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Unicorn Wars, Work in Progress à Annecy

Unicorn Wars, Work in Progress à Annecy

À l’abri du soleil brûlant annécien, dans la salle Pierre Lamy, s’est réunie ce 16 juin, une partie de l’équipe de Unicorn Wars. Le réalisateur parle de ses inspirations et des ambitions de ce nouveau long métrage toujours en production, qui devrait sortir courant 2022. 

Les oursons et les licornes sont en guerre depuis toujours. Le soldat Célestin convoite le sang des licornes, car le boire rend éternellement beau. Son frère Bouboule est obsédé par la nourriture et ne cherche qu’à être aimé par son frère et ses camarades de régiment. Une unité d’oursons peu préparée quitte le camp pour une mission dans la Forêt Magique, qui déclenchera la terrible bataille finale.

Alberto Vazquez est un nom qui vous dira peut-être quelque chose puisqu’il y a quelques années il réalisait le poétique et sombre Psiconautas (2015). Un long métrage dans lequel il retrouvait les personnages animaliers de sa bande-dessinée du même titre. Éditée par Rackham, elle avait déjà fait l’objet d’une adaptation en court métrage en 2011 (Birdboy). Un an plus tard, Vazquez révélait Decorado un court métrage d’une dizaine de minutes mettant à nouveau en scène des animaux anthropomorphes à la tête lourde, entravés dans un décor de théâtre dont ils n’ont pas conscience. Mais il est surtout important de citer qu’en 2013, Alberto Vazquez réalisait Unircorn Blood, court métrage relatant l’histoire de deux frères oursons pendant une chasse à la licorne. Ce sont ces deux frères qui seront les personnages principaux du film que présentait l’équipe au festival d’Annecy le 16 juin dernier.

Un conte sombre et universel

Le projet, dont l’idée initiale provient là aussi d’une bande dessinée du réalisateur, voit le point de départ de sa diégèse dans le court métrage évoqué plus haut et cumule de nombreuses influences. Alberto Vazquez les a passées en revue lors de ce Work in Progress. Unicorn Wars est un film de guerre, pas de mystère ici. Conséquemment, Vazquez est allé puiser dans les classiques du genre comme Apocalypse Now, Platoon et Full Metal Jacket. Mais il s’est également inspiré d’œuvres moins intuitives comme Bambi ou la Bible.

La thématique de la religion sera assez importante puisque les oursons, en conflit armé avec les licornes, vénèrent aveuglément un livre sacré et s’engagent, suite à une prophétie, dans un combat pour lequel ils ne sont décidément pas très doués. Sur fond de guerre ancestrale, le spectateur suivra l’errance de deux frères eux aussi les deux parties prenantes d’une guerre intérieure pour l’amour de leur mère, s’aimant et se détestant à la fois. Le décor sylvestre évoluera ainsi en écho aux évolutions des deux personnages, tous deux support d’un propos sur les relations familiales toxiques et la violence qui s’y cache.
L’iconographie tire également une bonne partie de son inspiration des tapisseries et illustrations médiévales, mais également dans la série animée Bisounours connue pour ses boules d’amour dégoulinantes de mièvrerie.

Sans surprise, ce projet iconoclaste ne séduit pas tous les financeurs.

Un montage financier compliqué

La production se répartit entre l’Espagne (Galicie), la France et la Belgique. Vazquez retrouve des productions avec lesquelles il a déjà travaillé : Uniko, Abano Producions et Autour de Minuit, mais également Borderline Films (anciennement Schmuby) qui s’engouffre pour la première fois dans la production de long métrage avec Unicorn Wars. Le projet a d’ores et déjà un distributeur pour l’international (Charades) mais tous les aspects financiers ne sont pas encore résolus. L’équipe n’est pas parvenue à obtenir l’aide du CNC, toujours difficilement convaincu par de l’animation qui ne serait pas à destination du jeune public. Le projet est néanmoins soutenu par la région Nouvelle Aquitaine, mais le producteur Nicolas Schmerkin ne cache pas son agacement de faire toujours face aux mêmes réticences de la part des financeurs et des chaînes télévisées françaises face à des productions d’animation pour adultes.

En plus d’une co-production multiple et de la difficulté à trouver des financements, l’équipe du film a dû faire avec les contraintes sanitaires de cette dernière année. Cela n’a pas présenté un challenge insurmontable puisque, on le sait en animation, les équipes ont l’habitude de travailler en ligne et à distance. La production a fait le choix d’outils en open source (logiciels dont le code source est libre d’accès, réutilisable et modifiable ndlr.) que tous les animateurs avaient l’habitude d’utiliser. Cette coopération a nécessité de nombreuses adaptation : au niveau de la différence de langue mais aussi des processus de travail et de l’utilisation différentes des termes techniques.

