes.

En plus d’une co-production multiple et de la difficulté à trouver des financements, l’équipe du film a dû faire avec les contraintes sanitaires de cette dernière année. Cela n’a pas présenté un challenge insurmontable puisque, on le sait en animation, les équipes ont l’habitude de travailler en ligne et à distance. La production a fait le choix d’outils en open source (logiciels dont le code source est libre d’accès, réutilisable et modifiable ndlr.) que tous les animateurs avaient l’habitude d’utiliser. Cette coopération a nécessité de nombreuses adaptation : au niveau de la différence de langue mais aussi des processus de travail et de l’utilisation différentes des termes techniques.

Challenge technique de l’hybridation 2D/3D

Un réel challenge s’est par contre situé dans l’animation des licornes. Pas du tout anthropomorphes, noires et surtout très nombreuses (parfois jusqu’à 50 à l’écran), il fallait chercher une solution intelligente et efficace. Si la plupart des personnages et des décors sont en 2D, les licornes seront hybrides. Habituées à Blender (logiciel d’animation 3D ndlr.), les équipes étaient déjà familières de la 2D dans un environnement 3D. Parmi les animateurs, certains avaient travaillé sur J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin. Ils avaient ainsi déjà ébauché des réflexions afin d’améliorer le processus de création sous ces contraintes, des réflexions qui se sont révélées très utiles pour Unicorn Wars. Heureuse coïncidence, l’outil Grease Pencil (outil spécifique à l’animation 2D dans Blender) a fait l’objet il y a quelques années de nombreuses améliorations, ce qui a permis de nouvelles possibilités.

Au fil des tests et des essais, l’animation des licornes a pu se consolider tout en conservant un aspect “fait main” autant que possible. Fiona Cohen (superviseur de projet à Autour de Minuit) a d’ailleurs projeté quelques démonstrations durant la présentation du projet. Outre les licornes, le long métrage est très ambitieux. Ainsi on compte un grand nombre de personnages principaux et secondaires et dû à l’utilisation de Blender toutes les textures ont dues être entièrement codées.

Si l’on en croit les estimations d’Alberto Vazquez, le film devrait être révélé aux yeux du public l’année prochaine. Bien qu’on apprécie les productions tout public, c’est également agréable de voir du gore avec un propos social, psychologique et un peu sanguinolent dans une production animée européenne.

Critique : Raya et le Dernier Dragon – Un nouveau film de princesse Disney, rien de plus

Critique : Raya et le Dernier Dragon – Un nouveau film de princesse Disney, rien de plus

Réalisateurs : Don Hall & Carlos López Estrada (réalisation), Paul Briggs & John Ripa (co-réalisation)

Date de sortie : 5 mars 2021 au cinéma et sur Disney+ (États-Unis) 4 juin 2021 sur Disney+ (France)

Société de production : Walt Disney Animation Studios

Société de distribution France : Walt Disney Studios Motion Picture International  France

Durée : 1h47

Origine : Américaine

Distribution : Kelly Marie Tran (Raya), Awkwafina (Sisu)

Note : 3/5 ★★★☆☆

Raya et le dernier dragon, nouvelle création du studio de Mickey divertit mais ne renouvelle pas son schéma classique de la princesse Disney. Avec un rythme inégal, trop de personnages et peu d’éléments perturbateurs, le film présente la mission de son héroïne sans émotion. Et la réutilisation d’idées appartenant à des productions similaires (Mulan, Les nouveaux héros, Vaiana : La légende du bout du monde, la saga Kung Fu Panda ou Dragons) n’aide pas pour trouver de l’originalité dans le long-métrage. 

Raya et le dernier dragon est le nouveau film du plus gros studio de production d’animation dans le monde actuellement : Disney. Avec ses créations très coûteuses et ses campagnes de communication gigantesques, chaque nouvelle œuvre du groupe est observée avec beaucoup d’intérêt par le milieu. Véritables machines de guerre, les films d’animation Disney font généralement fuir les autres productions du secteur afin de ne pas se retrouver en concurrence avec le studio de la petite souris. Que vaut alors ce nouveau mastodonte animé ? 