Challenge technique de l’hybridation 2D/3D

Un réel challenge s’est par contre situé dans l’animation des licornes. Pas du tout anthropomorphes, noires et surtout très nombreuses (parfois jusqu’à 50 à l’écran), il fallait chercher une solution intelligente et efficace. Si la plupart des personnages et des décors sont en 2D, les licornes seront hybrides. Habituées à Blender (logiciel d’animation 3D ndlr.), les équipes étaient déjà familières de la 2D dans un environnement 3D. Parmi les animateurs, certains avaient travaillé sur J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin. Ils avaient ainsi déjà ébauché des réflexions afin d’améliorer le processus de création sous ces contraintes, des réflexions qui se sont révélées très utiles pour Unicorn Wars. Heureuse coïncidence, l’outil Grease Pencil (outil spécifique à l’animation 2D dans Blender) a fait l’objet il y a quelques années de nombreuses améliorations, ce qui a permis de nouvelles possibilités.

Au fil des tests et des essais, l’animation des licornes a pu se consolider tout en conservant un aspect “fait main” autant que possible. Fiona Cohen (superviseur de projet à Autour de Minuit) a d’ailleurs projeté quelques démonstrations durant la présentation du projet. Outre les licornes, le long métrage est très ambitieux. Ainsi on compte un grand nombre de personnages principaux et secondaires et dû à l’utilisation de Blender toutes les textures ont dues être entièrement codées.

Si l’on en croit les estimations d’Alberto Vazquez, le film devrait être révélé aux yeux du public l’année prochaine. Bien qu’on apprécie les productions tout public, c’est également agréable de voir du gore avec un propos social, psychologique et un peu sanguinolent dans une production animée européenne.

Critique : Raya et le Dernier Dragon – Un nouveau film de princesse Disney, rien de plus

Critique : Raya et le Dernier Dragon – Un nouveau film de princesse Disney, rien de plus

Réalisateurs : Don Hall & Carlos López Estrada (réalisation), Paul Briggs & John Ripa (co-réalisation)

Date de sortie : 5 mars 2021 au cinéma et sur Disney+ (États-Unis) 4 juin 2021 sur Disney+ (France)

Société de production : Walt Disney Animation Studios

Société de distribution France : Walt Disney Studios Motion Picture International  France

Durée : 1h47

Origine : Américaine

Distribution : Kelly Marie Tran (Raya), Awkwafina (Sisu)

Note : 3/5 ★★★☆☆

Raya et le dernier dragon, nouvelle création du studio de Mickey divertit mais ne renouvelle pas son schéma classique de la princesse Disney. Avec un rythme inégal, trop de personnages et peu d’éléments perturbateurs, le film présente la mission de son héroïne sans émotion. Et la réutilisation d’idées appartenant à des productions similaires (Mulan, Les nouveaux héros, Vaiana : La légende du bout du monde, la saga Kung Fu Panda ou Dragons) n’aide pas pour trouver de l’originalité dans le long-métrage. 

Raya et le dernier dragon est le nouveau film du plus gros studio de production d’animation dans le monde actuellement : Disney. Avec ses créations très coûteuses et ses campagnes de communication gigantesques, chaque nouvelle œuvre du groupe est observée avec beaucoup d’intérêt par le milieu. Véritables machines de guerre, les films d’animation Disney font généralement fuir les autres productions du secteur afin de ne pas se retrouver en concurrence avec le studio de la petite souris. Que vaut alors ce nouveau mastodonte animé ? 

Une équipe Disney, à une exception près  

146ème long-métrage d’animation de la firme à Mickey, Raya et le dernier dragon arrive après deux suites à succès (Ralph 2.0 (2018) La reine des neiges 2 (2019)), en ne comptant pas les coproductions avec Pixar. Avec ce nouveau film, Disney cherche à mettre en place un nouvel univers plutôt que de se reposer sur un déjà bien installé. Pour cela, le propriétaire de Pluto fait appel, afin de diriger le projet, à une équipe assez habituée dans l’ensemble aux productions du groupe. La réalisation du film est le travail de Don Hall et Carlos López Estrada. Si le premier est un fidèle du grand groupe avec déjà la co-réalisation de trois films innovants sur de nombreux aspects (Winnie l’ourson (2011), Les nouveaux héros (2014), Vaiana – La légende du bout du monde (2016)) en plus d’avoir été longtemps scénariste avant de passer derrière la caméra (notamment pour Tarzan (1999), Kuzco, l’empereur mégalo (2000) ou Bienvenue chez les Robinson (2007)), le deuxième nom est plus surprenant. Carlos López Estrada est surtout connu pour être le réalisateur de Blindspotting, drame de 2018 très réussi sur les remises en question d’un homme en liberté conditionnelle après avoir été témoin d’une terrible bavure policière. Un film assez éloigné du ton des productions Disney. À la co-réalisation, nous avons Paul Briggs, ayant déjà travaillé au niveau du scénario ou du story-board pour La Reine des Neiges (2013) et Les Nouveaux Héros, mais aussi John Ripa, ayant déjà travaillé au niveau de l’écriture ou de l’animation sur Vaiana, puis encore La Reine des Neiges et Les Nouveaux Héros.

À l’exception de Carlos López Estrada qui offre de la nouveauté et de l’originalité au projet, nous avons globalement une équipe formée aux productions du studio. Si nous mettons autant en avant l’équipe à la tête du film, c’est parce que son animation en pâtit. Le long-métrage est classique dans son visuel. Sans pour autant être inintéressante, l’esthétique de Raya et le dernier dragon reste beaucoup moins innovante que le précédent film de princesse du groupe : Vaiana. Si un soin est plus que présent pour les décors de l’univers que traversent les héros dans le long-métrage, la typologie des personnages demeure identique aux derniers films de la firme. L’ensemble visuel est formel, sans l’envie d’innover le style animé propre au studio. Dans la continuité de son esthétique, le film fait figure de classicisme également avec son scénario. 

La promenade de santé de Raya

Raya et le dernier dragon présente le royaume de Kumandra, peuplé d’humains et de dragons. Malheureusement, l’endroit est un jour visé par une grande menace destructrice, le Druun. Après une terrible lutte inefficace contre ce nouvel ennemi, les dragons se sacrifient afin de sauver Kumandra en créant un joyau. Des années plus tard, différentes tribus du royaume sont en conflit afin d’obtenir le joyau. Raya, princesse guerrière, est entraînée depuis toute petite par son père à le défendre de possibles attaques. Cependant, elle échoue dans sa mission lors d’une rencontre diplomatique entre les différents groupes du pays. Le joyau est brisé et le Druun réapparaît afin de détruire à nouveau Kumandra. Afin de rétablir la paix dans le royaume, Raya décide de retrouver le dernier dragon, Sisu. 

Si le début de l’histoire que nous venons de présenter met parfaitement en place tous les éléments d’une bonne aventure (décors, personnages, enjeux ,…), la suite déçoit pour trois raisons. La première est que l’univers présenté reste assez léger. Se cachant derrière des notions abstraites, le film présente de nombreuses incohérences ou facilités scénaristiques. Ces dernières sont encore plus visibles lorsque l’aventure de Raya démarre. De plus, les dialogues superficiels n’aident pas à donner de la profondeur au propos du long-métrage. La deuxième est l’absence d’éléments réellement perturbateurs dans la quête de notre guerrière. Aucun antagoniste n’est pris au sérieux dans la narration du film. Par conséquent, Raya ne se retrouvant jamais en danger, il est très difficile pour le spectateur de s’impliquer émotionnellement dans l’intrigue, alors même qu’elle est présentée par ce personnage. La troisième et dernière raison est son rythme. Toujours dans la précipitation, le film nous empêche de digérer les différents actes et enjeux de l’histoire. De surcroît, la nouvelle création du copain de Donald a une structure assez répétitive. Afin de sauver le royaume, Raya doit passer successivement auprès des différentes tribus. Des passages qui ne sont que des prétextes pour affronter un nouvel ennemi ou se faire un nouvel ami (quand ce n’est pas les deux). Cette répétition tombe rapidement dans la redondance. Une redondance qui, avec un meilleur rythme, aurait été moins difficile à accepter pour le spectateur.    