Une équipe Disney, à une exception près  

146ème long-métrage d’animation de la firme à Mickey, Raya et le dernier dragon arrive après deux suites à succès (Ralph 2.0 (2018) La reine des neiges 2 (2019)), en ne comptant pas les coproductions avec Pixar. Avec ce nouveau film, Disney cherche à mettre en place un nouvel univers plutôt que de se reposer sur un déjà bien installé. Pour cela, le propriétaire de Pluto fait appel, afin de diriger le projet, à une équipe assez habituée dans l’ensemble aux productions du groupe. La réalisation du film est le travail de Don Hall et Carlos López Estrada. Si le premier est un fidèle du grand groupe avec déjà la co-réalisation de trois films innovants sur de nombreux aspects (Winnie l’ourson (2011), Les nouveaux héros (2014), Vaiana – La légende du bout du monde (2016)) en plus d’avoir été longtemps scénariste avant de passer derrière la caméra (notamment pour Tarzan (1999), Kuzco, l’empereur mégalo (2000) ou Bienvenue chez les Robinson (2007)), le deuxième nom est plus surprenant. Carlos López Estrada est surtout connu pour être le réalisateur de Blindspotting, drame de 2018 très réussi sur les remises en question d’un homme en liberté conditionnelle après avoir été témoin d’une terrible bavure policière. Un film assez éloigné du ton des productions Disney. À la co-réalisation, nous avons Paul Briggs, ayant déjà travaillé au niveau du scénario ou du story-board pour La Reine des Neiges (2013) et Les Nouveaux Héros, mais aussi John Ripa, ayant déjà travaillé au niveau de l’écriture ou de l’animation sur Vaiana, puis encore La Reine des Neiges et Les Nouveaux Héros.

À l’exception de Carlos López Estrada qui offre de la nouveauté et de l’originalité au projet, nous avons globalement une équipe formée aux productions du studio. Si nous mettons autant en avant l’équipe à la tête du film, c’est parce que son animation en pâtit. Le long-métrage est classique dans son visuel. Sans pour autant être inintéressante, l’esthétique de Raya et le dernier dragon reste beaucoup moins innovante que le précédent film de princesse du groupe : Vaiana. Si un soin est plus que présent pour les décors de l’univers que traversent les héros dans le long-métrage, la typologie des personnages demeure identique aux derniers films de la firme. L’ensemble visuel est formel, sans l’envie d’innover le style animé propre au studio. Dans la continuité de son esthétique, le film fait figure de classicisme également avec son scénario. 

La promenade de santé de Raya

Raya et le dernier dragon présente le royaume de Kumandra, peuplé d’humains et de dragons. Malheureusement, l’endroit est un jour visé par une grande menace destructrice, le Druun. Après une terrible lutte inefficace contre ce nouvel ennemi, les dragons se sacrifient afin de sauver Kumandra en créant un joyau. Des années plus tard, différentes tribus du royaume sont en conflit afin d’obtenir le joyau. Raya, princesse guerrière, est entraînée depuis toute petite par son père à le défendre de possibles attaques. Cependant, elle échoue dans sa mission lors d’une rencontre diplomatique entre les différents groupes du pays. Le joyau est brisé et le Druun réapparaît afin de détruire à nouveau Kumandra. Afin de rétablir la paix dans le royaume, Raya décide de retrouver le dernier dragon, Sisu. 

Si le début de l’histoire que nous venons de présenter met parfaitement en place tous les éléments d’une bonne aventure (décors, personnages, enjeux ,…), la suite déçoit pour trois raisons. La première est que l’univers présenté reste assez léger. Se cachant derrière des notions abstraites, le film présente de nombreuses incohérences ou facilités scénaristiques. Ces dernières sont encore plus visibles lorsque l’aventure de Raya démarre. De plus, les dialogues superficiels n’aident pas à donner de la profondeur au propos du long-métrage. La deuxième est l’absence d’éléments réellement perturbateurs dans la quête de notre guerrière. Aucun antagoniste n’est pris au sérieux dans la narration du film. Par conséquent, Raya ne se retrouvant jamais en danger, il est très difficile pour le spectateur de s’impliquer émotionnellement dans l’intrigue, alors même qu’elle est présentée par ce personnage. La troisième et dernière raison est son rythme. Toujours dans la précipitation, le film nous empêche de digérer les différents actes et enjeux de l’histoire. De surcroît, la nouvelle création du copain de Donald a une structure assez répétitive. Afin de sauver le royaume, Raya doit passer successivement auprès des différentes tribus. Des passages qui ne sont que des prétextes pour affronter un nouvel ennemi ou se faire un nouvel ami (quand ce n’est pas les deux). Cette répétition tombe rapidement dans la redondance. Une redondance qui, avec un meilleur rythme, aurait été moins difficile à accepter pour le spectateur.    