Raya, Tong, Boun, Bébé Noi, (Tuk Tuk, trois ongis) et le dernier dragon

Un élément à également mettre en avant concernant cette dernière production Disney est la gestion de ses personnages. Le sujet principal du film est la confiance que nous devons tous accorder aux autres afin de faire prospérer la société. Par conséquent, les personnages sont le cœur du long-métrage à ne surtout pas gâcher. Malgré un nombre trop élevé de protagonistes, ils sont tous réussis dans l’ensemble, notamment en les présentant avec des enjeux clairs et avec une bonne répartition du temps à l’écran. Le groupe formé entre eux, permettant de représenter toutes les parties du royaume unies par un but commun, aurait pu être beaucoup moins bien maîtrisé. De plus, le film évite astucieusement certaines pistes prévisibles lorsqu’un groupe est le sujet central d’un long-métrage (guerres de pouvoir, mésententes entre les sexes, histoires amoureuses). Un autre élément réussi autour des personnages est Namaari, l’antagoniste principale. Même si cette dernière est un peu trop faible face à son importance dans l’histoire, elle reste plutôt bien écrite dans l’ensemble. Elle ne tombe pas dans la caricature de la méchante uniquement présente pour être le contraire de l’héroïne. De surcroît, avec Raya et Namaari, le film offre une confrontation exclusivement féminine, ce qui n’est pas la norme habituelle dans ce type de production grand public. 

Malheureusement, deux problèmes sont présents avec les personnages de cette nouvelle œuvre Disney. Le premier est un dénouement final assez prévisible, à cause de la présentation des protagonistes dans l’intrigue. Le deuxième, très loin d’être minime, est l’intérêt de Sisu dans l’histoire. Présenté comme l’élément capital dans la réussite de la quête de Raya, le dernier dragon est dans l’ensemble inutile pour faire évoluer la trame narrative (sauf pour un événement important mais réalisé contre sa volonté). Généralement à l’écart, on se demande souvent pourquoi Raya en a besoin afin de vaincre le Druun. Finalement, Sisu sert surtout à contrer la personnalité trop méfiante de Raya, tout en tenant le rôle du comic relief (personnage dont l’intérêt est d’apporter avant tout de l’humour à l’histoire). Une déception par rapport à la promesse que fait le film sur ce personnage.  

Vaiana et les nouveaux dragons

Le plus grand défaut de ce nouveau Disney est son manque d’originalité. Raya et le dernier dragon est, comme nous l’avons déjà évoqué, un film souhaitant introduire de la nouveauté dans le catalogue du studio après deux suites. Cependant, le long-métrage est beaucoup moins original que les deux créations qui le précèdent ! Pour commencer, il suit trop le schéma narratif classique du film de princesse de la firme. Un schéma que nous pouvons résumer par l’histoire d’une jeune femme, accompagnée d’un curieux partenaire (animal, mythe, légende,…), qui devra faire un périlleux voyage afin de sauver son honneur ou celui de sa famille, tout en s’émancipant. Loin d’être uniquement une copie cachée des autres films de princesse Disney, Raya et le dernier dragon reste néanmoins très prévisible dans son déroulé. 

Malheureusement, le film de Don Hall et Carlos López Estrada donne une impression de déjà-vu également par sa réutilisation d’idées aperçues auparavant dans d’autres films d’animation similaires. La liste est longue mais nous pouvons citer quelques exemples. Raya et le dernier dragon présente un duo entre une guerrière et un dragon comique, comme le film Mulan de 1998. Le dragon Sisu est une légende locale avec de puissants pouvoirs qui a disparu depuis des années, comme Maui dans Vaiana. Avant l’apparition du Druun, les hommes vivaient en paix avec des dragons, une piste déjà aperçue dans la saga de Dreamworks Dragons. La formation d’un ou plusieurs guerriers afin de protéger un objet pouvant rompre l’équilibre d’un peuple, tout en utilisant la mythologie du samouraï, est déjà au cœur de la saga Kung Fu Panda, également de Dreamworks. La volonté de mélanger les influences culturelles asiatiques avec un autre univers est visible aussi dans le film Les Nouveaux Héros (dans ce dernier nous n’avons pas un mélange avec un monde imaginaire comme Raya et le dernier dragon mais avec un monde futuriste). Ce mélange d’idées déjà observées ailleurs donne finalement peu d’originalité à notre dernière création Disney. En visionnant le film, nous avons souvent l’impression d’être devant un patchwork de films d’animation  à succès du même genre. 

Pour conclure, en mettant à la réalisation des personnes formées depuis des années par le studio, le résultat est finalement extrêmement calibré pour la firme. La présence de Carlos López Estrada comme la personnalité novatrice dans le projet n’y change rien. Mais avec un seul film important à son actif, il est difficile pour un studio de le considérer comme un auteur avec un style particulier, pouvant s’imposer dans une production aussi importante. Raya et le dernier dragon est un film Disney, c’est sa plus grande qualité, mais également son plus grand défaut.