Raya, Tong, Boun, Bébé Noi, (Tuk Tuk, trois ongis) et le dernier dragon

Un élément à également mettre en avant concernant cette dernière production Disney est la gestion de ses personnages. Le sujet principal du film est la confiance que nous devons tous accorder aux autres afin de faire prospérer la société. Par conséquent, les personnages sont le cœur du long-métrage à ne surtout pas gâcher. Malgré un nombre trop élevé de protagonistes, ils sont tous réussis dans l’ensemble, notamment en les présentant avec des enjeux clairs et avec une bonne répartition du temps à l’écran. Le groupe formé entre eux, permettant de représenter toutes les parties du royaume unies par un but commun, aurait pu être beaucoup moins bien maîtrisé. De plus, le film évite astucieusement certaines pistes prévisibles lorsqu’un groupe est le sujet central d’un long-métrage (guerres de pouvoir, mésententes entre les sexes, histoires amoureuses). Un autre élément réussi autour des personnages est Namaari, l’antagoniste principale. Même si cette dernière est un peu trop faible face à son importance dans l’histoire, elle reste plutôt bien écrite dans l’ensemble. Elle ne tombe pas dans la caricature de la méchante uniquement présente pour être le contraire de l’héroïne. De surcroît, avec Raya et Namaari, le film offre une confrontation exclusivement féminine, ce qui n’est pas la norme habituelle dans ce type de production grand public. 

Malheureusement, deux problèmes sont présents avec les personnages de cette nouvelle œuvre Disney. Le premier est un dénouement final assez prévisible, à cause de la présentation des protagonistes dans l’intrigue. Le deuxième, très loin d’être minime, est l’intérêt de Sisu dans l’histoire. Présenté comme l’élément capital dans la réussite de la quête de Raya, le dernier dragon est dans l’ensemble inutile pour faire évoluer la trame narrative (sauf pour un événement important mais réalisé contre sa volonté). Généralement à l’écart, on se demande souvent pourquoi Raya en a besoin afin de vaincre le Druun. Finalement, Sisu sert surtout à contrer la personnalité trop méfiante de Raya, tout en tenant le rôle du comic relief (personnage dont l’intérêt est d’apporter avant tout de l’humour à l’histoire). Une déception par rapport à la promesse que fait le film sur ce personnage.  

Vaiana et les nouveaux dragons

Le plus grand défaut de ce nouveau Disney est son manque d’originalité. Raya et le dernier dragon est, comme nous l’avons déjà évoqué, un film souhaitant introduire de la nouveauté dans le catalogue du studio après deux suites. Cependant, le long-métrage est beaucoup moins original que les deux créations qui le précèdent ! Pour commencer, il suit trop le schéma narratif classique du film de princesse de la firme. Un schéma que nous pouvons résumer par l’histoire d’une jeune femme, accompagnée d’un curieux partenaire (animal, mythe, légende,…), qui devra faire un périlleux voyage afin de sauver son honneur ou celui de sa famille, tout en s’émancipant. Loin d’être uniquement une copie cachée des autres films de princesse Disney, Raya et le dernier dragon reste néanmoins très prévisible dans son déroulé. 

Malheureusement, le film de Don Hall et Carlos López Estrada donne une impression de déjà-vu également par sa réutilisation d’idées aperçues auparavant dans d’autres films d’animation similaires. La liste est longue mais nous pouvons citer quelques exemples. Raya et le dernier dragon présente un duo entre une guerrière et un dragon comique, comme le film Mulan de 1998. Le dragon Sisu est une légende locale avec de puissants pouvoirs qui a disparu depuis des années, comme Maui dans Vaiana. Avant l’apparition du Druun, les hommes vivaient en paix avec des dragons, une piste déjà aperçue dans la saga de Dreamworks Dragons. La formation d’un ou plusieurs guerriers afin de protéger un objet pouvant rompre l’équilibre d’un peuple, tout en utilisant la mythologie du samouraï, est déjà au cœur de la saga Kung Fu Panda, également de Dreamworks. La volonté de mélanger les influences culturelles asiatiques avec un autre univers est visible aussi dans le film Les Nouveaux Héros (dans ce dernier nous n’avons pas un mélange avec un monde imaginaire comme Raya et le dernier dragon mais avec un monde futuriste). Ce mélange d’idées déjà observées ailleurs donne finalement peu d’originalité à notre dernière création Disney. En visionnant le film, nous avons souvent l’impression d’être devant un patchwork de films d’animation  à succès du même genre. 

Pour conclure, en mettant à la réalisation des personnes formées depuis des années par le studio, le résultat est finalement extrêmement calibré pour la firme. La présence de Carlos López Estrada comme la personnalité novatrice dans le projet n’y change rien. Mais avec un seul film important à son actif, il est difficile pour un studio de le considérer comme un auteur avec un style particulier, pouvant s’imposer dans une production aussi importante. Raya et le dernier dragon est un film Disney, c’est sa plus grande qualité, mais également son plus grand défaut.